Robert Charlebois «en troisième période»

«[Ce disque], c’est moi tel qu’en moi-même, maintenant ! Tu ne peux pas écrire ça à 30 ans», dit Robert Charlebois.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «[Ce disque], c’est moi tel qu’en moi-même, maintenant ! Tu ne peux pas écrire ça à 30 ans», dit Robert Charlebois.

Vieillir — ou même mourir — avec la musique ? La belle affaire, surtout quand elle est portée par la lumière de la jeunesse. Sur Et voilà, son 25e disque en carrière, Robert Charlebois assume ses 74 ans avec des chansons qui montrent les traces que laisse le temps qui passe et qui fuit, mais qui prennent aussi leurs racines auprès de nouveaux collaborateurs.

« Moi, j’appelle ça la troisième période », dit Charlebois en rigolant, vêtu d’un sobre gilet noir à des lieues des paillettes de son mythique chandail du Tricolore. Lire : la partie est bien entamée, mais elle n’est pas finie.

Robert Charlebois fait un parallèle avec les peintres, les écrivains et les poètes qui, après avoir livré un certain nombre d’oeuvres, décident de se retirer en estimant leur travail terminé. Il donne l’exemple de Réjean Ducharme — qu’il appelle tout simplement « Réjean » —, qui a pratiquement cessé de travailler vingt ans avant sa mort.

« Mais moi, c’est pas encore terminé, et je suis encore dans le rond, tu vois ? illustre-t-il avec son doigt qui tournoie. Parce que dès que tu sors du cercle, ça veut dire la retraite. Et pour moi, c’est le mot le plus ignoble. » Lire : il est encore bien sur la patinoire du show-business.

Entre deux chaises

Et voilà, ce nouveau disque tout rond qui sortira même en vinyle tout noir, a l’honnêteté d’accuser le temps qui a passé dans la vie de Charlebois, mais il a aussi la force de la jeunesse des nouveaux collaborateurs du Garou originel.

En effet, d’un côté, il y a des vétérans un peu partout. Un texte de Réjean Ducharme, retrouvé par la conjointe de Charlebois, ouvre le disque, et est suivi d’un duo avec sa complice d’antan Louise Forestier. Le frisé chanteur adapte Can’t Help Falling in Love d’Elvis et rend hommage à Johnny Hallyday avec un petit verre de whiskey.

Et de l’autre, Charlebois a fait affaire avec le duo de réalisateurs Gus Van Go et Werner F., qui travaillent de Brooklyn, mais souvent avec des Québécois, comme Les Trois Accords. Justement, le chanteur de la comique formation, Simon Proulx, signe un texte aux allures de J’t’aime comme un fou. En prime, deux jeunes musiciens américains, Jesse Signer et Chris Soper, ont prêté main-forte à l’équipe.

« Tout en restant dans le rond, j’ai voulu en sortir un peu, lance, philosophe, Charlebois. As-tu vu le film Bohemian Rhapsody sur Queen ? » Pardon ? Le chanteur s’emporte et raconte comment Freddie Mercury, entourloupé par un producteur « véreux », quitte son groupe pour aller enregistrer avec des super-musiciens à l’étranger. « Mais c’est pas bon, ce qu’il fait. Il revient la queue entre les deux jambes devant les gars de Queen et il dit : “Je suis allé à Berlin, j’avais les meilleurs musiciens, ils faisaient exactement ce que je leur demandais, et c’est pour ça que ça n’a pas marché.” C’est bon, hein ? »

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Après le disque, Robert Charlebois montera sur scène pour quelques dates cet été avec un concert à grand déploiement intitulé Robert en «CharleboisScope».

Charlebois a fait le même constat. « Mes musiciens, ils ne me contestent pas, ils veulent continuer à jouer avec moi. Ils ne me diront pas : “T’as un refrain de trop, ton couplet est plate, et peut-être que tu te répètes.” Eux autres, les Américains, ils voulaient juste avoir le poil dressé sur les bras, l’émotion. Et pas trop long. Coupe, t’as une minute de trop. Enlève, enlève, enlève. »

Le bilan

Sur ce 25e disque, les mots de Charlebois ont souvent des allures de bilan — le titre lui-même appelle à l’exercice. Il y a Monsieur l’ingénieur, le duo avec Forestier, qui raconte la dispute d’un vieux couple sur les biens matériels. La Divine, un texte de Daniel Thibon — auteur de Je reviendrai à Montréal et de Wasishu —, met en scène une chanteuse dont l’impact survit à la voix. Les filles de mon âge, elle, offre des lignes fortes et très claires en ce sens : « On grandit ensemble / On vieillit ensemble / Il faudra bien partir ensemble. »

« Ça veut dire ce que ça veut dire, hein ? C’est la mort, l’angoisse du temps qui passe. [Ce disque], c’est moi tel qu’en moi-même, maintenant ! Tu ne peux pas écrire ça à 30 ans. »

Pas question, donc, de sonner comme un vieux qui voudrait vivre sa jeunesse une deuxième fois. Charlebois se souvient d’avoir déjà joué dans ce triste film avec Claude Péloquin, avec qui il avait fait un disque de cette étoffe, intitulé Super position. « On était deux vieux cons de 45, 50 ans, et on s’imaginait comprendre ce que les jeunes de 20 ans voulaient. Pas vrai ! Tu l’as une fois, 20 ans, et tu ne veux surtout pas te faire dire ce que c’est par des gens qui ont le double de ton âge ! » dit Charlebois.

En spectacle

Après le disque, Robert Charlebois montera sur scène pour quelques dates cet été avec un concert à grand déploiement intitulé Robert en CharleboisScope. Déjà des supplémentaires ont été annoncées.

« Je vais peut-être en jouer deux ou trois nouvelles, mais les gens viennent pour entendre 50 ans de chansons. Tsé, la seule fois que tu fais ton album au complet, c’est quand tu en as juste un ! À partir du moment où t’en a deux, tu coupes ! Et quand t’en a 25, ben là… »

À savoir si un 26e disque pourrait voir le jour dans le futur, le musicien assure qu’il a de belles chansons qui s’en viennent. « C’est peut-être le dernier album, mais je vais faire des extended play, comme Elvis, des quatre tounes. C’est comme ça que j’ai commencé à acheter mes disques quand j’avais 12 ans. On retombe en enfance, faut croire. »

Bref, ça sent la prolongation.

Et voilà

Robert Charlebois, La Tribu, en vente dès vendredi