Marc Déry décolle, plane et se dépose

Marc Déry en concert aux Francos de Montréal en juin 2019
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Marc Déry en concert aux Francos de Montréal en juin 2019

« C'est tout le temps de même / Je m'enfuis à l'entracte / Déjà loin à la fin de la game », chante Marc Déry dans la quatrième chanson d'Atterrissage, son plus récent album. Un sommet et une somme, dans sa carrière en solo. Un disque d'aveux, de constats, de regrets, de désillusions, de joies aussi, de ferveur intacte et de musiques brillamment psych-pop. Ce vendredi soir à la première montréalaise du spectacle de l'album au Lion d'Or, on l'attend après l'entracte, il ne peut pas s'esquiver en douce. Il doit défendre sur scène des chansons qui le révèlent comme jamais auparavant. Pas moyen de se cacher derrière de la musique, même s'il y a deux batteries (dont celle d'Alain Quirion), un violoncelle (manié par Mélanie Auclair), des guitares, des claviers et des arrangements touffus et remplis à ras bord de références assumées.

Il assume tout, le Marc Déry de 2019. Son sourire craquant inscrit au patrimoine de l'UNESCO. L'éternel charmeur. Le gars presque trop doué pour son bien. Le trippeux fini des Beatles. Il assume le côté badin, le versant triste. On passe tout naturellement de la très enfumée Le monde est rendu peace à la très sobre Presqu'autant qu'il y a d'étoiles. À la manière experte d'un McCartney, qu'il plane ou qu'il demeure au ras des émotions, son art de la mélodie l'emporte tout le temps.

Toute la gamme

Il assume ses ambitions, qui sont grandes : les versions de ses chansons emblématiques, d'Ostie qu'y s'lève tard à La cabane à Félix, décollent et vont loin, loin à l'aventure, au risque de se perdre en chemin (mais non, il les rattrape toujours, c'est un as). Il assume aussi ses limites : la voix, moins facile à pousser, plus rauque, ne répond plus automatiquement à la demande, et il ne s'en formalise pas. Il chante, et puis voilà, et plus il chante, plus la voix revient. Dépoussiérée. La sono n'est pas très au point, mais notre homme compense.

Plus le spectacle avance, plus Déry en donne. Plus c'est rock, et plus il se métamorphose en Elvis, showman irrépressible, la jambe leste. Plus il nous parle de lui, de sa fille Alice à qui il a consacré un texte à fleur de peau, du « fils caché » dont il a récemment découvert l'existence, plus il s'attendrit, sans s'appesantir : il est entièrement Marc Déry. Jouissant très manifestement de sa chance de jouer, de hurler quand ça lui chante, d'être le moteur d'un spectacle vigoureux et profondément honnête, il est contagieux : ce vendredi au Lion d'Or, l'attachant gaillard aura donné envie de vivre à pleins poumons. Avec les amplis à onze.