Le calepin d'Akena Okoko

L’auteur Akena Okoko, mieux connu sous son nom de rappeur KNLO.
Photo: John Londono L’auteur Akena Okoko, mieux connu sous son nom de rappeur KNLO.

Cinq mois après la parution de l’estival album Sainte-Foy, l’auteur Akena Okoko, mieux connu par son nom de rappeur KNLO, présente un premier recueil de textes publié par Les Éditions de Ta Mère. Une lecture publique de l’oeuvre a été présentée lors du lancement à Québec mardi dernier, mais pour le programme double du Coup de coeur mettant également en vedette son collègue d’Alaclair Ensemble Robert Nelson, ne comptez pas l’entendre lire des extraits de son livre. « Ce samedi, faudra s’attendre à des grouillades, de gros rythmes et de grosses basses ! », prévient Okoko.

Traverser les soixante-douze pages de Sainte-Foy, le premier livre d’Akena Okoko, rappelle à notre souvenir les textes du Calepin d’un flâneur, de Félix Leclerc. De la poésie qui n’en est pas vraiment, des récits brefs, beaucoup de souvenirs de jeunesse. « Je présenterais ça comme un recueil de petits textes, de courtes nouvelles, mais certainement pas un recueil de poésie, tient à préciser Okoko. Lorsqu’on travaille sur notre projet collectif, Alaclair Ensemble, c’est toujours un peu moi le scribe, celui qui écrit le livret du disque. J’ai écrit ce livre un peu à la manière d’un texte de chansons, mais sans rimes. »

La forme est aussi intéressante que le fond lorsqu’on connaît l’oeuvre du MC KNLO. Dans ce livre, l’écriture n’est clairement pas celle d’un rappeur : pas de rimes ni de souci de prosodie. À peine quelques figures de style, l’auteur cherchant moins à embellir ses phrases qu’à se révéler le plus clairement et directement possible, en racontant sa propre histoire dans ces petits textes où il est beaucoup question du quartier qui l’a élevé — « Depuis le divorce de mes parents / Nous habitons dans les blocs orange / De la rue Maricourt », écrit-il au tout début du livre —, de ses résidents, des histoires de cour d’école secondaire, de rap et de basketball, ses deux passions.

Et d’un quartier, d’une ville qui se transforment sous le regard de l’auteur, lui-même agent de changement par ses racines congolaises — le texte intitulé Les espoirs se lit comme suit : « L’équipe U16 masculine de la région de Québec / Pour l’été 2000 / Contiendra pour la première fois / Une majorité de fils d’immigrants ».

Tissu social

Sainte-Foy le livre porte le même titre que l’album que KNLO a lancé en juin dernier, il en est la suite, l’extension. Mêmes thèmes, même relecture de l’identité québécoise, de ceux qui forment le tissu social de la ville de Québec. « Le livre pourrait servir de référence pour mieux comprendre l’album, estime-t-il. Les deux sont intimement liées ».

Lorsqu’on travaille sur notre projet collectif, Alaclair Ensemble, c’est toujours un peu moi le scribe, celui qui écrit le livret du disque. J’ai écrit ce livre un peu à la manière d’un texte de chansons, mais sans rimes.

La rédaction de Sainte-Foy s’est faite d’un jet ou presque, sur « à peu près » un mois, juste après la création du disque. « Avant de penser à lancer un recueil, il y a la simple envie d’écrire, dit Okoko. En finissant mon album, j’ai recommencé à écrire, juste pour pouvoir ventiler sur d’autres sujets. J’ai toujours aimé écrire, j’avais envie d’écrire autre chose que des chansons. Une petite activité ludique, quoi. Écrire au quotidien », sur son quotidien d’il y a dix, quinze ans. « Un premier pas dans cette direction-là, même si je me sens encore à 100 % musicien au quotidien. »

Sueurs froides

Avant de le laisser, il fallait profiter de l’occasion pour le féliciter, d’abord pour ces deux prix Félix remportés par Alaclair Ensemble il y a quelques semaines (Album rap de l’année, Vidéoclip de l’année), puis pour le savoureux freestyle qu’il a offert à la toute fin de la performance du collectif, lors du Premier Gala de l’ADISQ, un texte inédit et baveux à souhait, dans lequel il égratignait gentiment Koriass et Marie-Mai, entre autres victimes.

En plus de donner des sueurs froides aux producteurs du gala télévisé par Télé-Québec : « On ne savait pas si les organisateurs du gala allaient être d’accord ou non avec notre idée, alors on a décidé de le faire sans les prévenir, en rigole encore Akena. Lorsqu’on a prétendu un problème technique à la fin de la chanson, y a eu une série de termes religieux qui ont surgi des casques d’écoute dans la régie… On s’est forcé pour bien exécuter la surprise pour ne pas se faire taper sur les doigts — c’est quand même beaucoup de logistique, le temps d’antenne et tout ça. Même si le tempo du freestyle était différent, on a calculé à la seconde près le moment où on finissait la première chanson, le nombre de versets était compté, et je m’étais assuré de savoir où les artistes étaient assis dans la salle pour pouvoir les regarder ! »

Sainte-Foy // KNLO et Robert Nelson

Akena Okoko, Les Éditions de Ta Mère, Montréal, 2019, 72 pages. // En concert samedi à l’Ausgang Plaza, 6524 rue St-Hubert, 22 h.