FICG: le.Panda, lauréat d'une année sans drame à Granby

Chanteur de rue dans le Vieux-Québec, celui qui se fait appeler le.Panda est un pro. Il maîtrisait avec aisance son one-man band avec un brio de vieux routier.
Photo: Bertrand Duhamel Chanteur de rue dans le Vieux-Québec, celui qui se fait appeler le.Panda est un pro. Il maîtrisait avec aisance son one-man band avec un brio de vieux routier.

Ç’aurait pu être La Croisée d'Antan qui l'emporte à Granby ce vendredi soir de finale au chic Palace. C'autant pu être Classe Mode, si on avait été à Montréal chez les hipsters du rétro. Ç’aurait pu être « Laurence et ses Polygones », pas très au point, mais fascinante. J'aurais souhaité, personnellement, que le grand prix et ses 40 000 dollars de récompenses diverses aillent à Guillaume Bordel : pas une grande voix, mais une manière réjouissante de rugosité. Et non, c'est le.Panda, musicien de rue expérimenté et sûr de lui, qui a convaincu les membres votants de l'industrie : à lui la grande chance de sa vie d'homme-orchestre. Victoire du valeureux va-nu-pieds (littéralement).

C'est le groupe trad La Croisée d'Antan qui a lancé la soirée. Prix du public, le trio fort aguerri ne réinvente pas le genre, mais le rafraîchit, sans chichi. Quelqu'un se souvient-il du dernier groupe trad à avoir atteint la finale du vétéran concours ? Pas moi. A cappella, debout, façon Charbonniers de l'enfer, ou assis pour la podorythmie, s'accompagnant au violon, à l'harmonica et au piano, les gaillards ont rappelé à tout le monde que le changement passe parfois par un retour à quelque chose d'ancestral. Nouvelles pousses, profondes racines.  

Beau symbole de ce que l'on a un peu tous ressenti cette année à Granby. Depuis l'entrée au Palace qu'on se regardait, les uns les autres. Comme pour dire : nous revoilà. On se souriait en soupirant d'aise. Soulagement général. Le concours a survécu, hein ? Eh oui. Comme quoi l'avenir du Festival international de la chanson de Granby n'était pas spécialement lié à celui qui, jusqu'au congédiement plus que dramatique de l'an dernier (juste avant le début de la 50e édition), en menait pas mal large à la direction générale. J'ai remarqué des revenants, ostracisés du régime sans partage des dernières années. Personne n'avait renoncé.

Entre ambiance relaxe et saine fébrilité

Ça faisait plaisir. Ça détendait l'atmosphère, qui ressemblait à l'atmosphère d'avant. L'ambiance sereine de l'époque où François Tétreault assurait une navigation tranquille et sûre du bateau amiral des concours de chanson. Il y a encore et toujours la fébrilité qui va de concert avec la finale, mais sans se prendre la tête. On était là vendredi pour aimer la chanson ensemble, pas pour un « speed dating » de relations publiques. La façon de faire discrète du nouveau directeur général Jean-François Lippé apaise déjà.

Ce qui nous mettait dans de bonnes dispositions pour la découverte. On a été plutôt bercés par Laurence et les Polygones (une seule et même personne : c'est son nom d'artiste), qui se la jouait certes un peu trop Charlotte Cardin avec un brin de Lydia Képinski dans la théâtralité décalée, mais qu'importe. Les mélodies des Astronaute, Perdre le Nord et Jéricho, sur fond d'électro, sont de caressantes promesses. Sans plus, mais ce n'est pas rien. On la reverra, cette grande jeune fille.

De toutes les écoles

Guillaume Bordel, c'était quand même d'un autre niveau. L'attaque très grunge dans le genre n'était pas brouillonne pour autant : structures pas banales, heureuses modulations, refrains qui cognent, les Changer le décor, Au soleil et Blue Ribbon sont des chansons à la fois garrochées et qui se tiennent, et l'on comprenait que l'année à l'École Nationale de la chanson a exacerbé le meilleur de cet intraitable. Et puis le groupe-maison, dirigé par le guitariste Andre Papanicolaou, avec l'as Joss Tellier pour les effets en tous genres, se prêtait particulièrement bien à ce type de proposition.

Chanteur de rue dans le Vieux-Québec, celui qui se fait appeler le.Panda est un pro. Il maîtrisait avec aisance son one-man band (guitare, clavier, flûte traversière, trombone, harmonica) avec un brio de vieux routier, mais sa manière leste et agréable demeurait... Comment dire ? Touristique. Les prouesses du multi-instrumentiste impressionnaient, mais un peu comme un numéro de jongleur en patins à roulettes.

Sait écrire, sait jouer, sait parler aux gens, mais après deux chansons (dont la fort douce Jennifer), j'avais un peu envie de passer mon chemin. L'école de la rue est également une bonne école, mais on s'y rode tellement que la musique finit par trahir une certaine usure. On lui souhaite néanmoins de belles petites salles à travers le Québec. Avoir du métier, parler vrai, ça compte. Assez pour gagner le gros lot à Granby.   

Le duo électro Classe Mode, à l'opposé, donnait très volontairement dans l'artifice : casques de motards extraterrestres, grands manteaux, Daryl et Data y allaient à fond dans leur gimmick très ciblée. Depeche Mode chez Daft Punk, pour résumer. Ça ne faisait pas d'eux des chanteurs sachant chanter. On imagine bien comment les Longueuillois pourraient cartonner avec Fashionistaire ou leur Computer Love : ce serait tant mieux pour Classe Mode, mais je ne suis pas certain de le souhaiter. J'avoue, en cette année de retour à la normale, préférer l'orthodoxie dans l'approche chansonnière. Des chansons cousues main, ça panse bien des plaies.