Folk: Sara Dufour avance, «semi-route, semi-trail»

La chanteuse country’n’folk’n’bluegrass’n’rock va sillonner le Québec tout l’été, ira jusqu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La chanteuse country’n’folk’n’bluegrass’n’rock va sillonner le Québec tout l’été, ira jusqu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick.

On pourrait dire, sur un ton de relationniste de presse content de son analogie : Sara Dufour vrombit. Oui, c’est parti pour la fille de Dolbeau-Mistassini. Le troisième album paru ce printemps, qui a fait des étincelles sur le bitume dès la ligne de départ, va rouler franc et longtemps et laisser tout le monde derrière avaler sa poussière. La chanteuse country’n’folk’n’bluegrass’n’rock va sillonner le Québec tout l’été, ira jusqu’en Ontario et au Nouveau-Brunswick. On pourrait dire, comme on dit trop souvent : 2019 sera sans contredit l’année Sara Dufour.

On pourrait. Ce ne serait pas faux. Pour vrombir, pas de doute, elle vrombit. Mais pas seulement maintenant. Elle brûle du caoutchouc depuis sept ans. « Chaque année, c’est ma plus grosse année ! Oui, je me suis pété la face, oui, j’ai essuyé des refus, oui, là ça va vraiment bien, mais c’est pas plus avant-hier, hier, aujourd’hui ou demain que ça se passe. Pour moi, ça se passe depuis que j’ai été acceptée à l’École nationale de la chanson de Granby. Je suis sur ma bonne trail depuis que j’ai fait le move, depuis que dans ma tête, je suis auteure-compositrice-interprète. »

Points de départ

L’analogie n’est quand même pas fortuite : le vrombissement résonne à tous les tours et détours de l’album. « C’est vrai que c’est rempli de points de départ, de décisions de partir sur des routes de toutes les sortes. » Partir « pour rider din Chic-Chocs », dans la chanson qui porte le nom du massif montagneux de la Gaspésie. Partir pour s’éloigner de l’autre dans Trois heures : « J’vas partir vers l’ouest / Vu qu’t’as pris l’nord. » Partir parce que le moment est venu dans Chez Té Mille : « J’pense chu due pour aller jouer dehors… » Partir parce que c’est sa manière : elle est « semi-route, semi-trail » : comprenez par là que tous les chemins sont bons, les pas praticables autant que les pavés d’or. « J’ai appris à chauffer à clutch / dans l’rang Saint-Luc en pleine nuit / J’peux dormir dans une tente / Ou aller te r’joindre au Ritz / Aller voir des shows d’punk / Ou bien l’orchestre symphonique/Semi-route, semi-trail… »

Le sur place, ce n’est pas pour elle. Je l’entends marcher pendant qu’on se parle au téléphone : « J’ai pas vraiment arrêté depuis l’École. Si j’arrête aux lumières, le moteur continue de tourner, sur l’idle. Ça c’est quand je passe pas sur les rouges. » Ses chansons ne sont pas plus sédentaires dans Dépanneur Pierrette, l’album de 2016, que dans Le breaker, mini-album de 2015. Une fois dans le véhicule tout-terrain de la musique, plus question de débarquer : « Je pourrais m’plaindre à l’année longue / Que l’gaz coûte cher / Pis qu’traverser l’pont / C’est l’enfer / Au lieu d’ça j’continue de vivre… »

Rencontres en chemin

« J’ai commencé tard, tu comprends. C’était pas dans mes plans, une vie de chanteuse. À 27 ans, j’avais un chum, une maison, une hypothèque, une belle-mère. C’est tout un concours de circonstances qui a fait que je me suis retrouvé à faire mes trois p’tites chansons aux auditions. Quand ils m’ont dit “oui, on te prend”, j’étais toute mêlée, là. Je devais le souhaiter à quelque part, mais c’était pas dans mes plans. J’étais pas mal ignorante, de moi-même autant que de la chanson. À l’École, je me suis trouvée : tout est axé sur ça, te définir parmi d’autres. Dans le cours d’histoire de chanson de Daniel Dupré, ça m’a déniaisée pour vrai ! »

La rencontre avec Dany Placard a été pareillement déterminante. Le bon gars de garage pour faire de la « semi-route, semi-trail », croisé au bon moment. « J’aurais pas voulu que ça m’arrive à vingt ans. Placard, il a du torque, mais il sait écouter. » C’est un sensible, mine de rien, Dany Placard. Sensible et rugueux. « Il est parfait pour moi. Je suis roots, mais j’ai besoin que ça bouge. Quand ça vire bluegrass dans J’tu due pour caller l’cube ?, c’est pas joué sur une chaise berçante, mettons. » Du bluegrass hardcore, en quelque sorte. « Il fonce tête première avec moi, il a pas peur de se salir, c’est ça que j’aime. » Petite pause au bout du fil, j’entends Sara Dufour respirer fort. « Je veux pas être un coup de vent, tu comprends ? » Son album joue mieux fenêtres grand ouvertes, voilà tout.

Sara Dufour est en spectacle dimanche au festival Santa Teresa, et un peu partout au Québec cet été.

Santa Teresa, nos choix

Au cœur de la ville de Sainte-Thérèse, du 17 au 19 mai, la chanson indie, le hip-hop, les alternatifs en tous genres alterneront. Quelques suggestions.

zouz, scène Teresa (gratuit), vendredi à 20 h : trio rock inclassable, tantôt roots, tantôt somptueux, à la fois libre et savamment structuré ;

San James, au bar Le Saint-Graal, samedi à 18 h : une chanteuse-claviériste sombre et intense, dont les chansons pénètrent par les pores pour ne plus sortir ;

Lou-Adrianne Cassidy et KROY (le projet solo de Camille Poliquin) se succèdent au Cha-Cha, samedi également, à 23 h et minuit : le lieu parfait pour ces univers minimalistes et singuliers.