Le gala SOCAN, un peu plus qu'une chanson

Coeur de pirate a reçu le prix d'Auteure-compositrice de l'année.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Coeur de pirate a reçu le prix d'Auteure-compositrice de l'année.

L'évolution du métier de musicien et la transformation de son terrain de jeu étaient au centre des discussions au 30e Gala de la SOCAN, la société canadienne de gestion des droits d'auteurs. Oscillant entre le gain de liberté de l'époque et la fragilité de l'industrie, les créateurs ont entre autres souligné le travail de Gilles Valiquette, André Gagnon, et de la pièce Je ne suis qu'une chanson, écrite par Diane Juster et popularisée par Ginette Reno.

Cette dernière chanson, qui traite du métier de musicien, a « changé ma vie », a expliqué la colorée Ginette Reno, son interprète, qui voulait un morceau fort pour clore ses spectacles. Elle s'est souvenue avoir « pleuré pendant une demie-heure » en la recevant. 

La « marchande d'illusions », comme le dit la chanson, a vu sa carrière reprendre un second souffle avec ce grand texte. « Avant ça j'avais plus rien, j'étais dans le rouge depuis sept ans, de 125 000 piasses, a raconté Mme Reno. La seule chose que j'ai dit au bon Dieu c'est : peux-tu me faire rentrer dans mon argent. On a vendu jusqu'à 400 000 disques. »

En recevant le prix Empreinte culturelle, Diane Juster a expliqué avoir aussi connu un éveil quant aux conditions des créateurs, elle qui a reçu un sou par disque vendu, et ce, pour avoir écrit les paroles et la musique du morceau. « Je ne savais pas que ce métier-là n'était pas payant. Je ne m'étais pas encore intéressée à la chose, a raconté la cofondatrice de la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ). Depuis ce temps-là, je suis devenue une battante. »

Un autre qui s'est battu longtemps pour les créateurs, Gilles Valiquette, a reçu le prix Hommage de la SOCAN, institution où il a oeuvré pendant plus de 25 ans. « Dans mon temps, c'était une business de cennes. Maintenant, c'est une business de millionième de cennes », a lancé au Devoir M. Valiquette. 

L'auteur de Je suis cool a souligné qu'après avoir atteint le numéro 1 du palmarès avec cette dernière chanson, il a vécu un moment un peu angoissant. «T'es dans un sous-sol ou un grenier à essayer de figurer comment faire une autre chanson. Mais la beauté de ce métier-là est dans le devenir des choses. Noël c'est bien, mais le mois avant à imaginer ce que ça va être, c'est le plus beau moment. Pour nous, c'est là qu'on explore les mots et les mélodies, et où on essaie de faire avec pas grand-chose quelque chose qui va toucher les gens. »

M. Valiquette estime par ailleurs que la loi sur le droit d'auteur devrait être appliquée avec plus de fermeté, « parce que pendant ce temps-là, on prend de mauvaises habitudes et après, on ne peut pas reculer. »

Le prix d'Auteure-compositrice de l'année a été remis à Coeur de pirate, qui recevait au jour de son 30e anniversaire une première récompense en tant que manieuse de mots et de musique. « Ça me fait plaisir de recevoir cette récompense de mes pairs, ça fait 10 ans que je fais des chansons maintenant », a souligné l'artiste qui a aussi vu sa pièce Prémonition recevoir un des titres de Chanson populaire. À ses yeux, l'époque en est une de « grande liberté » pour les créateurs. « J'écris différemment mes chansons, il y a une fusion des genres avec le streaming. Il n'y a plus de frontières, ça n'existe plus. »

Le gala SOCAN, 30e du nom, a aussi récompensé de son Prix Excellence le pianiste André Gagnon, qui n'a pu venir réclamer son prix en raison de soucis de santé. 

Dans cette soirée où résonnaient sur scène ou en coulisses les réflexions sur la création, Serge Fiori d'Harmonium a insisté avant le gala sur le fait que la chanson « a besoin de beaucoup d'amour ». Son groupe a été intronisé dimanche au Panthéon des auteurs et compositeurs canadiens, et les quatre musiciens se sont montrés fort touchés. « On est 45 ans plus tard dans cette aventure-là et les chansons durent, a souligné Fiori. C'est le plus beau cadeau au monde. »

La durée, c'est par ailleurs ce qui est le plus dur aux yeux de Ginette Reno. Les carrières ont bien changé, selon elle, et les parcours frappent « plus fort mais frappent moins précis ». « Ça devient comme des Subway, c'est des franchises » qui naissent et s'éteignent plus rapidement que jamais.

Une quinzaine de titres de la chanson d'ici ont par ailleurs reçu des récompenses en devenant ce que la SOCAN appelle des « classiques », diffusées plus de 25 000 fois à la radio. Parmi elles, le prolifique Luc Plamondon a récolté quatre nouvelles statuettes – dont pour Belle et Le temps des cathédrales – et Jean Leloup a vu 1990, Isabelle et Cookie obtenir ce statut. Le patron de la SOCAN, Éric Baptiste, a aussi tenu à souligner que pour la première fois, une chanson autochtone recevait le titre de Classique, le cas échéant pour le morceau E Uassiuian, de Kashtin. 

La soirée qui se tenait à La Tohu était animée par Pierre-Yves Lord. Une cinquantaine de prix ont été remis, dont à Charlotte Cardin pour sa chanson Main Girl, à Hubert Lenoir pour Fille de personne II et à Banx & Ranx, couronnés du Prix International.