Cécile McLorin Salvant en haut de l’affiche

Cécile McLorin Salvant a été nommée artiste et chanteuse de l’année par le magazine «Down Beat», une consécration dans le milieu du jazz.
Photo: Cécile McLorin Salvant a été nommée artiste et chanteuse de l’année par le magazine «Down Beat», une consécration dans le milieu du jazz.

Surprise, la grande gagnante des « Oscar » du jazz de cette année s’appelle Cécile McLorin Salvant ! Les critiques disséminés aux quatre coins du globe que le magazine Down Beat invite depuis 67 ans pour dresser la liste des « plus meilleurs » ont élu cette année la Franco-Américano-Haïtienne au pinacle de leur palmarès, la faisant non seulement artiste de l’année mais aussi chanteuse de l’année. Un choix séduisant.

Elle devance ainsi la guitariste Mary Halvorson, encore inconnue il y a trois ans, le vétéran saxophoniste Wayne Shorter, le pianiste Fred Hersch, le grand chouchou des critiques, et le vainqueur de l’an dernier, soit le trompettiste Wadada Leo Smith. L’étonnement ? Que le pianiste Jason Moran soit à la 22e place, donc loin derrière notamment Hersh, virtuose du jeu pâle, froid, nous a semblé bizarre.

La palme de l’album de l’année est revenue à Shorter pour son Emanon paru sous étiquette Blue Note. En deuxième place, il y a The Window de Salvant sur Mack Avenue puis Origami Harvest du trompettiste Ambrose Akinmusire sur Blue Note, Heaven and Earth de Kamasi Washington sur Young Turks. L’étonnement ? Il n’y a aucun album des étiquettes Smoke Sessions, High Note, Smalls et Cedar Live. Le fin mot de ce hiatus est un vice économique : ces compagnies ne disposent pas du tout des budgets de promotion des maisons concurrentes, les ECM, Blue Note etc.

Tout naturellement, la palme de l’album historique de l’année est allée à Both Directions At Once – The Lost Album de John Coltrane sous Impulse ! Il est suivi de Musical Prophet The Expanded 1963 New York Studio Sessions sous Résonance d’Eric Dolphy. En troisième place, on retrouve le coffret The Art Ensemble of Chicago and Associated Ensembles sous ECM.

L’Oscar du meilleur groupe a été décerné au trio du pianiste Fred Hersh devant Charles Lloyd & The Marvels, le Roy Hargrove Quintet, Allison Miller’s Boom Tic Boom et le Wayne Shorter Quartet. À noter que The Cookers, formidable sextet de New York, mené notamment par le ténor Billy Harper, le pianiste George Cables, le contrebassiste Cecil McBee et le batteur Billy Hart est en neuvième position. L’étonnement ? Que Roy Hargrove soit en troisième place, alors qu’il est mort il y a plus de huit mois…

Comme d’habitude, Joe Lovano est en première place au tableau des ténors suivi de Charles Lloyd, Branford Marsalis et Chris Potter. Que Joshua Redman, Kamasi Washington, Pharoah Sanders, James Carter, Jimmy Heath et Eric Alexander soient derrière, et parfois loin derrière, le « docile-technicien-de-l’académie-du-froid » Chris Potter nous dépasse.

Comme d’habitude, Kenny Barron est bon premier dans la catégorie piano devant Hersh, Chick Corea, l’officier de l’Église de Scientologie, Vijay Iyer, Brad Meldhau, Matthew Shipp, Myra Melford et Craig Taborn. L’étonnement ? Harold Mabern n’est nulle part ! Il est vrai que ses albums sont édités par Smoke Sessions qui, étant new-yorkaise, n’a pas ce parfum d’exotisme européen qui sied tellement bien à ECM comme dans European Contemporary Music et non pas European Jazz Music. Passons…

Pour finir, le trompettiste de l’année s’appelle Ambrose Akinmusire suivi de Wadada Leo Smith. Le tromboniste de l’année est Steve Turre devant Wycliffe Gordon. Les palmes du big band de l’année et de compositeur de l’année ont été accordées à Maria Schneider qui conjugue tout son travail à l’enseigne de la froideur. L’étonnement ? Que les Henry Threadgill et Roscoe Mitchell ne figurent pas dans ces catégories est tout simplement révoltant. Il est vrai qu’ils sont politiques là où Schneider propose un jazz bien lisse, bien propre, bien « petit bourgeois branché ». Amen !