Le Festival de Lanaudière retrouve son orbite

Aux yeux de Renaud Loranger, le festival repose sur certains «fondamentaux»: «Des artistes canadiens et québécois importants, certains déjà établis, d’autres moins. Même chose pour les artistes internationaux.»
Photo: Pure Perception Aux yeux de Renaud Loranger, le festival repose sur certains «fondamentaux»: «Des artistes canadiens et québécois importants, certains déjà établis, d’autres moins. Même chose pour les artistes internationaux.»

Le Festival de Lanaudière s’ouvrira vendredi par un concert de l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction d’Alain Altinoglu. Dès le lendemain, Yannick Nézet-Séguin sera à l’oeuvre pour un hommage à Berlioz. Lanaudière retrouve ses couleurs d’antan. La fête durera jusqu’au 4 août.

Non, Kim Richardson ne se produira pas trois fois au Festival de Lanaudière cette année. D’ailleurs, le Festival international de jazz ne programme pas non plus la Neuvième de Beethoven ! À chacun son métier, et tout rentre dans l’ordre. Après avoir confié les rênes du plus grand festival classique du Canada à Gregory Charles, qui est parti pour raisons personnelles après deux saisons, les responsables de l’institution ont changé radicalement de cap en nommant Renaud Loranger, un trentenaire natif de la région qui a fait ses classes en Europe, dans l’industrie phonographique, chez Deutsche Grammophon puis chez Pentatone.

Annoncée par Le Devoir dès le 14 août 2018, cette nomination n’a été officialisée que le 1er novembre. Cela donnait très peu de temps pour configurer une saison estivale d’envergure. Car, l’avoue Renaud Loranger auDevoir, dans un monde où tout se planifie des années à l’avance, « très peu de choses étaient en place. Des conversations avaient certes été amorcées, mais la page était blanche ».

Chance et relations

Le nouveau directeur artistique n’a pas connu l’angoisse de la page blanche et se refuse à qualifier la tâche d’intimidante : « C’était excitant. Il fallait intervenir extrêmement rapidement pour stabiliser et recadrer les choses. Vers novembre, et surtout au début de cette année, la programmation s’est mise en place. »

Photo: Dario Acosta Susan Graham

« J’ai été très agréablement surpris par la réaction du milieu à Montréal, au Québec, au Canada et aussi à l’international. J’ai eu l’impression que la nouvelle de ma nomination a été très bien accueillie », se réjouit le nouveau maître artistique des lieux. Il reconnaît un « élément de chance », mais résume ainsi la méthode qui lui a permis d’agir si rapidement : « En ce qui concerne les échéances, il faut surtout réfléchir vite, appeler plusieurs personnes en même temps et demander des réponses rapides. La réalité est que les gens qui sont libres à si court terme ne sont plus courtisés en même temps par plusieurs présentateurs. Alors, s’ils ont envie de venir, les convaincre est une part importante du travail. »

Photo: Marco Borrelli Michael Spyres

Le facteur chance est accolé par le programmateur à la présence de certains chanteurs : « Michael Spyres, Susan Graham, même Karen Cargill pour la 3e de Mahler avec Kent Nagano, des gens avec qui j’adore travailler et qui, par une intervention divine, pourront être des nôtres. »

Stratégiquement, le virage artistique est à 180 degrés par rapport à 2017 et à 2018.

Photo: KK Dundas Karen Cargill

« Je ne sais pas faire autre chose que ce qu’on appelle du classique au sens traditionnel : c’est mon milieu, les gens que je connais, le répertoire que je connais », résume Renaud Loranger. Au final, « la saison telle qu’elle est correspond à l’orientation que j’avais en tête ». Le non-classique devient un à-côté, pas un credo : « Vous verrez que dans la tradition festivalière, il y a un concert de jazz. La page était blanche, mais j’avais carte blanche. »

Des « fondamentaux »

Aux yeux de Renaud Loranger, le festival repose sur certains « fondamentaux » : « Des artistes canadiens et québécois importants, certains déjà établis, d’autres moins. Même chose pour les artistes internationaux. Il fallait aussi s’assurer de la participation des partenaires traditionnels du Festival : au premier chef l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre Métropolitain et son directeur musical, mais aussi Les Violons du Roy qu’il m’importait beaucoup de voir revenir, pour la première fois avec Jonathan Cohen. »

