L’opération séduction de François-Xavier Roth

François-Xavier Roth dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal mercredi et jeudi cette semaine.
Photo: Marco Borggreve François-Xavier Roth dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal mercredi et jeudi cette semaine.

François-Xavier Roth ne sera plus à Montréal pour fêter ses 49 ans, le 6 novembre prochain, puisqu’il dirigera l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) dès mercredi et jeudi cette semaine avant de reprendre la route d’un calendrier surchargé. Peut-être l’occasion se présentera-t-elle dans le futur, car le chef français fait partie du cercle de ceux qui peuvent intéresser la direction de l’orchestre dans le cadre de la succession de Kent Nagano.

Lors de la première venue de François-Xavier Roth à Montréal, il y a pile un an, nous avions titré notre compte rendu : « Un chef, un vrai ! », soulignant la « véritable jubilation spirituelle et sensorielle » procurée par un concert regroupant des œuvres de Ligeti, Dukas, Liszt, Ravel et Bartók.

 

En conclusion, nous écrivions : « Un chef avec une intelligence musicale pareille, un tel niveau d’exigence et d’inspiration et qui parle au public (en français seulement) de son programme d’une imparable cohérence, Dieu sait quand on le reverra ! » Cette semaine en sera l’occasion. Et tout comme avec Vasily Petrenko, Juanjo Mena, Jérémie Rhorer, Alain Altinoglu ou Rafael Payare, Le Devoir a interrogé François-Xavier Roth sur ses sentiments à l’égard de l’orchestre et son potentiel intérêt pour le poste de directeur musical.

Comme un parfum électoral

Contrairement à nombre de ses collègues qui se contentent de quelques mots, François-Xavier Roth, fils du célèbre organiste Daniel Roth, développe largement ses réponses autour de ce thème.

« Il y a presque un an, je découvrais l’orchestre que j’ai beaucoup connu à travers ses enregistrements. C’était un programme un peu particulier autour d’Halloween avec des œuvres plutôt sombres. L’orchestre est dans une magnifique forme et, d’ailleurs, lors de la tournée européenne, notamment à Paris, tout le monde a relevé ses qualités. J’ai été très bien accueilli et nous avons travaillé dans une très bonne atmosphère. Je me réjouis donc de revenir pour un programme très différent. »

Roth est tout aussi prolixe sur la salle : « Je m’y suis senti très bien tout de suite. Les musiciens la connaissent très bien maintenant et elle met très bien en relief les qualités de l’orchestre : une très belle harmonie, des cuivres ronds pas trop clinquants et des cordes chaleureuses. On sait bien que de grands orchestres sont associés à l’esthétique de leur salle. J’ai donc beaucoup aimé. »

Quant à la succession de Kent Nagano, est-ce pour lui un rêve, une chose possible ou souhaitable ? « Dans ce genre de discussions, si elles ont lieu, c’est toujours délicat de parler avant qu’une chose soit faite ou décidée. Ce que je sais, c’est que je suis très heureux de revenir à Montréal parce que j’ai trouvé un groupe qui avait envie de travailler, un groupe sain musicalement et humainement. J’ai la chance de collaborer avec de merveilleux orchestres dans le monde et ce qui me motive dans mes relations avec les orchestres, c’est une base très simple : être d’accord sur la direction dans laquelle on va et développer un projet commun en dehors de toute routine, relire les œuvres que l’on joue sans s’asseoir sur une tradition un peu paresseuse. C’est pour cela que je reviens avec très grand plaisir, car j’ai senti tout de suite cela à Montréal. »

Un chef très occupé

Tout cela paraîtrait très prometteur si la vie ne se heurtait à un élément incompressible : le temps. Et François-Xavier Roth est un homme extrêmement occupé. Directeur général de la musique de la ville de Cologne en Allemagne, directeur musical et fondateur de l’orchestre Les Siècles, premier chef invité de l’Orchestre symphonique de Londres, artiste en résidence de la Philharmonie de Paris, François-Xavier Roth est aussi, depuis septembre 2019, directeur général et artistique de l’Atelier lyrique de Tourcoing. Pour un OSM qui clamait au début du processus chercher une figure de proue qui incarnerait Montréal comme a pu le faire Kent Nagano, cela fait beaucoup.

