Murray Lightburn lance «Hear Me Out»: comme un nouvel homme

Six ans après avoir fait paraître «Mass: Light», le Montréalais Murray Lightburn profite d’une éclaircie dans sa vie personnelle pour lancer «Hear Me Out».
Photo: Richmond Lam Six ans après avoir fait paraître «Mass: Light», le Montréalais Murray Lightburn profite d’une éclaircie dans sa vie personnelle pour lancer «Hear Me Out».

Il ne faut pas plus que la première minute de la chanson Anew ouvrant le second disque solo de Murray Lightburn pour réaliser qu’on tient là quelque chose d’inouï. Six ans après le dense et vindicatif Mass : Light, l’auteur, compositeur et interprète montréalais Murray Lightburn profite d’une éclaircie dans sa vie personnelle pour lancer Hear Me Out, l’album le plus singulier de sa discographie, en incluant les sept albums offerts depuis 2000 en tant que membre de The Dears.

On ne se refait pas complètement, Lighburn est toujours aussi désespérément romantique. Or, aujourd’hui, il s’est débarrassé des dramatiques envolées indie rock pour investir le rhythm blues et le soul des années 1960, avec une touche de pop vintage, de doo-wop et de gospel — et ça lui va à merveille.

« Étrangement, certains m’ont mentionné le nom de Burt Bacharach à propos du son de ce nouvel album, et pourtant, je ne saurais même pas nommer une seule de ses chansons ! Je n’ai jamais écouté de Bacharach… C’est drôle comment les gens se font leurs propres références, mais pour être clair, tout ça m’importe peu, du moment qu’ils écoutent le disque et que cette musique leur parle. »

Lightburn admet plutôt avoir été inspiré par les classiques de la pop afro-américaine, « Al Green, Marvin Gaye, mes chansons préférées de Motown », des albums avec lesquels il a grandi et qui, assure-t-il, ont autant nourri son inspiration que les disques de The Smiths, groupe auquel on a longtemps comparé le son de The Dears.

C’est précisément ce qui frappe en plongeant dans l’excellent Hear Me Out : le changement de registre. Le rhythm blues revendiqué par le musicien ne pourrait être plus éloigné de l’indie rock britannique des années 1980 réimaginé par The Dears, et encore plus du son du premier album solo de Murray Lightburn, une affaire conceptuelle, progressive et très électronique.

Le geste n’était pas calculé : « Je croyais que j’allais poursuivre dans l’esprit du premier album, assure-t-il. Pour être honnête avec toi, ce premier album m’a donné du mal, je ne sais toujours pas pourquoi je l’ai fait… J’aimais les chansons, j’aimais ce que j’en faisais, mais tout ce disque est né en réaction à ce qui se passait dans ma vie. Et ce n’était pas très positif : je luttais contre un tas de trucs, dont l’alcool, en plus je venais d’avoir un fils, j’étais pris dans plein de trucs personnels et pas à mon meilleur. J’étais artistiquement confus ; avec le recul, je me demande pourquoi j’avais besoin de le faire, cet album. Je te dis, tu es la première personne à qui je confie ça. J’ai encore du mal avec la représentation que j’ai faite de moi-même sur cet album. »

Étrangement, certains m’ont mentionné le nom de Burt Bacharach à propos du son de ce nouvel album, et pourtant, je ne saurais même pas nommer une seule de ses chansons ! Je n’ai jamais écouté de Bacharach…

Au bout du fil, on reconnaît le Murray Lightburn volubile, qui réfléchit tout en parlant, toujours avec la passion de son métier. Surtout, il a bonne mine, le vétéran musicien de la scène indie montréalaise — nous l’aurions tout autant si nous étions aussi en train de profiter du soleil et des plages du Mexique avec la petite famille. « Bon, c’est un peu nuageux en ce moment, mais on est bien », lance le musicien, qui s’est extrait du cocon familial pour répondre à nos questions.

Les nouvelles chansons, donc, étaient destinées à une suite officielle au glauque Mass : Light. « Je les ai composées, je les ai rangées pour partir un an et demi en tournée avec The Dears, j’ai ensuite réalisé l’albumn de Hawklsey Workman [Median Age Wasteland, qui paraît le 1er mars], puis j’ai réservé un studio pendant dix jours pour enregistrer mon album. »

C’est en retravaillant ses chansons qu’il a réalisé qu’elles pouvaient porter de nouveaux habits soul, pop et R&B rétro. La réussite de cette conversion afro-américaine réside d’abord dans l’apport du coréalisteur Howard Bilerman (studios Hotel2Tango) : « S’il y a une personne qui m’a permis de garder le cap et de me rendre jusqu’au bout de ce disque, c’est lui. C’est pour ça que je l’ai approché : je savais qu’avec Howard, je ne me laisserais pas distraire, je ne serais pas éparpillé, j’irais jusqu’au bout de la démarche pour arriver à offrir l’album le plus vrai, le plus sincère, que j’aie fait dans ma carrière. »

« Ensuite, j’ai eu la chance de trouver les musiciens qui avaient juste la bonne touche » pour recréer l’esprit, voire l’ambiance, précieuse, des enregistrements de Nat King Cole, exemple cité dans le communiqué de presse diffusé par sa maison de disques Dangerbird. « Certains des musiciens sur l’album jouent dans des formations jazz — je pense à Rémi-Jean [Leblanc, bassiste] que j’ai vu en concert la semaine dernière à La Vitrola. Un monstre ! Je ne peux pas croire qu’il joue sur mon disque ! Ce qu’il amène, ce qu’ils amènent tous, en vérité, donne toute sa saveur à l’album. »

« Mon but sur ce disque était d’arriver à un son classique, sans paraître copié sur le passé, parce que mes chansons sont uniques. […] Ce disque est très romantique, ça pourrait même être un disque de crooner — mais pas à la manière de Michael Bublé, tu vois ce que je veux dire ? » laisse-t-il tomber en rigolant.