Les Obies sont morts, vive les Obies

Vendredi, les quatre rappeurs de Dead Obies étaient tous vêtus de noir, alors qu’auparavant, c’était plutôt la foire dans la garde-robe.
Photo: Louis Robitaille Vendredi, les quatre rappeurs de Dead Obies étaient tous vêtus de noir, alors qu’auparavant, c’était plutôt la foire dans la garde-robe.

N’eut été de la pluie évidemment, nous aurions passé un fameux vendredi soir au centre-ville de Montréal : trois mois après la parution de l’album DEAD, le collectif Dead Obies bouclait éloquemment la première tranche de sa nouvelle tournée, au MTelus et à l’abri des intempéries. L’occasion de se noyer dans ses basses fréquences, d’abord, de prendre ensuite la mesure sur scène des chansons récentes du groupe, l’occasion enfin de constater comment la dynamique interne s’est transformée en spectacle depuis le départ d’un de ses membres fondateurs.

Les rappeurs ne s’en étaient pas cachés au moment de discuter de la sortie de leur troisième album : la perte de Yes McCan au printemps 2018 a provoqué une remise en question au sein de la formation originaire de Longueuil. Avec pour conséquence un réalignement certain des forces sur scène. Le Dead Obies de sa rentrée montréalaise d’hier soir n’était assurément plus celui dont on se souvient à la fin de la tournée de Gesamtkunstwerk, l’album paru en 2016. Ni même celui du mémorable grand concert sur la place des Festivals l’été dernier, à l’invitation des Francos, qui avait drainé des dizaines de milliers de fans au centre-ville, cette fois sous un ciel radieux.

Un détail tout bête nous a fait prendre conscience hier de la nouvelle identité des Obies : Snail Kid ne portait pas son sac à dos. Même en concert, il avait toujours son sac à dos. Hier, il portait une veste de cuir noire. En fait, les quatre rappeurs étaient tous vêtus de noir, alors qu’auparavant, c’était plutôt la foire dans la garde-robe. Visiblement, il y eut concertation vestimentaire. Tout le spectacle paraissait ainsi étudié – non pas que les rappeurs étaient figés dans leurs positions, ils étaient même véhéments dans leurs gestes et leurs rimes, ravis de faire atterrir ce bout de tournée dans la grande salle de la rue Sainte-Catherine.

Ils étaient énergiques, mais n’étaient plus bordéliques. C’était beaucoup ça, les Obies sur une scène : une espèce de bombe à retardement. Le chaos des cinq voix recadrées par les rythmes de VNCE Carter aux platines. Le rap imprévisible, expansif. Avec leurs nouveaux costumes de scène, ils nous projetaient l’image d’un groupe désormais mieux organisé, et peut-être même plus unis aujourd’hui.

En tout cas, ils projetaient l’image d’un groupe qui regarde en avant. Dix des onze nouvelles chansons de l’album DEAD étaient au programme, plus une ou deux inédites — l’excellente C’quoi les bails, qu’ils avaient déjà dévoilée aux Francos l’an dernier, toujours pas endisquée. En ouverture passé 22 h, les gars démarrent en douceur avec Oh Boy et Runaway — et un 20some en grande forme qui prend la tête de peloton sur cette chanson —, pareil comme en ouverture du récent album.

Les fans embarquent. Le parterre est compacté. Les Obies ajoutent de la sauce avec Look @ My Life (une inédite, sauf erreur), C’est bon et High, des rythmiques lourdes qui font vibrer les bouteilles aux bars. Royautés, une solide de l’album DEAD, explose au premier tiers de l’engagement — en fait d’explosion cependant, relevons celle provoquée par la chanson André, redoutable arme de scène qui fera désormais compétition à la traditionnelle Tony Hawks à nouveau offerte à la toute fin du rappel.

La scénographie est simple mais efficace : quatre colonnes installées sur les côtés servant d’écran aux spectaculaires projections, et c’est tout. Autre nouveauté, la collaboration de deux choristes (Judith Little-Daudelin et Sarah M.K.) qui prennent place pour certaines chansons, 2gether et ses airs RNB moderne, Explosif, C’quoi les bails et le succès Doo Wop en fin de concert, alors que le groupe revisitait quelques-uns de ses plus vieilles chansons (et recevait par la même occasion les applaudissements les plus chaleureux), Montréal $ud (de l’album du même nom, leur premier, 2013), Moi pis mes homies (de Gesamtkunstwerk), ainsi que Monnaie ou encore Where They @. Que du plaisir.

Enfin, saluons les performances d’Obia le Chef et Mike Shabb, à qui on avait confié le mandat d’allumer les braises en début de soirée. Shabb n’a pas déçu, comme à son habitude, sachant prendre la foule à bras le corps pour donner du muscle à ses chansons plus retenues sur disque. Le trop bref concert d’Obia le Chef était particulièrement réjouissant : durant les premiers concerts qu’il avait offert après la parution de son excellent album Soufflette, on le sentait encore en train d’apprivoiser la manière de s’exposer sur scène. Il a visiblement trouvé : fin MC en studio, le Chef s’est enfin transformé en boxeur sur scène, la rage dans la voix, l’envie de projeter ses rimes à la face du monde. Et en prime, il a invité Rowjay à monter sur scène le temps d’une version remixée de sa chanson Zéro. La cerise sur le friday.