«Junior», l’album qui va tout va changer pour Corridor

Corridor: Jonathan Robert, Dominic Berthiaume, Julien Bakvis et Julian Perreault
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Corridor: Jonathan Robert, Dominic Berthiaume, Julien Bakvis et Julian Perreault

Ça fait six ou sept ans que le groupe existe ; à un certain moment, on a pris l’habitude de garder nos attentes assez basses », affirme Jonathan Robert, compositeur, guitariste et chanteur du groupe Corridor. Sage réflexe : aussi bon que soit Corridor, le groupe alt-rock indépendant « né avec l’envie de faire du Sonic Youth en français » aurait pu être condamné aux petites salles et aux petits caractères en bas de l’affiche des grands festivals. Pourtant, tout ça risque fort de changer le 18 octobre, au moment de la parution de son troisième album, Junior, sur la prestigieuse étiquette de Seattle Sub Pop.

Ce Sub Pop-là, oui. L’étiquette phare du mouvement grunge qui a lancé les carrières de Nirvana et de Soundgarden et qui, plus de trois décennies après sa création, n’a rien perdu de son flair, éditant aujourd’hui les albums de Beach House, Weyes Blood, Fleet Foxes, Father John Misty et autres canons de la scène indie.

Comment Corridor est-il devenu le second groupe montréalais à signer chez Sub Pop pour le marché international (après Wolf Parade) et, surtout, le premier à intégrer l’écurie avec un répertoire en français ? « En gardant nos attentes basses… et en se laissant surprendre ! » répond Jonathan Robert.

L’an dernier, le groupe avait enregistré quatre maquettes en vue de ce troisième album — l’une d’elles étant Domino, puissant premier extrait de Junior, une grenade à guitares que le groupe dégoupillait sur scène depuis quelque temps.

« Nous n’avions pas de gérant à l’époque, mais on travaillait avec un agent de booking [de concerts], raconte le musicien. Ouss [Laghzaoui, de l’agence montréalaise Heavy Trip], nous a demandé si ça nous dérangeait qu’il envoie ces maquettes à quelques contacts… Le mois suivant, nous avions un concert à Brooklyn de prévu ; Ouss nous a alors prévenus que des représentants de chez Sub Pop seraient là pour nous voir. On lui a répondu : “Ah ? OK…” »

« Ça s’est bien passé. Heureusement ! » La semaine après ce concert, l’étiquette proposait un contrat à Corridor. Et Ouss était promu gérant du groupe. « Entre nous, on s’est dit qu’il ne fallait pas trop attendre avant de faire l’album. »

Le reste de Junior a été composé en moins d’un mois. Corridor est entré en studio en mars dernier, avec le réalisateur Emmanuel Éthier, pour enregistrer tout ça en à peine un mois et demi, « entrecoupé d’une tournée de deux semaines aux États-Unis.

Ça s’est fait quand même de façon précipitée : un mois et demi pour enregistrer un disque, c’est un temps incroyable pour nous. Pour le précédent disque, on a mis presque dix mois entre les premières prises et le mastering ! »

D’abord un band de rock

Fameux, par ailleurs, ce Junior. S’en dégage d’abord le plaisir que prend Corridor à faire son rock souvent dansant maculé de pop et de post-punk, pimenté par ces petits riffs de guitares (Robert et son collègue Julian Perreault) à trois où à quatre notes qui finissent par nous rentrer dans les oreilles à force d’être répétés d’un bout à l’autre de la chanson.

Le son du quatuor enfin soudé par une efficace section rythmique, composée de Julien Bakvis à la batterie et de Dominic Berthiaume à la basse — ainsi qu’au chant, comme Jonathan. « On se partage la tâche parce que nous sommes chanteurs par défaut, explique-t-il. C’est notre deal : puisque ni lui ni moi ne tenions à être chanteurs, on s’est séparé ça en deux… »

« J’ai toujours eu le sentiment qu’on faisait de la musique pour faire de la musique, pour le plaisir de se retrouver en groupe et de créer tous ensemble », enchaîne-t-il.

De la musique en français, le texte étant ici « plus assumé, plus présent, moins vaporeux que sur nos précédents albums », mais Jonathan Robert réfute l’étiquette de chanson francophone.

« Nous ne sommes pas vraiment des auteurs-compositeurs-interprètes, ou ce comment tu désignerais le travail des artistes du milieu de la chanson. On ne fait pas de la chanson francophone, on est d’abord un band de rock. La voix est un instrument comme les autres qui a d’abord une fonction mélodique, ce n’est pas de la chanson comme telle », estime-t-il.

Sub Pop l’a entendu de la même manière, même si on présume que ses représentants ne saisissaient pas le sens des paroles. « Le français ? Ils ne nous en ont pas parlé, assure Robert. Les gens du label nous ont seulement dit : “­Faites le meilleur album que vous pouvez”. »

Après avoir effectué une tournée promotionnelle à l’intention des médias européens, les gars ont hâte de le sortir, ce Junior : « Amsterdam, Paris, Berlin, Bruxelles, juste pour parler de l’album. On n’aurait jamais pu faire ça avec un label local. Là, on se retrouve à tourner avec des têtes d’affiche qui ont du poids, c’est assez impressionnant », surtout lorsqu’on envisage la vie de musicien de tournée avec des attentes modestes.

« On fait des shows à Montréal, ça se passe toujours bien, mais encore, on n’a jamais joué au Club Soda ou des salles comme ça. À l’extérieur de Montréal, c’est rare qu’on puisse tourner beaucoup. Lorsqu’on joue à Québec, une fois sur deux ça se passe bien ; en région, c’est difficile, et les festivals nous engageaient peu. J’imagine que ça va changer… »

« On se sent… bousculés, disons, lâche Robert en riant. Je t’avoue que c’est quand même assez excitant, ce qui s’en vient. »

Junior

Corridor, Sub Pop, dès le 18 octobre. le groupe prendra la route pour les États-Unis et l’Europe la semaine prochaine et lancera officiellement l'album au National de Montréal le 21 novembre, puis à l’Anti Bar & Spectacles de Québec le 28.