Hip-Hop: place au rap montréalais… anglo

Mike Shabb lancera la semaine prochaine le EP «GLOOM».
Photo: La Cour des grands Mike Shabb lancera la semaine prochaine le EP «GLOOM».

Enfin, le festival que méritent les fans de hip-hop, se réjouit déjà le MC montréalais Mike Shabb, qui sera de la fête. Demain et dimanche se tiendra sur l’esplanade du Stade olympique l’édition inaugurale du festival MetroMetro mettant en vedette de gros noms de la scène rap américaine — Cardi B pour la première fois au Québec, Future, Snoop Dogg, ASAP Ferg, Rich the Kid —, tout en laissant la part du lion aux acteurs de la scène locale, Dead Obies, Sans Pression, Alaclair Ensemble, Laurence Nerbonne, Tizzo, les gars du 5sang14, et Shabb, bien sûr, qui lancera la semaine prochaine un nouvel EP intitulé GLOOM.

« Je pense que ça va marcher », avance Shabb, plein d’espoir. « Je n’imagine aucun autre organisateur de festival à Montréal qui aurait osé faire ça », ajoute-t-il en parlant d’Olivier Primeau, copropriétaire du Beachclub, derrière l’opération MetroMetro qui, l’été dernier, avait organisé un festival rap 100 % québécois sur sa plage de Pointe-Calumet. « Je trouve ça cool que quelqu’un fasse ça pour nous, les fans de hip-hop, et qu’en plus il appuie les artistes rap anglophones comme moi. On est souvent mis de côté — à Montréal, au Québec en général. Les gens ne pensent pas à nous tout de suite, et à Montréal, les rappeurs anglos sont talentueux, mais c’est difficile d’avoir de l’exposure… »

Il n’y a pas si longtemps encore, faire du rap au Québec était une vocation plus qu’un métier, peu importe la langue dans laquelle on pratiquait l’art. Or, alors que le rap francophone prend son envol, les rappeurs anglos du Québec, eux, peinent toujours à trouver leur erre d’aller. C’est le cas de Mike Shabb, un talent pourtant certain, encore confiné à l’underground même s’il a lancé un solide premier album (Northwave, 2018, sur Make it Rain Records), suivi du mini-album Newave, paru en novembre dernier, en plus d’avoir collaboré aux projets de FouKi.

En conséquence, Shabb, s’il veut progresser, doit viser hors des frontières du Québec. « C’est juste à ça qu’on pense. Dans les prochains mois, les prochaines années, va peut-être falloir agir. Déménager ? Ça, je ne sais pas trop. [Le rappeur anglo-montréalais] Nate Husser, lui, a choisi de passer beaucoup de temps à Los Angeles, de revenir ici, disons, pendant un mois, puis de repartir, et ainsi de suite, tu vois ? Et ça commence à bouger pour lui, la preuve qu’il faut s’exporter. »

Ça le tiraille. Mike Shabb aussi sent l’appel de la Californie. Plus que de Toronto, qu’il connaît bien pour y avoir en partie grandi entre Magog et Montréal, ou de New York « parce que je me sens plus près, musicalement, de ce qui se fait là-bas ». Il y était, justement, durant l’hiver : « Grâce à ça, j’ai pu attraper la vibe de l’été en avance », atmosphère qu’il a su exprimer sur GLOOM, ce nouvel EP auquel collabore VNCE Carter de Dead Obies qui sonne différemment de ce qu’il nous a offert précédemment, beaucoup plus coulant et mélodieux que les succès (underground) Trippin’ et No Diggity qui l’avaient mis sur la carte il y a un an et demi.

« Ma musique est différente de tout ce qui se fait à Montréal, répète-t-il. J’espère qu’on pourra associer mon travail à un son de la ville de Montréal — de la même manière qu’on reconnaît le son d’Atlanta, celui des gars de Migos ou Gunna, leurs styles se ressemblent. Même chose pour les artistes de la scène de New York ou de L.A. »

Et comment décrire le son de Shabb ? Rêvasseur, c’est le premier mot qui nous vient en tête. Un timbre léger comme un nuage vert se dissipant sur les beats trap. Mélancolique parfois, rarement agressif. « Je n’écris pas beaucoup mes textes. Je préfère improviser. Quand je rappe, je dis ce qui me passe par la tête — c’est ça le freestyle, c’est aller directement aux émotions. Ensuite, sur mon prochain EP, j’ai une vibe plus friendly, encore moins agressive, très mélodieuse, très près de ce que j’ai vécu : perte d’amour, perdre des amis, perdre l’espoir. J’essaie aussi de rester humble dans mes propos. Pas d’exagération — y’a beaucoup de rappeurs qui s’exagèrent dans leurs textes. “C’est moi le meilleur, c’est moi le plus hot !” : c’est ce que je m’imaginais faire comme rap quand j’avais quinze ou seize ans. Aujourd’hui, je trouve que l’important est d’être près de ses émotions. C’est ça être authentique. »