L'OSM et Kent Nagano en grande forme

<p>Kent Nagano et l'OSM ouvraient mardi leur saison avec la «13e Symphonie» de Chostakovitch qui sera aussi présentée à New York en mars 2020 pour un concert à Carnegie Hall. Le choix est excellent, car l'interprétation intéressante et impressionnante, service par une basse exceptionnelle, Alexander Vinogradov.</p>
Photo: Antoine Saito

Kent Nagano et l'OSM ouvraient mardi leur saison avec la «13e Symphonie» de Chostakovitch qui sera aussi présentée à New York en mars 2020 pour un concert à Carnegie Hall. Le choix est excellent, car l'interprétation intéressante et impressionnante, service par une basse exceptionnelle, Alexander Vinogradov.

Kent Nagano et l'OSM qui ouvraient mardi leur saison avec la 13e Symphonie de Chostakovitch l'emmèneront en voyage à New York en mars 2020 pour un concert à Carnegie Hall. Le choix est excellent, car l'interprétation intéressante et impressionnante, service par une basse exceptionnelle, Alexander Vinogradov.

Il convient de saluer en premier la prestation de Vinogradov, car le chanteur a la présence, le volume, sans le large vibrato qui gagne très tôt ce type de voix, y compris le « meilleur » titulaire reconnu de l'emploi, Mikhaïl Petrenko. Alexander Vinogradov ajoute à ses qualités des inflexions très judicieuses dans le texte, notamment un ton détaché et goguenard dans les pointes satiriques du mouvement « Humour » (II) et le Finale. Le choeur de l'OSM, bien préparé, a interagi avec lui de manière efficace, assez souvent en force. Mais il est possible que cet aplanissement de nuances, notamment dans le fameux 1er mouvement, Babi Yar, soit le fuit d'un choix conscient de Kent Nagano.

Puissance et carrure

Le chef déploie d'emblée une vision très noire et processionnelle. Il n'hésite pas à aborder le premier Adagio en dessous du tempo de 58 indiqué par Chostakovitch pour renforcer le caractère tragique et processionnel de cette colonne de victimes innombrables conduites jusqu'au ravin pour être exécutées. La lenteur éteint le côté vindicatif des imprécations « encerclé, persécuté, conspué, calomnié » du soliste (à ce tempo elles deviennent des sortes d'énumérations), mais elle renforce de manière déterminante l'impact des intermèdes orchestraux, notamment le grand climax avant la dernière partie (après les paroles « c'est la glace qui se rompt »). Tout est sous tension, la carrure est très marquée et les dynamiques relevées.

Kent Nagano joue bien la caricature sonore du 2e mouvement avec les deux éclats de rire avant l'entrée du soliste, mais aussi des pépiements de bois et une danse très robuste au milieu du mouvement. « Au magasin » et « Peurs » sont des mouvements lents qui naissent des tréfonds (fréquences graves). La tempérance, la tenue des tempos rend justice à cette souffrance que Chostakovitch a vécue dans sa chair. Quand on entend dans « Peurs », une critique du Stalinisme, « Cette peur irraisonnée de rester, après une marche, en tête à tête avec le silence », on se souvient qu'il arrivait à Chostakovitch d'être tellement sûr qu'on allait l'arrêter qu'il dormait sur les marches du palier pour que les policiers ne réveillent pas sa famille quand l'heure serait venue.

C'est dans ces deux mouvements qu'apparaissait le léger point négatif de cette 13e de Chostakovitch, qui tient hélas au petit défaut de la salle : le manque de rendement et de chaleur des fréquences graves. Dommage que l'octobasse ne servait que de décoration et, si l'on ne voulait pas toucher au placement des musiciens, au moins deux contrebasses et deux violoncelles supplémentaires n'auraient pas nuit pour donner de la substance aux graves de l'orchestre et simuler ces entrailles de la terre d'où émerge la détresse. Par ailleurs L'orchestre lui-même est apparu dans une très grande forme, d'une grande cohésion, précision, densité et justesse dans la caractérisation sonore.

Nous n'avons pas trop envie de parler, après cela, de la première partie. Comment peut-on faire précéder Babi Yar par la Rhapsodiesur un thème de Paganini de Rachmaninov ? Dans le genre incongru, on avait certes vu la Turangalila Symphonie de Messiaen associée au Concerto pour violon de Glazounov, mais il n'y avait ni la symbolique, ni les morts sur lesquels on folâtrait ainsi. Denis Matsuev a joué la chose de manière olympique (plus vite, plus haut, plus fort) avec sa dextérité habituelle et en s'amusant bien.

Amusement versus Babi Yar… Hiatus ou faute de goût ?

Kent Nagano dirige la Symphonie « Babi Yar » de Chostakovitch

Concert d'ouverture de la saison de l'OSM. Rachmaninov : Rhapsodie sur un thème de Paganini. Chostakovitch : Symphonie n° 13. » Babi Yar ». Denis Matsuev (piano), Alexander Vinogradov (basse), Choeur et Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, le 17 septembre 2019. Reprise ce soir.