La forêt enchantée de Nikamu Mamuitun

La musique aura tranquillement créé un pont entre les huit musiciens de Nikamu Mamuitun. Le groupe a eu droit à l’aide d’une petite équipe, incluant Florent Vollant (au centre), pour mener son disque à bon port.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La musique aura tranquillement créé un pont entre les huit musiciens de Nikamu Mamuitun. Le groupe a eu droit à l’aide d’une petite équipe, incluant Florent Vollant (au centre), pour mener son disque à bon port.

Entamé il y a deux ans comme une simple résidence de création avant de prendre vie sur scène, le projet Nikamu Mamuitun, qui rassemble quatre artistes autochtones de la relève et autant de musiciens allochtones prend ce vendredi une nouvelle incarnation sur disque, immortalisant la douzaine de chansons issues de ces fructueuses rencontres.

Le disque Nikamu Mamuitun. Chansons rassembleuses, porte drôlement bien son titre. À la base, le projet est issu d’une collaboration entre le Festival en chanson de Petite-Vallée, en Gaspésie, et celui d’Innu Nikamu à Maliotenam, près de Sept-Îles. Un fleuve les séparait, littéralement, et peut-être bien plus encore, mais la musique aura tranquillement créé un pont entre ces huit créateurs.

Nikamu Mamuitun, c’est Marcie Michaud-Gagnon, Karen Pinette-Fontaine, Joëlle St-Pierre, Chloé Lacasse, Scott Pien-Picard, Matiu, Cédrik St-Onge et Ivan Boivin. Ils sont autant de femmes que d’hommes, il y en a trois qui sont innus, et un aux racines atikamekw.

Avec eux s’est greffée une petite équipe, pour mener le disque à bon port. Il y a les réalisateurs Réjean Bouchard et Kim Fontaine (du groupe Maten), le musicien Guillaume Arsenault, mais aussi Florent Vollant, à qui on a en quelque sorte confié le rôle de mentor.

Le disque, « c’était pas prévu », assure Vollant, mais il a comme conséquence de pérenniser la démarche, et de permettre une diffusion de ces morceaux à la fois porteurs de sens, mais aussi simplement beaux.

 
Nikamu Mamuitun. Chansons rassembleuses.

« C’est pas juste parce que c’est nous, c’est aussi parce que c’est bon, résume Florent Vollant. La musique est bonne, l’esprit est bon. Tous ces jeunes-là ont découvert quelque chose. Les uns comme les autres ont découvert un terrain de jeu, une forêt enchantée, où on peut se promener librement et où on peut se rencontrer, je pense. Et à travers de ça, il y a les bonnes intentions. »

Nikamu Mamuitun coche en effet bien des cases, qu’elles soient sociales, politiques, culturelles, personnelles. À travers cette douzaine de chansons folk aux allures country, l’auditeur sent une énergie assez spéciale, une ouverture de toutes parts, et aussi un travail musical abouti qui ne peut que faire réfléchir.

« Ce sont des jeunes qui ont une belle énergie, premièrement, et de la curiosité, lance un Florent Vollant assez fier. Au départ, les quatre artistes blancs n’avaient aucune idée de ce que c’est un Attikamek, par exemple, c’était leur premier contact avec des Autochtones. Mais il y avait cette fragilité. »

Par la variété de formes qu’il offre, le disque le montre bien. On y trouve beaucoup de chansons bilingues, deux sont seulement en français (dont l’aigre-douce Le blanc des yeux) et d’autres sont seulement en innu — dont la magnifique Kassinu auen, chantée par Joëlle St-Pierre.

À la rencontre de l’autre

« La rencontre au départ n’était pas facile, se souvient avec honnêteté Marcie, aux côtés de sa consoeur Karen Pinette-Fontaine. Un moment donné, ça s’est passé, mais au début, on ne se parlait pas tant que ça, on mangeait un peu chacun de notre bord. C’était vraiment spécial. Après quelques jours, après un party je pense, c’est devenu plus naturel. »

Le travail demandait aussi beaucoup de transfert de connaissances, explique Karen, une Innue de Maliotenam qui a participé à plusieurs films du Wapikoni. « Pour des chansons comme Tout un village, il fallait expliquer comment ça marche dans une réserve, le rapport aux enfants, le fait que la porte est toujours ouverte. Il y avait un gros apprentissage à faire avant de commencer à travailler, il fallait souvent parler longtemps de comment c’est dans la communauté, et pourquoi c’est comme ça. »

Un éveil, donc. Et même pour Karen, pour qui le projet Nikamu Mamuitun a forcé un contact avec sa langue natale, qu’elle ne parlait à peu près plus.

Marcie, elle, a même décidé de suivre des cours d’innu tous les mardis soirs. « Quand est arrivé ce projet-là, ç’avait tellement de sens d’apprendre cette langue-là, qui est ancrée dans un territoire que j’ai appris à connaître au fil du temps », explique la chanteuse née à Jonquière qui voyage régulièrement sur la Côte-Nord.

Les yeux brillants, Florent Vollant se réjouit de la démarche de la chanteuse. « On peut aller au grand bar à Pessamit et rencontrer Marcie qui danse au son du groupe Maten, ça existe maintenant ! », dit-il en rigolant.

Nikamu Mamuitun. Chansons rassembleuses

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