Katia Makdissi-Warren, tant de similitudes dans la différence!

La compositrice Katia Makdissi-Warren cultive le métissage des musiques occidentales et de tradition.
Photo: Jerôme Bertrand SMCQ La compositrice Katia Makdissi-Warren cultive le métissage des musiques occidentales et de tradition.

La Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ) ouvrira vendredi sa 54e saison avec le premier concert de sa « Série hommage » consacrée cette saison à la compositrice Katia Makdissi-Warren. Peu connue du grand public, cette créatrice cultive le métissage des musiques occidentales et de tradition.

La musique du Moyen-Orient, Katia Makdissi-Warren y a baigné depuis sa plus tendre enfance. « C’est la musique que j’entends depuis que je suis toute petite, parce que ma mère est Libanaise. Toute la famille de ma mère, on habitait presque tous ensemble ! »

L’ouverture à de nombreuses musiques s’est faite rapidement : « Depuis que je suis toute jeune, j’écoute de la musique classique et les musiques du monde. Les musiques autochtones et la musique contemporaine sont venues à l’adolescence », raconte Katia Makdissi-Warren au Devoir.

L’invitation de la SMCQ de devenir la 7e personnalité honorée par une « Série hommage » a beaucoup surpris, y compris l’intéressée elle-même. « Je suis les activités de la SMCQ depuis l’âge de 16 ou 17 ans, mais je ne connaissais pas personnellement Walter Boudreau. Lorsque j’ai reçu un message de lui sur mon téléphone, je me suis dit qu’il voulait peut-être me commander une œuvre. »

« Pourtant, même si je compose encore de la musique contemporaine de temps en temps, mes principales activités musicales ne sont pas dans le milieu contemporain actuellement. Quand il m’a offert la “ Série hommage , j’ai été très surprise. Je lui ai dit que cela me faisait plaisir, mais que je n’étais pas dans la lignée contemporaine. Il m’a répondu que, justement, il fallait ouvrir la composition à d’autres horizons. »

Une fois l’effet de surprise passé, Katia Makdissi-Warren a sauté sur l’occasion : « J’ai évidemment accepté, car c’est un grand honneur et cela me permet de travailler avec Walter Boudreau, des milieux de musique contemporaine, de musiques du monde et de musique classique. En fait, cette “Série hommage” me fait collaborer avec tous les milieux de musique que j’ai côtoyés et que j’aime. »

La saison amènera la compositrice à créer de nouvelles œuvres : « J’ai eu une commande avec le Quatuor Quasar, un ensemble très fort dans les expérimentations sonores. Dans une configuration plus classique, je vais travailler avec l’OSM au mois de mai. Des formations classiques me commandent des œuvres, et des partenaires avec lesquels j’ai déjà travaillé en musiques de monde me demandent de nouvelles pièces, comme le festival Présence autochtone… en plus de tous les concerts avec la SMCQ ! »

Métissages

La griffe musicale de Katia Makdissi-Warren est le métissage des musiques occidentales et de tradition. La compositrice est connue pour son intégration des musiques moyen-orientales. Mais elle s’est aussi beaucoup penchée sur les musiques autochtones. « C’est venu dans un deuxième temps. Je ne travaille avec les musiques autochtones que depuis dix ans. Je voulais me sentir à l’aise avant de faire intervenir dans ma démarche une autre culture », dit-elle.

Quelle est la recette d’un métissage réussi ? Comment intégrer Occident et Orient ? « La rencontre de différentes musiques passe automatiquement par la rencontre humaine. Ce sont des musiciens de différentes cultures. Pratique et création sont liées. Même si j’écris quelque chose, va-t-on être capable de l’interpréter ? Les musiciens occidentaux doivent être capables de jouer de la musique plus arabe, et vice versa. La chose à faire est donc de s’entourer de gens qui connaissent bien les cultures impliquées dans la musique, car, ainsi, on travaille dans le respect. Lorsque nous avons créé avec des chanteuses de gorge inuites, nous avons fait des ateliers pendant tout un été à essayer des choses, à voir jusqu’où nous pouvions aller tout en restant respectueux. La pratique influence la composition et la composition influence la pratique. »

Ce discours adapté à la création contemporaine n’est pas sans rappeler les aventures musicales de Jordi Savall à l’autre bout du spectre chronologique. « Le métissage a de nombreux visages. J’admire ce que fait Jordi Savall », nous dit Katia Makdissi-Warren, « car il est très raffiné, recherché et respectueux. Il faut être très vigilant sur la tradition. Le métissage implique beaucoup de pertes : on gagne en création, mais on perd de la tradition. Ces deux polarités se côtoient toujours. Là où Savall est excellent, c’est qu’avec son regard de musique ancienne, il réussit à chercher de nouvelles couleurs et c’est très réussi. »

