Bonjour belle tristesse

La chanson folk-rock de Juste Robert trace un parcours sinueux à travers des traditions musicales diversifiées, tantôt donnant dans le fuzz-rock, tantôt dans la vieille chanson française.
Photo: Émilie Dumais La chanson folk-rock de Juste Robert trace un parcours sinueux à travers des traditions musicales diversifiées, tantôt donnant dans le fuzz-rock, tantôt dans la vieille chanson française.

À 49 ans, il est décrit comme un auteur-compositeur-interprète « émergent ». C’est que Juste Robert est l’alter ego musical du sculpteur Jean-Robert Drouillard, un artiste établi. La musique lui a donné l’élan de la poésie, celle qui vient du coeur et qui émeut.

Jean-Robert Drouillard est un sculpteur de la capitale nationale qui jouit d’une visibilité enviable dans ce cruel univers qu’est l’art visuel québécois — tant d’appelés. Mais ce n’était pas assez pour le multicréateur, qui évolue aussi sous le pseudonyme de Juste Robert en chanson. Son second disque, paru cet hiver, est fait d’un folk travaillé, sous des mots d’une triste beauté qui transpercent. Les amours passées et les cycles de la vie hantent Mon mammifère préféré, publié par La Tribu, l’étiquette de Benoit Pinette alias Tire le Coyote.

« Je vais citer Gainsbourg, quand il disait que quand il était de bonne humeur, il écoutait des chansons noires, dit le musicien. Je suis un peu comme ça. »

Au téléphone, l’auteur-compositeur-interprète au parcours atypique ne semble pas maussade outre mesure. Juste un peu nonchalant. C’est le ton traînant de ceux à qui l’expression de l’expérience humaine vient d’elle-même, sous différentes formes. « C’est par intérêt, vu que c’est ce que j’aime écouter. Sur le premier [Des autoportraits, 2014], c’était moins présent. [Sur] le deuxième, le monde entend de la nostalgie. Si je mets au monde un troisième disque, ça sera sûrement moins là. Une de mes meilleures amies, tu ne peux pas lui faire jouer de Léo Ferré, ça la fait brailler tout de suite. Alors chez elle, c’est toujours des musiques joyeuses, genre latines, qui jouent. Moi, ça me tape sur les nerfs ! »

Entre piano intimiste et guitare planante et psyché (Lorsqu’aimé, Bulldozer), la chanson folk-rock de Juste Robert trace un parcours sinueux à travers des traditions musicales diversifiées, tantôt donnant dans le fuzz-rock, tantôt dans la vieille chanson française. Ce dernier rejeton s’écoute comme un manifeste, celui des hypersensibles. Et l’effet poignant de ces petits morceaux de quotidien est complété par un travail sur la voix, qui se fait nasillarde, apprêt singulier qui permet au personnage de se différencier des autres « gratteux de guitare ». L’aura de Tire le Coyote doit y être pour quelque chose.

« J’ai pris le temps de mieux chanter, de donner une [couleur], explique Juste Robert. C’est un travail que j’ai fait pour le deuxième album. Au début, j’y allais vraiment avec mon coeur, sans trop me soucier de la réception. Quand je fais des présentations ou des conférences comme sculpteur, on me dit que je suis articulé, qu’on comprend ce que je dis. Mais quand j’ai commencé la musique, je faisais presque exprès pour mal parler. Tsé, c’était plus punk. Mais à un moment donné, à quoi ça sert d’écrire des textes si personne les comprend ? »

Il jure que sur la scène des Francos, mardi, cet amour de la brasse se fera sentir. « En spectacle, il y a des passes qui sont pas mal plus rock. En show, j’aime ça beaucoup quand ça brasse plus. Des gens me disent qu’ils préfèrent le format solo, moi et ma guitare. Peut-être que c’est parce que c’est des gens de mon âge, aussi ! » dit-il à la blague.

Parlons-en de son âge. La genèse de Juste Robert a de quoi redonner espoirs aux aspirants musiciens qui croient avoir raté le bateau. À pas tout à fait cinquante ans, le sculpteur vit sa grande percée. À 47 ans, il a participé au Festival en chanson de Petite-Vallée et aux Francouvertes. Il n’avait jamais touché une guitare avant l’âge de 35 ans. Puis, lentement, Juste Robert s’est immiscé dans la vie de son interprète. « Mon premier album a été fait dans un mélange de désinvolture et d’urgence. Dans le sens où j’avais terriblement besoin de le faire, mais j’avais aucune idée de comment. Le deuxième a été plus réfléchi. »

L’âge n’est pas un frein, donc. « Des musiciens plus jeunes… Ici [à Québec] en tout cas, le monde a envie de partager des trucs. Je sens pas de fermeture. »

Juste Robert sera au stationnement Jeanne-Mance mardi, à 19 h.