La tradition malienne de EMDE victorieuse à la 13e édition des Syli d’or

Mamoutou Dembélé, alias EMDE, avait le privilège jeudi d’être entouré des meilleurs musiciens de la soirée, ça ne faisait aucun doute.
Photo: Maria Guinamant Mamoutou Dembélé, alias EMDE, avait le privilège jeudi d’être entouré des meilleurs musiciens de la soirée, ça ne faisait aucun doute.

L’affiche complète de la 33e édition du Festival international des Nuits d’Afrique ne sera dévoilée que le 28 mai prochain, mais nous connaissons déjà l’identité d’un des groupes qui seront invités à s’y produire : l’auteur-compositeur-interprète EMDE, qui a remporté hier les honneurs du Syli d’or, le concours de la relève en « musiques du monde », dixit le festival qui organisait l’événement hier soir au Théâtre Fairmount.

Mamoutou Dembélé, alias EMDE, avait le privilège jeudi d’être entouré des meilleurs musiciens de la soirée, ça ne faisait aucun doute — un guitariste qui, avec son bandana et ses solos bluesés, rappelait un Carlos Santana, puis une section rythmique impressionnante d’agilité, batteur, percussionniste, bassiste. Sans vraiment déroger à la tradition, l’orchestre a offert les plus complexes structures rythmiques présentées jeudi, rythmes sur lesquels la kora et la voix affirmée du chanteur coulaient avait aisance.

Rompu à l’art de la kora depuis son enfance, héritier de la tradition mandingue comme le sont les griots de son talent, le musicien a dissous les éléments empruntés du blues, de jazz et de funk dans la tradition musicale de son pays d’origine au point de n’en suggérer au bout du compte que de subtiles traces. À défaut de nouvelles idées musicales, l’auditoire (comme le jury) a pu se délecter de ses riches chansons, exécutées avec énergie et confiance.

La finale avait débuté avec le concert du trio (accompagné d’un percussionniste) La Pirogue, arrivé deuxième au palmarès. Formation acoustique et atypique, écartelée entre les racines musicales des trois membres : une chanteuse et percussionniste d’origine colombienne, un guitariste et chanteur français amoureux du blues malien et un chanteur, flûtiste et percussionniste réunionnais.

Photo: André Rival La Pirogue

Ils ont offert une performance délicate, jolie, mais si l’intention était de faire la démonstration d’une fusion entre leurs cultures musicales respectives, ils n’y sont pas arrivés. Au lieu d’une mixture de rythmes et d’harmonies, une succession de vignettes musicales ; les chansons réunionnaises étaient les plus intéressantes, portées par la très belle voix d’un musicien qui était arrivé sur scène avec un sac de flûtes et un instrument percussif que l’on présume traditionnel à l’île de la Réunion. Chantées en créole réunionnais, ses chansons parvenaient à tracer un lien avec les rythmes du répertoire colombien proposé par l’enjouée chanteuse. En comparaison, l’argument blues malien de leur son manquait un peu d’authenticité et de vivacité.

Photo: M. Belmellat Le groupe Kon-Fusion

Kon-Fusion (à prononcer avec l’accent latino, c’est plus joli), le troisième orchestre invité à la finale, a eu l’immense mérite de garder le public sur le bout de ses pieds grâce à son énergie contagieuse. Ils avaient l’air d’une bande d’ex-punks repentis sur scène, dotée d’un saxophoniste, d’un chanteur bien dégorgé et d’un bassiste qui gardait sa bière près de lui. La proposition musicale de ces pirates battant pavillon chilien se cantonnait à la cumbia, avec bien sûr une touche ska-reggae et funk qui faisait effet dans la foule. Une agréable musique de party, quoique livrée un peu tout croche — soulignons que les problèmes de sonorisation rencontrés par le groupe durant sa performance n’ont sans doute pas aidé sa cause, aussi sympathique puissions-nous être à son endroit.

Depuis le signal de départ de la course au Syli d’or le 12 février dernier, trente-six formations québécoises puisant dans les traditions musicales de vingt-cinq pays différents ont défilé devant le jury sur la scène du Balattou. Lors de la finale de jeudi, le vote d’un jury constitué de cinq professionnels de l’industrie — comptant pour 60 % de la note finale — était additionné aux votes que le public accordait sur un bulletin remis à l’entrée. En plus de sa victoire, EMDE s’est vu décerner le prix Coup de coeur du Conseil des arts de Montréal permettant « à un collectif de musiciens professionnels montréalais, issus de la diversité culturelle, de présenter leur spectacle dans plusieurs lieux de diffusion de l’île de Montréal ».

EMDE succède ainsi à la formation cumbia-festejo-fusion El Son Sonó, gagnante de l’édition 2018 du concours. Le jeune groupe mené par Élodie et son frère Tito, deux colorés musiciens revendiquant leurs racines péruviennes et québécoises, lancera d’ailleurs son tout premier album le 11 mai prochain au Petit Campus.