Le dernier souffle de Dick Rivers

Dick Rivers, de son vrai nom Hervé Forneri, s’est produit à plusieurs reprises au Québec.
Photo: Michael Monnier Le Devoir Dick Rivers, de son vrai nom Hervé Forneri, s’est produit à plusieurs reprises au Québec.

Johnny Hallyday aura de la compagnie au paradis des rockeurs français : Dick Rivers, une des voix les plus emblématiques des années 1960, est mort mercredi, le jour de son 74e anniversaire.

Le chanteur « s’est éteint cette nuit d’un cancer à l’hôpital américain », a confirmé à l’AFP son gérant, Denis Sabouret.

Il aura été emporté au même âge que « Johnny » en décembre 2017, par la même maladie. Mais contrairement à l’idole des jeunes, lui n’aura pas droit à un immense hommage populaire.

Dick Rivers, dont le vrai nom était Hervé Forneri, avait vu le jour à Nice, dans le sud de la France. Il s’était fait connaître dès le début des années 1960 avec la formation Les Chats sauvages, avant de lancer sa carrière solo.

Au cours des décennies suivantes, en même temps que Johnny Hallyday, Dick Rivers a largement contribué à populariser le rock’n’roll en France en s’inspirant de la musique américaine. Il s’est aussi produit à de très nombreuses reprises au Québec.

La discographie de Dick Rivers comprend notamment une trentaine d’albums studio en solo.

Hommages du monde musical

« Il était le rock personnifié. Il avait tous les fondamentaux du Elvis sans cesse renouvelé. C’était un type extrêmement authentique, déterminé dans sa démarche, qui n’a jamais dévié et qui est un peu l’image de la droiture. Cela fait trente ans qu’on se connaissait. Je suis assez triste », a commenté sur la radio française RTL Francis Cabrel, que Rivers considérait comme son plus vieil ami dans le métier et avec lequel il fit une tournée en 1990.

Autre réaction, celle du maire de Nice, ville natale du rockeur, qu’il a placée sur la carte du rock français en 1984 avec son tube empreint de nostalgie Nice baie des Anges. « Ce n’est pas le Niçois qui me manquera seulement, mais c’est aussi une page d’histoire qu’il a écrite avec son groupe Les Chats sauvages. Sa musique, ce rock’n’roll formidable, nous parlait d’un temps d’optimisme, de jeunesse, de rébellion aussi […]. So long, my friend ! », a déclaré Christian Estrosi dans un communiqué, tandis que le club de football local, l’OGC Nice, lui dédiera son match de dimanche face à Guingamp.

Connu notamment pour sa célèbre « banane », Hervé Forneri restera l’une des plus célèbres voix du rock’n’roll à la française. Mais contrairement à Johnny Hallyday ou Eddy Mitchell, lui était résolument resté ancré dans cette esthétique, sans s’essayer à la variété, quitte à être bien moins médiatisé. « J’ai souffert d’avoir été le troisième larron du rock français », confessa-t-il même dans son autobiographie Mister D (2011).

Toute sa vie d’artiste, il aura tenté de marcher dans les pas de ses idoles, qui avaient pour nom Elvis Presley, Johnny Cash, Gene Vincent.

Auteur de 35 albums, en 55 ans de carrière, il connaît très vite le succès dans les années 1960 et 1970 avec des succès tels que Est-ce que tu le sais ?, adapté de What’d I Say de Ray Charles, et Twist à Saint-Tropez avec Les Chats Sauvages, ou Tu n’es plus là, Rien que toi ou Maman n’aime pas ma musique en solo.

À partir des années 1980, on l’entend moins, ses succès sont plus rares. Il apparaît comme le parent pauvre des ex-idoles yéyé, là où Johnny, Eddy et Jacques Dutronc remportent toujours autant de succès.

Après un sursaut notable avec l’album Plein Soleil (1995), baigné de ballades country, les années 2000 lui réservent un autre retour de flamme avec L’homme sans âge (2008), écrit et composé par Joseph d’Anvers. « Un jour, il m’a invité à chanter sur scène, quand j’ai eu le retour de sa voix, je l’ai ressenti jusque dans la colonne vertébrale. Il incarnait la noblesse de l’interprétation », a décrit M. d’Anvers à l’AFP.

Dick Rivers a rappelé l’an passé que sa voix grave et profonde avait peu d’équivalent en France, dans un duo avec Julien Doré pour la reprise du morceau de Rose Laurens Africa. Le jeune chanteur-compositeur n’a d’ailleurs pas manqué d’exprimer sa tristesse en postant sur Twitter une image du clip où Dick fait un au revoir de la main, accompagnée de ces mots : « Bon voyage, mon ami. »

Avec La Presse canadienne