Cordâme, Debussy et le jazz

Jean Félix Mailloux n’a pas «repris» du Debussy. Il s’en est inspiré.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Jean Félix Mailloux n’a pas «repris» du Debussy. Il s’en est inspiré.

Mine de rien, Jean Félix Mailloux et Normand Guilbeault partagent beaucoup de points communs. Les deux appartiennent à la catégorie gros calibres de la contrebasse. Les deux sont constamment ou presque dans la prise de risques. Ils sont des aventuriers. Par exemple, là où Guilbeault creuse le sillon des musiques autochtones, Mailloux s’applique à retourner les us et coutumes de la musique classique, l’exécution de celle-ci, avec un rare souci pour la… beauté !

Oui, ce que Mailloux et ses complices font se conjugue avec la beauté. C’est bête, n’est-ce pas ? Oui, mais c’est comme ça. C’est ainsi : c’est beau, tout simplement. Tellement, qu’on vous propose une garantie à faire sursauter tous les actuaires, ces manitous du risque, de la planète : si, à la suite de l’acquisition de Debussy Impressions publié par l’étonnant label qu’est Malasartes, vous êtes insatisfait, on vous rembourse ! Rubis sur l’ongle, comme l’observa Queneau. Bon. Reprenons.

L’architecture instrumentale arrêtée par Mailloux lorsqu’il a fondé Cordâme emprunte davantage à l’orchestre de chambre qu’à la formation de jazz traditionnelle. Ainsi, il y a un violon entre les mains de Marie Neige Lavigne, un violoncelle entre celles de Sheila Hannigan, une harpe entre celles d’Éveline Grégoire-Rousseau, des percussions entre celles de Mark Nelson et un piano sous celles de Guillaume Martineau. Chacun d’entre eux fait preuve d’une extraordinaire maîtrise, d’une agilité remarquable quand on songe au coefficient de difficulté que suppose ici l’ambition musicale de Mailloux. Pour dire les choses très platement, les membres de Cordâme sont formidables. Bravo!

On sait peu, trop peu d’ailleurs, que bien des musiciens de jazz entretiennent une relation passionnelle avec la musique classique. Mingus était fou de Stravinsky, Coleman Hawkins de Brahms, mais la plupart d’entre eux, bizarrerie parmi d’autres, apprécient avant tout les compositeurs français du XXe siècle : Maurice Ravel, Erik Satie, Gabriel Fauré, Darius Milhaud, Olivier Messiaen et bien évidemment Debussy.

En règle générale, l’alchimie tentée par les jazzmen sur le territoire de la musique classique a tourné au vinaigre la plupart du temps. L’exemple par excellence étant cet enregistrement réalisé par Charlie Parker avec des cordes au début des années 1950. Avec Cordâme, il en va autrement.

Pour mener à bien son aventure par ailleurs singulière, Mailloux n’a pas « repris » du Debussy. Il s’en est inspiré. En d’autres mots, il a composé et arrangé à l’enseigne de la mélodie, de la douceur. Puis, il a greffé un trio à cordes à une formation rythmique classique. Note qu’on osera qualifier d’importante : il n’y a pas d’instruments à vent, à pistons. On dirait que notre homme a tenu à ce que toutes ses musiques se déclinent dans la fluidité.

Noël étant à l’horizon du court terme, la conclusion est d’une grande simplicité, pour ne pas dire incontournable : si vous souhaitez offrir un disque à quelqu’un ou quelqu’une qui aime la musique en général et pas nécessairement le jazz ou le « hip-hop-rap-machin-truc », achetez ce Debussy Impressions. Le plaisir est au début de l’écoute, pendant et à la fin.

 
 

Signalons par ailleurs la sortie prochaine de Miles Davis : Birth of the Cool, nouveau documentaire consacré à on sait qui. La première aura lieu dans la cadre du festival de Sundance le 24 janvier. Après quoi, il sera disponible sous des formes diverses. Il a été réalisé par un cinéaste réputé : Stanley Nelson. Il avait notamment signé Freedom Riders, sur les militants pour les droits civiques.