Au long de son parcours, Katia Makdissi-Warren s’est intéressée à de nombreuses cultures. « Je suis allée ailleurs par curiosité. J’avais une tante qui s’occupait d’immigrants et faisait des rencontres lors desquelles ils présentaient leurs cultures. Très jeune, j’étais fascinée par ces immigrants et j’ai toujours aimé ce contact avec différentes cultures. À un moment, le Festival sefarad est venu me chercher pour assurer la direction artistique, car je donnais déjà des spectacles klezmers avec Jason Rosenblatt. »

« En fait, ce qui m’intéresse, c’est la similarité derrière toutes les différences. Des fois, les choses ont l’air complètement différentes et ne le sont pas. Cela m’étonne chaque fois et ce que j’aime dans les rencontres, c’est de partir de choses communes. On peut alors construire facilement. Dans l’ADN humain finalement, seul 0,5 % diffère. Peut-être qu’en musique, c’est pareil ? »

La saison

La saison débutera avec Razzia(s), un grand concert gratuit, vendredi à 19 h 30, à la salle Pierre-Mercure dans le cadre des Journées de la culture. L’Ensemble de la SMCQ et l’ensemble Oktoécho de Katia Makdissi-Warren seront dirigés par la compositrice, par Walter Boudreau et Véronique Lussier. « Walter Boudreau a tout de suite proposé Zipangu de Claude Vivier, qui fait partie du répertoire de la musique contemporaine et de la culture québécoise. »

« Les influences extrême-orientales de Zipangu nous amènent dans la thématique du spectacle. » Les nombreuses cordes de Zipangu ont mené au choix d’Algorithmes, pièce « contemporaine » de Katia Makdissi-Warren pour cordes, nay (une flûte arabe) et percussion. « Elle s’associait d’autant mieux que j’utilise la microtonalité arabe, mais dans la pensée extrême-orientale d’épaississement sonore. »

« Comme Walter Boudreau aime encourager les jeunes compositeurs et les nouvelles créations, il y aura une création de Keiko Devaux pour qanun et orchestre. » La composition Razzia, de 2004, qui donne son titre au concert, est écrite pour cordes, piano, nay, oud et deux percussions : «  Elle a des sonorités contemporaines, mais s’en va davantage vers le langage du Moyen-Orient. »

Pour finir, Katia Makdissi-Warren et Walter Boudreau ont choisi des extraits des Quatre saisons de Vivaldi, arrangés par la compositrice et dans lesquels le violon a été remplacé par des instruments orientaux.

À découvrir vendredi, et tout au long de la saison.

Les concerts de la semaine

Cristian Macelaru. L’Orchestre symphonique de Montréal continue-t-il de chercher son homme ? Voici une étoile montante. L’ancien assistant de Yannick Nézet-Séguin à Philadelphie, Cristian Macelaru, est chef à la radio WDR de Cologne et fait le tour des orchestres qui ont des postes à pourvoir. À Montréal, on lui sert le caviar : Anne Sophie Mutter dans le Concerto pour violon de Beethoven. À la Maison symphonique de Montréal, les mardi 24 septembre et mercredi 25 septembre à 20 h.

Magnificat ! Très beau programme d’ouverture des Violons du Roy et de La Chapelle de Québec avec Magnificat !, trois oeuvres éponymes de la famille Bach : Jean-Sébastien et ses fils, Johann Christian et Carl Philipp Emanuel. Jonathan Cohen a choisi en solistes Hélène Guilmette, Myriam Leblanc, Anthony Roth Costanzo, Thomas Walker et Christian Immler. Pour ceux qui apprécieront, Cohen a immortalisé ce programme à Londres avec son ensemble Arcangelo pour Hyperion. Au Palais Montcalm de Québec, mercredi 25 septembre à 20 h. À la Maison symphonique de Montréal, samedi 28 septembre à 19 h 30.

Razzia(s)

Katia Makdissi-Warren : Algorythme (2004), Razzia (2004), Vivaldi à l’orientale (2015). Keiko Devaux : La cartographie des sons (création). Claude Vivier : Zipangu (1977). Ensemble de la SMCQ, Ensemble Oktoécho, Katia Makdissi-Warren, Véronique Lussier et Walter Boudreau. Salle Pierre-Mercure, le vendredi 27 septembre à 19 h 30. Entrée libre.