The Franklin Electric: écouter sa petite voix intérieure

The Franklin Electric est un «collectif rotatif» de musiciens qui s’articule autour du chanteur et compositeur Jon Matte (à gauche).
Photo: Adil Boukind Le Devoir The Franklin Electric est un «collectif rotatif» de musiciens qui s’articule autour du chanteur et compositeur Jon Matte (à gauche).

Après une vie de tournée intensive menée pendant le cycle de leurs deux derniers disques, The Franklin Electric a pris une très rare pause de six mois à l’hiver dernier. Pendant ce moment de décantation, le leader du groupe, Jon Matte, s’est sauvé à Vancouver pour enregistrer du neuf, avec comme résultat la création d’une douzaine de titres, donc cinq sont lancées vendredi sur un mini-album, In Your Head.

Jon Matte est assis dans le sofa bourgogne du Studio LaTraque à Montréal, où The Franklin Electric — un « collectif rotatif » de musiciens qui s’articule autour du chanteur et principal compositeur —, répète le nouveau matériel en prévision d’Osheaga, mais aussi d’un concert (déjà sold-out) prévu jeudi à L’Astral.

« Il y a eu trois ans assez intenses, non-stop, sans vraiment de temps de pause, explique Matte, qui oscille entre un excellent français et son anglais maternel. En tout cas on n’avait jamais eu six mois off comme ça. On a fini la tournée et tout le monde est un peu retourné à son propre monde, un peu dans un mood de dépression post-tournée ! »

The Franklin Electric, qui offre une musique folk-rock à saveur indie, a obtenu un succès certain avec son premier disque This Is How I Let You Down (2014) ainsi qu’avec leur second effort Blue Ceilings (2017). Selon les chiffres de la formation, les musiciens auraient donné quelque 400 concerts déjà, dont certains en première partie de groupes comme Mumford & Sons, Edward Sharpe et City and Colour.

 
Le mini-album intitulé «In Your Head» de The Franklin Electric

« J’ai recommencé à écrire cet hiver, raconte Jon Matte. On retournait à la routine du quotidien, à nos habitudes, à des choses très humaines. Ç’a donné du temps pour réfléchir, pour composer, et pas à partir d’un mode de vie disons excitant. Quand tu as une vie un peu plus ennuyante, l’inspiration vient d’ailleurs, d’un endroit différent. C’est plus honnête en fait, c’est plus vrai. »

Les cinq titres d’In Your Head tendent vers l’intérieur, justement. Il y a des spirales, des fardeaux, des regrets, des regards sur soi-même, des impressions. « Give Me Five Minutes Before I Fall Apart », chante Matte sur I’ve Been Here Before.

« Le thème de toutes les chansons est la dichotomie entre ce qui est dans ta tête versus ce qui est dans ton coeur, et l’équilibre entre les deux, dit Jon Matte. Et la vulnérabilité de laisser aller les idées que tu te crées de toi-même, de comment tu veux te voir et de comment tu es vraiment. »

Plonger

Le tout part d’un point de vue personnel, mais Matte estime que cette dualité peut aisément s’arrimer avec ce qui se passe en société aujourd’hui, avec les médias sociaux, notamment.

« Je le vois tous les jours, des gens qui vivent une version virtuelle d’eux-mêmes. Mais tu ne peux pas te sauver de ce que ton coeur dit, dit Matte en levant le doigt. Tu peux garder une façade, comme si tu jouais une version de toi dans ton propre film, mais éventuellement, il y a une petite voix derrière, comme un instinct, une voix supérieure, qui va te dire, non, non ! Tu ne peux pas te débarrasser de moi ! »

Jon Matte a d’ailleurs lui-même écouté sa petite voix intérieure pour ce disque, lui qui a décidé de partir à Vancouver pour enregistrer une douzaine de chansons, dont la balance verra le jour dans quelques mois à peine.

The Franklin Electric était à ce moment-là sans contrat de disque, leur entente avec Indica étant échue avec le second disque. Matte a donc pris un risque financier « parce que j’avais envie », et les astres se sont alignés. Il a trouvé un ingénieur de son et réalisateur, qui l’a même fait rencontrer le représentant de son actuel label Nettwerk Records, basé dans la métropole britanno-colombienne, mais qui a entre autres des antennes à Londres, Hambourg et Los Angeles.

« Il y a une beauté dans cette vulnérabilité, où tu ne sais pas ce qu’il y a devant toi, où il n’y a pas de plan, et il faut avoir de l’espoir. Ça te garde sur le bout des orteils. »

De Montréal à l’Europe

Ce dimanche, The Franklin Electric montera dès 14 h 15 sur la grande scène d’Osheaga. C’est la deuxième fois que le groupe est de l’événement, leur précédent passage datant de 2015.

« C’est une célébration à la maison, et c’est un événement spécial du point de vue de l’artiste, c’est bien, souligne Matte. Le test de son est sacrément rapide mais bon ! »

La formation reviendra au Québec en novembre pour plusieurs dates, mais fera une tournée assez dense en Europe à la fin du mois d’octobre. Entre le 20 et le 31 du mois, Jon Matte et ses musiciens joueront pas moins de 10 concerts, dont cinq juste en Allemagne.

« C’est cool là, man, ils aiment la musique, et on a construit une histoire avec eux, dit le chanteur. En ce moment, on y est dans les palmarès des radios avec la pièce Made It Up In Your Head. On a déjà fait une tournée sold-out en Allemagne pour le premier disque et la foule connaissait les chansons. C’était un de ces moments marquants, où t’es à l’autre bout du monde et les gens connaissent tes paroles. »

In Your Head

The Franklin Electric Nettwerk Records Disponible dès le vendredi 2 août