Jazz à petit prix, mais le bon

Que l’on parle de coffrets d’enregistrements tombés dans le domaine public ou de disques d’occasion, il est toujours possible de dénicher des petits trésors jazz à bas prix.
Photo: Getty Images Que l’on parle de coffrets d’enregistrements tombés dans le domaine public ou de disques d’occasion, il est toujours possible de dénicher des petits trésors jazz à bas prix.

Une ode à la baisse tendancielle du taux de profit, un samedi matin, ça vous dit ? Non, évidemment. Ne vous en faites pas, on vous comprend. Maintenant, si on traduit le propos ci-dessus par ce qu’il qualifie ci-dessous, soit coffrets à bon prix, magasins d’occasion et soldes estivaux, là, est-ce que ça vous dit ? Autrement dit, si on cause roupies de sansonnet et non conversion de l’euro, le mark contemporain, ça va ? Eau quai, détaillons.

Le marché des coffrets proposant plusieurs albums enregistrés il y a plus de 50 ans, donc tombés dans le domaine public, est archidominé par trois entreprises britanniques : Enlightenment Records, Real Gone Jazz Label et Avid Entertainment. La première est celle qui en donne le plus pour son argent. Par exemple, elle propose douze disques d’Art Pepper, Eric Dolphy et autres à 16,10 $ sans les frais de transport, ou huit Johnny Hodges et autres huit à 12,40 $.

La maison de disques Real Gone Jazz a une gamme de prix à la fois plus étendue et légèrement supérieure à celle d’Enlightenment, mais il inclut quelque chose que cette dernière a écarté : les noms des musiciens qui accompagnent la vedette. Reste Avid Entertainment. Si on tient à ce qu’un certain nombre d’informations soit communiqué, alors cette maison s’avère la plus sérieuse.

En effet, pour ce qui est de la facette éditoriale, Avid est beaucoup, beaucoup plus prolixe que les deux autres. C’est bien simple, chaque album est accompagné du texte qui accompagnait la publication originale et de toutes les informations afférentes à l’enregistrement. Mais… mais le prix en est le reflet : en général, c’est 14,40 $ pour quatre disques.

Le flanc de la distribution

La distribution ? Désolé, mais là, on va être quelque peu économiste. En 2013, le Wall Street Journal avait révélé que Jeff Bezos, le fondateur d’Amazon, ayant réalisé que les objectifs financiers établis en 1995, année de la création de l’entreprise, ne seraient pas atteints, il avait décidé de greffer, sur le front de la musique, une nouvelle fonction à celle d’origine consistant à être une centrale d’achat, soit le courtage sur le flanc de la distribution. Bref, au cours de cette année-là, il avait signé des ententes avec un peu plus de 130 sociétés réparties à travers le monde.

Les trois entreprises qui proposent le meilleur rapport qualité/prix, pour ce qui est évidemment du jazz, sont encore britanniques avec des filiales en Amérique du Nord : Rarewaves, ImportCDs et Chalkys. En fait, il faut « magasiner », jongler avec les frais inhérents au transport, mais surtout éviter ArkivJazz, car, pour ce qui est de la niche des coffrets faits d’anciens albums, cette société ne supporte pas la comparaison.

Et maintenant, les magasins d’occasion à Montréal. Tout d’abord, mentionnons que le plus vieux du secteur, soit Cheap Thrills, rue Metcalfe, fondé en 1971, est l’ombre de ce qu’il fut, car il accorde désormais 80 % de son espace aux vinyles. Bref, le jazz a été réduit comme une peau de chagrin. Quand on pense qu’on a fréquenté cette boutique depuis ses débuts, snif, snif, snif…

Cela étant, trois magasins sortent du lot : la Bouquinerie du Plateau et la librairie L’Échange, avenue du Mont-Royal Est, et la librairie Volume, rue Sainte-Catherine Est. En fait, la première est la plus intéressante, car le choix s’avère le plus judicieux à cause de la diversité des sources. Par exemple, c’est à la Bouquinerie que vous trouverez le plus grand nombre d’albums produits par l’excellente étiquette SteepleChase Records.

Reste que l’on a observé cette année ce qu’on avait constaté l’an dernier et observé l’année d’avant : certains prix dénotent un manque de vigilance. On ne dit pas, surtout pas, que c’est trop cher, mais que des occasions se négocient presque au prix du neuf, mettons que ça fait désordre. Ave !