I Musici et sa chapelle

Jean Marie Zeitouni
Photo: i Musici Jean Marie Zeitouni

Le concert de Noël inclus dans le cycle des cantates de Bach programmé sur huit saisons par la salle Bourgie comportait cette année une pièce maîtresse du cantor de Leipzig : le Magnificat donné en première audition le 25 décembre 1723 à Leipzig.

Pour ce concert, qui adjoignait au Magnificat deux cantates du jour de Noël, l’orchestre de chambre I Musici était associé à un choeur non nommé et sans mention de chef de choeur. On peut donc supposer que Jean-Marie Zeitouni s’est formé un ensemble choral sur mesure qu’il a lui-même préparé, sorte d’équivalent modeste de la Chapelle de Québec.

L’idée est en soi fort judicieuse, puisqu’en ne se liant pas à un choeur constitué, Zeitouni maîtrise le choix des voix et la couleur de son ensemble (par exemple du groupe des ténors), de même que la philosophie de la préparation.

Ce dernier point est important, puisqu’il y a dans cette traduction de la musique de Bach une tonicité et une présence du mot, qui ne peuvent guère, pour un chef comme Jean-Marie Zeitouni, se conquérir à la dernière minute face à un choeur habitué à des manières, disons, lisses. Avec ce concert, Jean-Marie Zeitouni a montré une fois de plus à quel point il cherche à faire atteindre, à I Musici, la précision et l’éclat que l’auditeur trouve chez Les Violons du Roy.

Le choix des solistes prouvait que la musique baroque n’a pas à être le refuge de ceux qui ne trouvent pas d’emploi ailleurs. Il est admirable de pouvoir entendre des cantates de Bach chantées avec le volume et l’aplomb de Dominique Labelle ou de Stephen Hegedus. Il est sidérant de voir que le curriculum vitae de ce chanteur, toujours aussi impressionnant et musicalement intègre, ne se garnit pas davantage d’expériences internationales de haut vol autant que celui de Julie Boulianne, que nous avons eu plaisir à réentendre en excellente forme. La mezzo-soprano n’a cependant pas eu l’air d’avoir eu beaucoup de temps de préparation pour ce concert, notamment dans son air de Ehre sei Gott in der Höhe, où elle semblait littéralement accrochée à la partition.

Andréanne Brisson Paquin a peu chanté. Quant au ténor Josh Lovell, que les notes de programmes nous présentent comme un finaliste des auditions du Met (en entendant quelques « coins ronds » techniques, on se demande comment il a réussi ce miracle, avant de découvrir sur la biographie publiée par son agent, IMG, qu’il a échoué en demi-finale !), il se repose beaucoup sur un timbre magnifique. La prononciation dans la Cantate BWV 110 était très relâchée, mais le « Deposuit » du Magnificat était plus convaincant.

En tout cas, Jean-Marie Zeitouni et son ensemble choral et instrumental peuvent assurément devenir des piliers de la dernière ligne droite de l’intégrale des cantates de la salle Bourgie.

Intégrale des cantates de Bach — An 5

Cantate « Unser Mund sei voll Lachens », BWV 110. Cantate « Ehre sei Gott in der Höhe », BWV 197a. Magnificat BWV 243. Dominique Labelle et Andréanne Brisson Paquin (sopranos), Julie Boulianne (mezzo-soprano), Josh Lovell (ténor), Stephen Hegedus (baryton-basse). Choeur et Orchestre de chambre I Musici de Montréal, Jean-Marie Zeitouni. Salle Bourgie, samedi 22 décembre 2018.