Tabou Combo Superstars

Tabou Combo a donné des concerts sur tous les continents — même au Japon!
Photo: Bohdan Kiszuczuk Tabou Combo a donné des concerts sur tous les continents — même au Japon!

Le Festival international Nuits d’Afrique réserve la soirée de clôture de sa 33e édition au plus célèbre ensemble d’ambassadeurs de la musique populaire haïtienne : Tabou Combo. Inventeurs d’une avant-gardiste fusion des rythmes rara, meringue et kompa avec le funk et le disco, les musiciens originaires de Pétion-Ville souligneront 50 ans de carrière « le temps d’un concert symbolique, à Montréal, parce que c’est important pour nous d’être là », insiste le percussionniste et choriste Yves Joseph.

Les parents d’Yves « Fanfan » Josephauraient préféré qu’il devienne professeur après avoir terminé sesétudes en relations internationales. Il l’est devenu, aussi, « mais je n’ai jamais enseigné », dit le membre original de Tabou Combo. Recruté par ses amis du lycée Pétion-Ville Herman Nau et Albert Chancy Jr, Fanfan est devenu l’un des membres fondateurs de l’orchestre Los Incognitos de Pétionville qui, en moins de deux ans, devient une véritable sensation sur la scène musicale haïtienne.

C’est en arrivant à New York, au début de 1971, que les Incognitos changent de nom pour celui de Tabou Combo. New York, plutôt que Montréal, où Chancy allait pourtant étudier : « Les frères de monsieur Chancy étaient déjà installés à Montréal, donc ses parents avaient décidé de l’envoyer les rejoindre, explique Fanfan. Le reste du groupe avait plutôt de la famille à New York. » L’exil de Tabou Combo ne s’inscrivait surtout pas dans un plan de développement de carrière musicale internationale, assure le percussionniste.

« À Haïti, à l’époque, faire de la musique n’était pas très bien vu par les parents… Nous avions été envoyés aux États-Unis et à Montréal pour poursuivre nos études. Or, on avait déjà sorti un album [sous le nom de Los Incognitos] qui avait bien marché, de sorte qu’on en a profité pour jouer devant les membres de la diaspora haïtienne à New York, qui nous connaissaient déjà. »

Les membres de Tabou Combo sont arrivés à New York à une époque bénie de la musique afro-américaine, qui a radicalement transformé l’identité musicale du groupe, et ce, dès la parution de son premier album sous son nouveau nom, un enregistrement live intitulé Tabou Combo de Pétion-Ville à la Canne à Sucre. « On a vécu à l’époque de James Brown, Sly and the Family Stones, Kool & The Gang, Earth, Wind & Fire, déballe Fanfan. On a réalisé qu’il y avait quelque chose à inventer, un mélange entre le kompa et le rara d’Haïti et le funk — un peu à la manière de Santana, qui a réussi le métissage entre les musiques latines et le rock. »

« Notre rêve, poursuit le musicien, était d’en arriver à ce que notremusique soit diffusée dans toutes les radios internationales. » Ils y sont parvenus : après une série d’excellents albums kompa-funk — aux pochettes mémorables ! — durant la première moitié des années 1970, le groupe décroche un premier succès radio grâce à la chanson New York, de l’album 8 th Sacrement, paru partout en Amérique du Nord et en Europe. Et avec le funk en perte de souffle vers la fin des années 1970, Tabou Combo a attrapé la fièvre disco sur l’épatant Superstars Tabou-Combo (1978) et cette irrésistible fusion kompa-disco Ma Bouya.

« La musique traditionnelle haïtienne, kompa et autres meringues, telle qu’elle était faite à l’époque, ne serait jamais parvenue à être diffusée partout dans le monde », estime le musicien, qui rappelle que Tabou Combo a donné des concerts sur tous les continents — même au Japon ! « On revient justement du Panama et nous avons des concerts prévus en Colombie », le groupe chantant en créole, en français, en anglais et en espagnol, d’où sa popularité dans certains pays d’Amérique du Sud.

« Nous faisons de la musique commerciale, admet sans gêne le musicien. Une musique joyeuse, dansante, faite pour plaire aux gens. » Ce faisant, Tabou Combo a permis au monde entier d’apprivoiser le kompa haïtien. L’orchestre sera sur scène à 21 h dimanche, sur le Parterre du Quartier des spectacles, à l’angle de Saint-Urbain et De Maisonneuve ; il sera précédé par l’auteure, compositrice et interprète sénégalaise Marema.

Tabou Combo

Au FINA, dimanche, 21 h 30, sur le parterre du Quartier des spectacles