Une petite année pour Angèle…

Comment va Angèle? Démesurément bien, pouvait alors nous dire son sourire face à son ascension fulgurante, présentement l’une des plus grandes stars de la pop francophone en Europe.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Comment va Angèle? Démesurément bien, pouvait alors nous dire son sourire face à son ascension fulgurante, présentement l’une des plus grandes stars de la pop francophone en Europe.

La petite conférence de presse que la musicienne belge de 23 ans a accordée aux médias hier, quelques heures avant son chaleureux concert au MTelus, pourrait se résumer en une seule question : Alors Angèle, comment ça va depuis ta dernière visite chez nous, en première partie d’Hubert Lenoir au Club Soda, aussi à l’affiche des Francos ?

Démesurément bien, merci, a-t-elle répondu — non pas en ces mots mais avec un sourire qui disait exactement ça. Angèle a lancé son premier album, Brol, en octobre dernier. Lequel a fait un tabac sur les radios en Europe, lui permettant de remporter le Victoire de l’Album révélation de l’année en février dernier. Elle revient à Montréal sur la lancée d’une tournée des Zéniths en France, réseau de salles comparables en taille au Centre Bell. Ah ! parlant de notre Centre Bell, elle a aussi profité de l’occasion pour annoncer qu’elle y sera le 13 décembre prochain, les billets devraient être mis en vente vendredi prochain.

Autant dire que la vie d’Angèle Van Laeken a été complètement renversée depuis son dernier concert chez nous. Le public montréalais avait bien pris note de l’ascension fulgurante de la musicienne, présentement l’une des plus grandes stars de la pop francophone en Europe, l’acclamant à tout rompre au MTelus dès les premières petites notes en arpège de La Thune, une mélodie naïve sur un rythme reggae-électro pop portant un de ces textes incisifs comme elle seule sait les hisser au sommet des palmarès : « Tout le monde, il veut seulement la thune / Et seulement ça, ça les fait bander / Tout le monde, il veut seulement la fame / Et seulement ça, ça les fait bouger… »

Son répertoire est encore forcément restreint, mais cela n’empêche pas Angèle d’occuper l’espace et le temps, articulant ses enchaînements par de longues introductions et étirant les finales par des codas sans jamais les rendre redondants, chaque morceau devenant un terrain de jeu à l’interprète, qui bouge aussi bien qu’elle chante. Après La Thune, elle revient à la chanson qui l’a mise sur la carte, Loi de Murphy, rythmique entraînante, texte bilingue encore plein d’esprit.

L’engagée Balance ton quoi a gonflé cette foule enjouée, ados et adultes amoureux d’une chanson pop qui fait danser autant que réfléchir ; quatre danseuses ont alors rejoint la musicienne, leur chorégraphie illustrant le propos de sa chanson féministe : « Même si tu parles mal des filles / Je sais qu’au fond t’as compris / Balance ton quoi / Un jour peut-être ça changera… », l’auditoire connaissait le quoi des paroles par coeur.

La beauté de la démarche d’Angèle est de rester au plus près de la chanson française tout en livrant de petites perles de pop électroniques dansante — Tout oublier est l’une de ses meilleures, offerte dans le dernier droit de son spectacle, originalement un duo avec son frère rappeur Roméo Elvis, elle nous paraissait supérieure sur scène, avec seulement la voix d’Angèle, que sur disque. Au coeur du spectacle, on l’a trouvée seule au piano, offrant une jolie version de Mon Amie la rose (de Cécile Caulier et Jacques Lacome, popularisée par Françoise Hardy) s’arrimant bien à ses propres compositions plus fragiles, comme la touchante Nombreux. Les rythmes festifs ont cependant marqué la fin du concert, Ta Reine, Flou et Flemme, avant un bref rappel.

Les premiers arrivés au MTelus ont pu assister à la transformation d’Élise Larouche, autrefois la jolie voix du duo indie pop Éli et Papillon réapparaissant sur scène sous le nom d’Eli Rose et dans une forme dance-pop estivale parfaite pour réchauffer le public d’Angèle.

Ses deux musiciens (batteur, claviériste) et elle disposaient d’une petite demi-heure pour nous donner envie d’écouter son premier album, annoncé pour septembre sur étiquette Maison Barclay, liée aux bureaux montréalais d’Universal Music. Elle a réussi à pîquer notre intérêt : on reconnaissait un talent certain pour la ritournelle pop, le texte certes léger mais articulé et sincère, son charme dissimulé dans ce timbre de voix clair et sans artifice, trait d’authenticité perçant les rythmes tropical house déjà beaucoup entendus – on a d’ailleurs préféré ses chansons plus posées, où les mélodies paraissaient plus riches. La suite cet automne.