La Céline «nouvelle» est arrivée

«Courage» sert de journal personnel à la vie de la diva.
Photo: Sony Music Entertainment Inc «Courage» sert de journal personnel à la vie de la diva.

Six ans après Loved Me Back to Life, Céline Dion revient avec Courage, son douzième album studio en anglais et le vingt-septième de sa carrière. Un album charnière pour la diva puisque c’est le premier à paraître depuis le décès de René Angélil, survenu il y a trois ans, dont la mémoire habite plus de la moitié de cet album bipolaire où, lorsqu’il n’est pas question de l’absence d’un mari et imprésario, l’envie de voler de ses propres ailes et le goût de la liberté parviennent à percer malgré le poids de trop nombreuses et sirupeuses ballades.

Généreux mais curieux album que ce Courage, constitué de seize chansons (vingt dans son édition « deluxe ») qui, si on les remettait dans le bon ordre, pourraient raconter les différentes phases de deuil traversées par l’interprète depuis le 14 janvier 2016, jour où René s’est éteint.

Cela aurait pu s’ouvrir avec For the Lover That I Lost, classique ballade piano-cordes-voix coécrite par Sam Smith et le duo de producteurs Stargate, dans laquelle Dion offre une interprétation remarquablement retenue. Ou encore Lovers Never Die, la deuxième du disque, ballade soul-blues fertilisée des fioritures vocales caractéristiques de la chanteuse, ici posées sur une rythmique subtilement moderne, une des révélations esthétiques de l’album.

Passé les chansons douloureuses, elle aurait ensuite pu poursuivre par l’étape de l’acceptation : Change My Mind, une des meilleures compositions de l’album, signée Björn Yttling (de Peter Björn and John), Jon Levin et LP, ambiance pop-R& B suave au refrain irrépressible. Ou encore la chanson-titre, Courage, grandiloquente ballade piano orchestrale, du Céline à fleur de peau, poing sur le torse comme aux Oscar, à la fois intemporelle et surannée, comme si David Foster s’était à nouveau invité dans son studio — tout le contraire d’une chanson comme la tendre Say Yes, numéro guitare-voix sur lequel Céline Dion retient ses cordes vocales pour mieux exprimer la vulnérabilité.

Céline libérée

Puis viendront les chansons qui ressemblent à la Céline « nouvelle », la femme spectaculairement libérée scrutant l’avenir du bon côté de la lorgnette. On regroupera dans cette catégorie les plus rythmées, comme Flying on My Own qui ouvre l’album avec un tel fracas qu’au refrain, on ressent l’urgence de mettre nos tympans aux abris, véritable maladresse dance-house presque aussi malaisante que Nobody’s Watching, un texte pourtant affirmé et rafraîchissant (« I wanna sit like nobody’s listening / I wanna talk like nobody cares / I wanna party like a believer I wanna wear whatever I wear ») gâché par une mélodie et une rythmique tombant à plat.

Elle nous faisait évidemment craindre le pire pour la collaboration annoncée avec le compositeur et DJ français David Guetta, roi de l’électro-house à numéros. Surprise ! La chanson à laquelle il collabore, Lying Down, est plutôt une de ces power-ballades dont Céline a le secret. Il y a du Sia là-dessous, elle qui signe aussi une des meilleures de l’album, Baby, coécrite celle-là avec Greg Kurstin, créateur du mégasuccès Hello d’Adèle, dont l’esthétique a assurément marqué la direction musicale de Courage.

Personne n’échappera à Baby, soyez-en prévenus. Sur une rythmique hip-hop / pop lumineuse donnant le rythme à un piano martelé, Céline Dion pose un refrain qui deviendra un ver d’oreille assuré, du genre que Lady Gaga ou Ariana Grande auraient aussi pu pousser. Presque aussi infectieuse que The Chase, puissante chanson soul-pop aux relents de gospel rehaussée par un choeur apparaissant durant la coda.

C’était attendu, Courage sert de journal personnel à la vie de la diva. C’est aussi un disque tout en retenue pour cette interprète plutôt reconnue (surtout par ses détracteurs) pour ses prouesses vocales. Courage n’est toutefois pas le grand album qui fait toujours défaut à sa discographie — l’équivalent en anglais de D’eux (1994), sa collaboration avec Jean-Jacques Goldman reconnue comme l’un des grands disques de variété francophone des vingt-cinq dernières années.

Album en vente et proposé sur les plateformes numériques le 15 novembre.

Courage

★★★

Céline Dion, Columbia