O.G.B., tissé serré

Sans être scolaire, il y a une approche érudite de la composition chez O.G.B. Les gars sont doués et connaissent la musique savante, et ils se servent de leurs talents.
Photo: Paméla Lajeunesse Sans être scolaire, il y a une approche érudite de la composition chez O.G.B. Les gars sont doués et connaissent la musique savante, et ils se servent de leurs talents.

Quelques semaines après sa victoire aux concours Les Francouvertes, le groupe rap O.G.B. a rechargé ses piles et est prêt à remettre la gomme. Une des premières étapes estivales sera les Francos de Montréal, où les sept amis tissés serrés et férus de jazz joueront gratuitement mardi soir.

À les entendre, les membres d’O.G.B. — pour Original Gros Bonnet — ont de toute évidence mis leurs tripes sur la table lors des trois rondes des Francouvertes, où leur performance leur a permis d’ajouter quelques concerts à l’horaire ainsi que d’obtenir de l’aide sous diverses formes pour l’enregistrement de nouvelles musiques.

« Il y a eu un bon sentiment d’accomplissement, ça faisait longtemps qu’on s’était mis cet objectif-là », raconte François Marceau, alias Franky Fade, manieur de micro pour O.G.B. Il est venu rencontrer Le Devoir avec trois de ses acolytes, Samuel Brais-Germain, Louis René et Vincent Favreau. Le groupe est complété par Arnaud Castonguay, John Henry Angrignon Atkins et Vincent Bolduc-Boulianne.

« On a vraiment beaucoup travaillé sur le set des Francouvertes, explique Samuel. Les tounes étaient déjà montées, mais il fallait du rodage et construire un spectacle qui n’était pas juste une toune après l’autre, mais un tout qui se tient, et où on sent qu’il y a une ligne. »

Un tout qui se tient, voilà qui en dit beaucoup dans leur cas. À sept, c’est un pas pire tout, et la cohésion à la fois musicale et, disons, administrative est déjà forte. Chez O.G.B., les décisions se prennent d’ailleurs à l’unanimité.

« Il y a toujours eu un désir des sept membres de s’impliquer activement dans tout ce qui est extramusical, si tu veux, explique Samuel. Ça s’est développé un peu comme une coopérative. »

Le claviériste Vincent Favreau rit. « Je me souviens quand on avait des réunions, c’était comme dans des assemblées ! lance-t-il en levant la main comme pour voter. Mais on voulait vraiment bien faire les choses, et au fur et à mesure qu’on fait ça, ça continue d’être toujours en tout respect et on essaie que tout soit équitable et que tout le monde ait son mot à dire. »

Cohésion

Depuis ses débuts il y a trois ans, O.G.B. a fait paraître un disque complet, Volume un, fait d’un rap très jazzé, avec beaucoup d’espace pour les instruments. Un mini-album de quatre titres, intitulé Fruit Jazz, est aussi paru en décembre dernier, dans lequel le groupe prenait un petit virage électronique et pop, notamment avec la pièce Pousse l’ananas, repiquant le célèbre « agadou » de Patrick Zabé.

« Je pense qu’on remplit un espace qui n’est pas encore rempli au Québec, qui est le band instrumental de hip-hop, à la The Roots, à la BadBadNotGood », résume le batteur Louis René, qui poursuit des études en musique à l’université. Sans en avoir l’envergure, il y a aussi quelque chose de l’approche de Kendrick Lamar chez O.G.B., cet apport du jazz libre et éclaté dans des morceaux rap lettrés.

Il est encore trop tôt pour savoir de quoi sera faite la suite musicale du septuor, mais ce que réalisent ses membres, c’est qu’une des principales évolutions d’O.G.B. est la cohésion de leur jeu.

« Chacun a progressé dans la façon de jouer son instrument, mais je trouve particulièrement qu’on s’écoute plus, explique François. On connaît tellement mieux les tendances et les particularités des autres musiciens, qu’en live ou quand on répète, il y a des trucs qui se passent ; on n’a pas besoin d’expliquer, on sent ce que l’autre va jouer. »

Ce qui permet d’envisager le meilleur pour la suite, estime Louis René, notamment dans la composition. « Après trois ans, on connaît le potentiel de tout le monde, qui est capable de quoi, qui aime faire quoi. Ça nous enligne aussi quand on a des idées. »

Hochement général autour de la table. « Tu n’imagines pas juste un son de basse, tu imagines le son de basse de Vincent », résume François.

Spiritualité et indépendance

Sans être scolaire, il y a une approche érudite de la composition chez O.G.B. Les gars sont doués et connaissent la musique savante, et ils se servent de leurs talents. Conscients que l’exercice peut être plus difficile, ils estiment tout de même qu’il est possible de créer des pièces complexes qui sont accessibles, agréables et enlevantes. Voir spirituelle, lance le claviériste Vincent Favreau.

« Je reviens toujours à mon exemple d’Harmonium, dit-il, soulignant les morceaux complexes et longs du groupede Serge Fiori. Ils étaient capables d’aller chercher des atmosphères senties. Ça peut te faire te reculer sur ta chaise et te gonfler de quelque chose. »

La suite se fera en toute indépendance pour O.G.B., qui n’a pas vraiment d’intérêt à signer avec une maison de disque, sauf peut-être pour s’enraciner sur un autre territoire, comme l’Europe.

« On ne veut pas avoir un label juste pour être associé à un nom, explique François. On veut que ça nous apporte plus que [ce que] nous, on leur apporte. Et on a assez d’argent pour accomplir les objectifs à court terme, alors c’est pas absolument nécessaire. »

D’autant qu’en étant sept, la charge de travail peut être aisément répartie à l’interne. « Et ensuite, je pense qu’on a des idées très arrêtées sur ce qu’on veut faire comme musique, et on a un peu peur du A & R [Artist and Repertoire] qui dirige la musique », avoue Louis.

« Et on a la tête dure ! » conclut Vincent, le claviériste.

O.G.B.

Scène Desjardins, mardi, 20 h