Après les artistes, le directeur artistique a équilibré les répertoires. Son objectif : « Parvenir à l’idée que je me fais de ce festival, comme je l’ai connu à la fin des années 1980, dans les années 1990 et au début des années 2000. »

Pour atteindre cet objectif, il n’y a pas eu de dépenses inconsidérées. « Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de ce qu’on en fait. » Quand on considère que le programme 2019 coûte, artistiquement, 40 000 $ de plus que celui de l’été passé avec, pourtant, trois concerts supplémentaires à l’amphithéâtre (et seulement un de moins en église, mais des artistes d’un tout autre calibre), on ne peut s’empêcher de trouver que l’équation est habilement formulée.

« Je n’ai pas eu de véritables contraintes budgétaires, poursuit Renaud Loranger. Il s’agit d’être cohérent et de ne pas arriver avec des propositions trop risquées sur le plan financier. C’est sûr que cela ferait plaisir de faire Les Troyens ou Benvenuto Cellini pour l’anniversaire Berlioz, mais de telles productions ne sont pas possibles, car il faut préserver l’équilibre, être raisonnable et viable. »

Je n’ai pas eu de véritables contraintes budgétaires. Il s’agit d’être cohérent et de ne pas arriver avec des propositions trop risquées sur le plan financier […] il faut préserver l’équilibre, être raisonnable et viable.

Le retour aux standards du Festival de Lanaudière est très sensible dans la programmation des concerts dans les églises. « Je viens d’une époque où j’ai entendu Alicia de Larrocha et d’immenses artistes dans des églises de Lanaudière. » La question de présenter des concerts de type paroissiaux n’a donc aucunement traversé l’esprit de la nouvelle direction artistique : « Il faut revenir à un cadre proche des premières décennies. Cela dit, la question budgétaire est intéressante, car on ne peut pas s’attendre à des revenus de billetterie importants dans des églises dont les jauges ne sont pas assez grandes. » En d’autres termes, « on ne présentera pas Cecilia Bartoli ou des artistes à la cathédrale de Joliette », mais il y a « une marge de manoeuvre » pour ressembler à un festival international.

Quant au créneau du dimanche, d’habitude plutôt dévolu à la musique plus « légère » ou d’agrément, Renaud Loranger assume un vrai « changement de cap artistique » avec des concerts classiques plus solides, dont celui de l’Orchestre baroque de Venise le dimanche 7 juillet et celui regroupant les deux concertos pour piano de Brahms par Marc-André Hamelin le 28 juillet. « Nous avons la chance d’être un festival connu. Même si plusieurs en ont moins entendu parler depuis quelques années, Lanaudière suscite un grand intérêt. »

Photo: BGE Rafael Payare

Peut-on alors espérer le retour des étoiles de ces 15 dernières années : la Deutsche Kammerphilharmonie (Paavo Järvi), l’Orchestre de Pittsburgh et Manfred Honeck, ou l’Orchestre de Philadelphie ? « Je m’y attache sérieusement, nous avoue Renaud Loranger. Faire venir l’Orchestre de Philadelphie avec son directeur musical [Yannick Nézet-Séguin] tombe sous le sens. Faire venir un orchestre allemand pour l’anniversaire Beethoven tombe sous le sens aussi. Des discussions sont en cours. Le problème, ce ne sont pas les discussions, c’est de choisir entre les différentes possibilités, parce que l’on ne peut pas tout faire. J’ai encore posé la question il y a quelques jours, encore pour savoir si on ne pouvait pas rallonger le festival 2020 d’une semaine… »

Les temps changent : cette fois, on en redemande !

Cinq concerts à ne pas manquer à l’Amphithéâtre de Lanaudière

5 juillet Concert d’ouverture avec l’OSM, Alain Altinoglu et Francesco Piemontesi

13 juillet Le ténor Michael Spyres pour la première fois au Canada avec orchestre

27 juillet Le retour de Rafael Payare à l’OSM

28 juillet Yannick Nézet-Séguin et Marc-André Hamelin dans les deux concertos de Brahms

3 août Kent Nagano dirige la 3e Symphonie de Mahler