Le Festif, ou l’art de renouveler le défi

Marjo chantant dans une vieille voiture décapotable avec des centaines de personnes sur la rue principale de Baie-Saint-Paul
Photo: Louis Laliberté Marjo chantant dans une vieille voiture décapotable avec des centaines de personnes sur la rue principale de Baie-Saint-Paul

L’événement a pris de l’altitude, il a su trouver une belle vitesse de croisière, tout en conservant une bonne dose de spontanéité. Bref, on peut affirmer qu’à son 10e anniversaire, le Festif de Baie-Saint-Paul est devenu une référence en matière de festival musical au Québec.

« On essaie chaque année de se mettre un peu en danger, en bonifiant la formule. Mais notre but n’est pas de grossir. On veut surtout proposer à chaque édition une formule originale et autant que possible inimitable », résumait dimanche Clément Turgeon, directeur général et artistique du Festif, au moment où les Hay Babies s’apprêtaient à clore l’événement par un spectacle dans le décor très à propos du quai de la municipalité.

La veille, Tire le Coyote y était, pour un spectacle sous un soleil de plomb, avec L’Île-aux-Coudres en toile de fond. La canicule avait beau être de la partie, la foule s’est agglutinée sur l’étroit quai de Baie-Saint-Paul, tout comme elle l’avait fait pour Ariane Moffatt, le matin précédent.

Photo: Jay Kearney La scène flottante sur la rivière du Gouffre

Belle, très belle utilisation des lieux aussi avec cette idée un peu folle d’installer une scène flottante au beau milieu de la rivière du Gouffre, qui coule au coeur du centre-ville de la municipalité. Ça grouillait de monde dans l’eau — le coeur à la baignade, assis dans un kayak ou dans un pneumatique en forme de melon d’eau — pour la solide prestation, toute en ironie, de Bleu Jeans Bleu, suivie de celle de Jérôme 50.

Autre formule étonnante renouvelée chaque année, le concept des « spectacles-surprises », annoncés moins d’une heure à l’avance, a permis de bonifier substantiellement l’offre musicale. Tout le monde a chanté quelques classiques de Kevin Parent, dans la cour d’une résidente de Baie-Saint-Paul, et on n’avait jamais vu autant de monde sur la rue Ménard, pour la prestation de Bernard Adamus. Il s’est d’ailleurs permis sa propre traduction de What A Wonderful World de Louis Armstrong, rebaptisée Le monde est ben beau de même.

Tradition oblige, le rendez-vous surprise donné chaque année par Philippe Fehmiu a été l’occasion d’accompagner une Marjo juchée sur une vieille voiture décapotable, chantant Ilégal avec des centaines de personnes massées sur la rue principale, mais aussi Dumas et Sarahmée.

Photo: Louis Laliberté

Véritable icône de la musique rock québécoise, elle a remis cela sur la grande scène, samedi soir, avant Les Trois Accords, et après le rock à surveiller d’Alex Burger. Il n’y avait jamais eu autant de festivaliers devant la grande scène, selon Clément Turgeon, qui estime que le Festif a, globalement, reçu son plus grand nombre de visiteurs cette année. Et dimanche, plusieurs réservaient déjà leurs nuitées pour l’an prochain.

Et maintenant, après 10 années de forte croissance de l’achalandage, que doit-on attendre d’un Festif qui est passé de 2000 à plus de 40 000 participants, tout cela dans une municipalité d’à peine 7000 résidents ?

« Il est évident qu’on va réfléchir aux moyens de gérer la croissance, parce que le bouche-à-oreille est très fort et il y a chaque année plus de festivaliers. Faut-il ajouter des scènes, ou encore changer la configuration de certains sites ? On ne sait pas encore, mais il est clair qu’on ne veut pas dénaturer l’expérience que chacun peut vivre ici. C’est d’abord pour cela qu’on organise l’événement », résume Clément Turgeon.