François-Xavier Roth détaille pour nous ses activités. « Les Siècles, c’est un orchestre que j’ai créé. C’est sûr que c’est un projet qui m’intéresse énormément et sur lequel je reviens toujours. C’est une forme de laboratoire, où j’ai aussi développé des projets sociaux et d’éducation. C’est un orchestre indépendant qui n’est pas rattaché à une salle. Je lui consacre entre 12 et 14 semaines par an, mais c’est plus flexible qu’à Cologne, où je suis directeur de la musique et où nous avons une autre manière de programmer. »

« À Cologne, je m’occupe de l’orchestre, le Gürzenich, et de l’opéra, où je dirige deux ou trois productions par an. C’est la chose qui me prend le plus de temps : 16 à 18 semaines. Entre ces deux socles, je suis aussi principal chef invité de l’Orchestre symphonique de Londres. Je dirige deux à trois concerts d’abonnement au Barbican, qui sont suivis de tournées ou d’enregistrements. C’est très flexible. Nous n’avons pas un nombre de semaines précis, mais c’est une relation à long terme, car c’est l’orchestre qui m’a donné ma chance à mes débuts lorsque j’étais un “bébé-chef”. »

Les Siècles, c’est un orchestre que j’ai créé. C’est sûr que c’est un projet qui m’intéresse énormément et sur lequel je reviens toujours. C’est une forme de laboratoire, où j’ai aussi développé des projets sociaux et d’éducation.

Désormais s’ajoute la direction artistique de l’Atelier lyrique de Tourcoing. « Ce sera très lié aux Siècles. C’est une chance pour Les Siècles de poser ses bagages pour répéter et donner en priorité des programmes [concerts et opéras] présentés ensuite ailleurs. »

Le poste de Tourcoing n’est donc pas lié à une quelconque relève de Jean-Claude Malgoire auprès de son orchestre, La Grande Écurie et la Chambre du Roy : « Je dirigerai l’orchestre pour un concert en hommage à Jean-Claude Malgoire en janvier, mais La Grande Écurie va être menée par Alexis Kossenko. »

Le projet qui reste à dévoiler est celui qui fera de Tourcoing « une sorte de plaque tournante de ce qui se fait de mieux en musique et art vocal. Nous serons un tremplin pour de jeunes ensembles et des formations de musique de chambre », promet le nouveau directeur de l’endroit.

Quant au titre d’« artiste en résidence » à la Philharmonie de Paris, il n’implique pas une surcharge de travail, mais officialise un partenariat régulier du chef qui s’y produit avec Les Siècles, ses orchestres de Cologne, de Londres et l’Orchestre de Paris. Le « ce n’est pas une question de semaines » de François-Xavier Roth sous-entend qu’il en reste quelques-unes. Au cas où…

Resterait alors à s’entendre sur la programmation. Car si Roth combat la routine, c’est aussi sur ce terrain qu’il risque de frotter les oreilles des Montréalais, le cas échéant.

« Je ne fais pas les distinctions habituelles entre la musique romantique, classique, baroque et contemporaine. J’ai dit un jour : “J’aime les musiques contemporaines de toutes les époques.”

« Je ne dirige pas tout, mais je n’aime pas une programmation trop conventionnelle. Lorsqu’on lit un programme, j’aime qu’on puisse avoir l’impression qu’on va écouter sous un autre angle des œuvres que l’on connaît déjà. Je dirigeais récemment un programme avec la suite de Platée de Rameau, le 2e Concerto pour violoncelle de Matthias Pintscher et la symphonie Jupiter de Mozart.

« C’est un type de programme que j’aime bien. Avec Les Siècles à Berlin, j’ai dirigé la suite des Indes galantes de Rameau, une œuvre d’Helmut Lachenmann et Harold en Italie de Berlioz. »

À Montréal, cette semaine, François-Xavier Roth jouera safe avec l’ouverture Leonore III de Beethoven, le 1er Concerto de Bartók et Une vie de héros de Strauss. Pour la métropole, c’est déjà hardi, car nous n’avons aucun souvenir d’avoir vu une de nos deux grandes institutions symphoniques oser programmer les 1er ou 2e Concerto pour piano de Béla Bartók en ce XXIe siècle !

Les concerts de la semaine

Victor Julien-Laferrière. La France, pépinière de violoncellistes, nous amène, après Edgar Moreau, un nouveau talent : Victor Julien-Laferrière, vainqueur du Concours Reine Élisabeth de Belgique. Avec le pianiste Jonas Vitaud, il jouera au Ladies’ Morning les Variations sur la Flûte enchantée composées par Beethoven, Pohadka de Janáček et les sonates pour violoncelle et piano de Poulenc et Rachmaninov. À la salle Pollack, le dimanche 27 octobre, à 15 h 30.

Quatuor Borodine. Pro Musica lance sa série « 1, 2, 3, 4 Beethoven » (anciennement « série Pierre-Rolland ») avec un concert du fameux Quatuor Borodine qui interprétera le Quatuor Opus 18 no 1 du compositeur allemand, avant de retourner à  Chostakovitch avec Élégie et le Quatuor no 3, opus 73. À la salle Pierre-Mercure, le vendredi 1er novembre, à 20 h.

Une vie de héros

Oeuvres de Beethoven, Bartók et Strauss. Pierre-Laurent Aimard (piano), Orchestre symphonique de Montréal, François-Xavier Roth. Maison symphonique de Montréal, mercredi 30 et jeudi 31 octobre à 20 h.