La plus belle tristesse du monde avec Monsieur Mono à l’Outremont

Sous son chapeau noir de Monsieur Mono, Éric Goulet offre un profil d’aigle aux spectateurs venus le trouver vendredi soir au Petit Outremont.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Sous son chapeau noir de Monsieur Mono, Éric Goulet offre un profil d’aigle aux spectateurs venus le trouver vendredi soir au Petit Outremont.

Sous son chapeau noir de Monsieur Mono, chic chapeau relevé exprès jusqu’à l’arrière de la tête, un peu Sinatra sans la morgue, Éric Goulet offre un profil d’aigle aux spectateurs venus le trouver vendredi soir au Petit Outremont. Sous ses doigts longs et fins, le magnifique piano à queue semble faire partie du personnage, extension naturelle de la noirceur de ce qui sort des doigts, chansons d’un noir foncé assumé.

Le grand nulle part, chanson-titre du troisième album de Monsieur Mono, annonce la couleur. Ou plutôt : rajouter une couche de peinture noire. Monsieur Mono, explique Éric, revient faire son tour de cimetière « quand les choses ne vont pas trop bien à la shop ». L’album est celui d’une rupture, d’une fracture terrible qui ne se recolle pas, la douleur plus aiguë et moins existentielle que les autres fois où Éric a eu besoin de son Monsieur Mono. Et les chansons, proportionnellement, sont plus tristes et plus belles que jamais auparavant.

C’est quand même incroyable, cette force des chansons tristes : quand l’artiste ne se ménage pas, quand il y met à la fois tout son art et sa pleine douleur, elles sont belles à pleurer. Elles font du bien tellement elles vont creuser creux dans la plaie : ça nettoie, ça aide l’artiste et ceux qui viennent à sa rencontre, ça permet de commencer à guérir. Un peu. Chacun et chacune son flot de chagrin privé, qui coule en dedans. La sorte de chanson triste à la Monsieur Mono permet de « pleurer la mer Morte », comme dit la chanson-titre de son premier album. Pleurer tout son soûl, tout son sous-sol. Ça nous donne accès à la plus belle tristesse du monde, et c’est un grand privilège.

Seul avec d’autres

Pour son rendez-vous avec Monsieur Mono, l’homme seul par définition, Éric Goulet a trouvé des appuis. Cinq femmes. Celles du quatuor de cordes Esca : Edith, Sarah, Camille, Amélie. Et Salomé Leclerc à la batterie. Avec elles, les chansons peuvent aller encore plus loin dans l’expression de la douleur. Quand Monsieur Mono chante Touché au coeur, elles sont à la fois la consolation et l’amplification, elles caressent et exacerbent, elles sont le soutien et la part insoutenable.

« Je t’ai donné tout ce que j’avais », chante Monsieur Mono. Et il nous chante tout ce qu’il a. Et elles l’entourent de tout ce qu’elles ont, au violon tranchant, au violoncelle enveloppant, à la batterie battement de coeur. Et Monsieur Mono, avec elles, avec nous dans la petite salle, partage ce qui se vit en solo, et chacun et chacune y trouve un chemin commun, par où passent en même temps la peine et le courage. Le chemin sera ouvert encore samedi, au même endroit, par le même homme et les mêmes femmes. Allez-y à coeur ouvert.