Dédé à travers les mots

Alain Chartrand, patron du Coup de cœur francophone, et Lise Raymond, relationniste de presse qui travaillait avec Les Colocs et amie proche de Dédé, mènent le projet «Dédé-La suite».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Alain Chartrand, patron du Coup de cœur francophone, et Lise Raymond, relationniste de presse qui travaillait avec Les Colocs et amie proche de Dédé, mènent le projet «Dédé-La suite».

André « Dédé » Fortin, le défunt chanteur des Colocs, a beau être au centre de trois soirées intimes menées dans le cadre du Coup de coeur francophone, il n’y aura pas de guitare dans le coin de la pièce. Ni même de chansons prévues au menu. Que ses mots rassemblés dans des cahiers, ainsi que l’héritage qu’il a laissé au coeur de ceux qui les liront.

Le projet, enregistré par Ici Musique, porte le nom de Dédé-La suite / Conversations en novembre, et se déroulera du 12 au 14 novembre, dans la suite 2116 de l’Hôtel10, là même où le créateur avait jadis un loft dans ce qui était à l’époque l’édifice Godin.

C’est justement dans cette chambre thématique consacrée à Dédé Fortin que deux des meneurs du projet nous rencontrent. D’un côté, Lise Raymond, relationniste de presse qui travaillait avec Les Colocs — jadis avec les disques BMG — et qui était une amie proche de Dédé. De l’autre, Alain Chartrand, patron du Coup de coeur francophone. Avec Jim Corcoran et Marie-Christine Blais, ils forment un collectif baptisé « Je ne suis qu’une fraction de seconde », et qui a mené à terme ces trois soirées.

« Le but, c’est qu’on s’imprègne de ses mots », lance Lise Raymond, le coeur visiblement plein d’émotion à l’idée de se replonger dans l’univers de son ami. « Ç’a commencé en me disant que ça allait faire 20 ans en 2020 [qu’il était mort], et l’idée, c’était de trouver autre chose qu’un show, qu’un hommage aux Colocs. »

Lise Raymond insiste : les trois soirées intimes animées par Marie-Christine Blais, ce n’est pas sur le groupe de musique, mais sur Dédé Fortin. Son frère Réal Fortin a d’ailleurs fourni « une pile ça d’épaisse de toutes ses notes, ses agendas », explique Mme Raymond.

La matière première de Conversations en novembre n’est donc pas les paroles des chansons, mais plutôt les écrits personnels du chanteur. « Quand on feuillette les cahiers de Dédé, il y a beaucoup de textes écrits en vers. C’est vraiment de la poésie. Il y a un extrait, une lettre à sa soeur, et c’est un poème. »

Sur le lit de la chambre thématique, il y a trois cahiers, un pour chaque soir. Le quatuor qui mène le projet a trié la masse de textes, puis l’a classée sommairement pour que certains écrits en éclairent d’autres.

Lise Raymond feuillette un des recueils devant nous. « Il dit un moment donné : “Dans Le Petit Robert, en dessous de mauvais caractère, il y a mon nom”. Ou “On dort à deux dans un lit simple”. C’est beaucoup des petits bouts de phrases comme ça. “Ton corps, c’est vendredi quand l’école est finie.”»

Ton corps, c’est vendredi quand l’école est finie

Chaque représentation, qui peut accueillir une vingtaine de personnes, sera portée par trois invités. Parmi eux, Pascale Montpetit, Joseph Edgar, Pascale Bussières, le réalisateur du film Dédé à travers les brumes, Jean-Philippe Duval et Sylvain Cormier, du Devoir.

« Il y a une espèce de carrefour quand on parle de Dédé-La suite, croit Alain Chartrand. La suite, oui, c’est l’endroit dans l’hôtel, mais c’est la suite du monde aussi, l’impact qu’il a eu dans la vie de ces gens-là. C’est quelqu’un qui a été important pour beaucoup de personnes. »

Lise Raymond, qui est née un 17 novembre, comme Dédé Fortin, aimerait que ce qu’il reste de lui dans l’esprit des gens soit l’empreinte d’un grand créateur, d’un poète à l’imagination « incroyable ». Et non pas cette espèce de « réputation de gars de party » qu’il a dans le grand public. Celle d’un gars qui fume et qui boit. « C’est pas ça Dédé, pantoute, pantoute. Il se paquetait pas », souligne la relationniste. Elle se souvient de la dernière tournée du groupe au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Dédé « avait son joint de tournée, qu’il a fumé pendant 3 jours ».

Alain Chartrand convient que très peu de gens pourront être de ces trois soirées, « mais la clé, c’est que ça va être enregistré par Ici Musique. Le matériel va servir à l’élaboration d’une émission », qui sera présentée ultérieurement. Toute la régie du diffuseur public sera même installée… dans la salle de bain de la suite 2116 de l’Hôtel10, pour interférer le moins possible dans les conversations.

« Je pense que ce projet-là, c’est à son image, il aimerait ça, conclut Lise Raymond. C’est pas trop grandiose ; c’est pas quelqu’un qui aimait le showbiz. »

Dédé-La suite / Conversations en novembre

Les 12, 13 et 14 novembre, dans la suite 2116 de l’Hôtel10, dans le cadre du Coup de coeur francophone.