Djely Tapa à Nuits d’Afrique: à feu doux

Djely Tapa a superbement occupé la scène, avec sa voix qui commande l’écoute bien sûr, avec ses occasionnels pas de danse, avec surtout cet esprit de conteuse qui l’habite, comme si chacune de ses chansons était un récit épique.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Djely Tapa a superbement occupé la scène, avec sa voix qui commande l’écoute bien sûr, avec ses occasionnels pas de danse, avec surtout cet esprit de conteuse qui l’habite, comme si chacune de ses chansons était un récit épique.

Une demi-heure avant le début de son concert au Ministère, les spectateurs faisaient déjà la file, boulevard Saint-Laurent, du côté ensoleillé. Une salle comble pour Djely, c’était déjà assuré. Une salle plus grande — et mieux climatisée — eût été encore mieux pour entendre la Montréalaise d’origine malienne reproduire le matériel de son album Barokan. À l’intérieur, la fournaise ! « Il fait beau, il fait chaud, c’est bon ! » a-t-elle lancé, sans être perturbée par le facteur humidex, avant de bercer l’auditoire avec la chanson Fasso.

Il y a un grand intérêt pour la musicienne révélée au sein de l’ensemble Afrikana Soul Sister qui a lancé il y a six mois son premier album solo, l’étonnant Barokan, réalisé par la nouvelle vedette des musiques électroniques africaines, Caleb Rimtobaye, alias Afrotronix. Étonnant et paradoxal : inscrivant sa chanson dans la longue tradition mandingue, héritière des griots et griottes de son Mali natal, Djely Tapa perpétue plus qu’elle ne défriche. Or, défricher est précisément la démarche de Rimtobaye. Sur disque, il y avait risque, évité, de collision entre les ingrédients électroniques, la réalisation résolument moderne et le souci de transmettre des siècles d’histoire en musique.

En studio, Rimtobaye avait eu la délicatesse de ne pas travestir l’identité musicale de Djely Tapa, en dosant les orchestrations synthétiques et en modérant ses élans rythmiques. Les musiques de club d’Afrique ont beau avoir le vent en poupe, pas question que les chants mandingues et le blues du Sahel de Tapa y succombent. De même, sur scène, où les éléments électroniques n’ont servi que de cosmétiques à sa voix, forte et délicatement sableuse.

Un batteur, un guitariste électrique, un joueur de kora et un multi-instrumentiste alternant entre la basse électrique, la basse électronique et les effets numériques, aux rythmes séquencés. Mariés aux rythmes chaloupés que Djely Tapa nous servait en introduction, les arrangements électroniques donnaient une agréable couleur dub à ses compositions. Tout ici était question d’équilibre : l’art des griots au cœur de la performance, offert avec un vernis de modernité techno.

Même que lorsque le percussionniste invité s’est joint à la formation au bout de deux chansons, son tama (talking drum, « tambour parlant » en français) sonnait presque comme un synthétiseur égrainant un motif rythmique mélodieux. Avec une section rythmique ici complétée par le jeu du batteur et les notes de basse synthétique, l’effet était réussi.

Djely Tapa a superbement occupé cette trop petite scène, avec sa voix qui commande l’écoute bien sûr, avec ses occasionnels pas de danse suivant la rythmique qui s’accélérait plus son concert avançait, avec surtout cet esprit de conteuse qui l’habite, comme si chacune de ses chansons était un récit épique. Lorsqu’elle a invité le virtuose du balafon Sory Diabaté à la rejoindre sur scène pour deux chansons avant l’entracte, le concert a pris une autre tangente, débarrassé du vernis électro et encore plus enivrant. Durant la seconde partie de son concert, c’est la chanteuse Ali Overing (du duo The Leanover) qui l’a accompagnée, le temps d’un duo qu’elles avaient enregistré avec le compositeur israélien Sangit.

La Révélation « Musique du monde » de Radio-Canada a su garder son auditoire alerte et joyeux malgré la chaleur qui plombait le Ministère ; on la reverra au festival Musique du bout du monde de Gaspé le 11 août prochain, puis en septembre aux soirées des Jardins Gamelin.