Le chemin de lumière de Bernard Labadie

Les fidèles, spectateurs, sont invités à quatre reprises à participer en chantant des refrains connus pendant lesquels l’officiant-chef se retourne vers la foule.
Photo: Palais Montcalm Maison de la musique Les fidèles, spectateurs, sont invités à quatre reprises à participer en chantant des refrains connus pendant lesquels l’officiant-chef se retourne vers la foule.

« Le chemin de Noël n’est pas un concert, les artistes n’en sont pas le propos mais seulement les instruments », écrivait Bernard Labadie dans son préambule, dans lequel il demandait au public de ne pas applaudir, parce que « Noël, c’est aussi le silence du beau et de l’insondable ».

Ce rendez-vous, avec 24 chanteurs de La Chapelle de Québec, un organiste, une harpiste, un baryton solo et un récitant, le chef le voulait « communion, rassemblement, réflexion et moment d’arrêt » avant les Fêtes.

Le mot « communion » a quelque chose d’amusant puisqu’il s’agit en quelque sorte d’une messe repensée, en terrain neutre, sans curé et sans eucharistie. Terrain neutre, il faut le dire vite, puisque le Palais Montcalm prend les habits d’une église avec la projection d’un grand vitrail et une procession d’entrée et de sortie des chanteurs avec des lampions. La salle étant plongée dans le noir, l’effet est d’emblée saisissant.

Les fidèles, spectateurs, sont invités à quatre reprises à participer en chantant des refrains connus (Venez, divin Messie, Les anges dans nos campagnes, Ça, bergers, Il est né, le divin enfant) pendant lesquels l’officiant-chef se retourne vers la foule.

Garder le bébé et l’eau du bain

Même si l’on est surpris, au début, du ton très solennel, le chemin est lumineusement fervent, logique, intelligent. On réalise très vite que, parallèlement aux églises désertées, il y a un moyen de garder le bébé et l’eau du bain de nos traditions et racines, en joignant de manière sensible et réfléchie le sacré et le profane en un parcours édifiant. Cette construction, cette réflexion et ce cheminement deviennent alors sources d’espoir et d’émotion.

Ainsi Le chemin de Noël, qui alternait musiques et narrations, d’un ton parfait et d’une grande subtilité d’Yves Jacques, a abouti à un admirable triptyque final. Se sont succédé la traduction en prose de Stéphane Goldet du « Repos en Égypte », extrait de Das Marienleben de Rilke, suivi du Repos de la Sainte Famille de Berlioz ; le récit évangélique de la présentation de Jésus au temple illustré par un admirable et austère choeur d’hommes, Les âmes des justes d’Elzéar Fortier (1915-1987) ; le très beau conte de Noël de Guillaume Bourgault-Côté, Les yeux dans l’aube, avec toi,paru en 2015 dans Le Devoir, un crépuscule d’une inextinguible lumière sur un horizon élargi par A New Year Carol de Britten.

Parmi les superbes moments de ce périple poétique et musical, que l’on pourra entendre sur ICI Première ce soir à 22 h, le premier grand frisson fut la succession dans le chapitre de l’Annonciation de I sing of a Maiden de Patrick Hadley (1899-1973) et de Salut, Dame Sainte de Poulenc. Même si l’on compte parmi les autres bijoux Past Three a Clock de Charles Wood (1866-1926) et, surtout, Lully, Lulla, Lullay de Philip W.J. Stopford (né en 1977), l’emprise des Nine Lessons and Carols de Cambridge n’est pas étouffante et Le chemin de Noël trouve un ton « québécois » propre.

À la troisième année, il faut désormais surtout souhaiter que comme en Angleterre, Le chemin de Noël pourra devenir un phénomène et une tradition bien au-delà de la capitale nationale grâce à la diffusion radiophonique. Il en vaut largement la peine.

Christophe Huss était l’invité des Violons du Roy et de La Chapelle de Québec.

Le chemin de Noël

Itinéraire poético-musical conçu par Bernard Labadie. Musiques de Johann Pachelbel, Herbert Howells, Francis Poulenc, Peter Cornelius, Hector Berlioz, Benjamin Britten, Alexandre Guilmant, Elzéar Fortier et airs traditionnels. Yves Jacques (récitant), Richard Paré (orgue), Valérie Milot (harpe), Jean François Lapointe (baryton), La Chapelle de Québec, Bernard Labadie. Palais Montcalm de Québec, 23 décembre 2018. Diffusion sur ICI Première le 24 décembre à 22 h.