Roney et Hargrove, les trompettes de la renommée

Wallace Roney s’est produit au Upstairs à Montréal le 3 novembre dernier.
Photo: Jean-François Hayeur Upstairs Wallace Roney s’est produit au Upstairs à Montréal le 3 novembre dernier.

Il y a quelques jours, le trompettiste Wallace Roney s’est produit parmi nous. Au Upstairs, pour être exact. Lui et sa troupe de jeunes, qui jouent comme des briscards tellement ils sont toujours pile-poil, furent conquérants. Ils furent surtout les dignes représentants de ce que les experts et historiens de la note bleue nomment le post-bop. En d’autres termes, ils firent dans le jazz, et non dans l’ambiance, le décor.

Simultanément à cette prestation, l’alter ego de Roney poussait son dernier souffle à New York. Il s’appelait Roy Hargrove. Il avait 49 ans à peine. Depuis 13 ans, il traînait sur toutes les scènes du globe une satanée maladie rénale. Signe qui en dit long sur l’affection suscitée par ce trompettiste, au lendemain de son décès, les grands médias de ce monde soulignaient ce qui fut indéniable : Hargrove avait insufflé une secousse de jeunesse dans le monde du jazz.

Il avait été découvert par Wynton Marsalis dans les années 1980. À l’époque, Roney, lui, avait pour mentor Miles Davis, qui d’ailleurs lui légua sa trompette. Dans cet épisode, il y a un fait qui relève du paradoxe : Davis n’appréciait guère, pour ne pas dire pas du tout, Marsalis. Il le trouvait trop classique.

Bizarrement, Roney et Hargrove furent à l’avant-garde, avec d’autres évidemment, de ce mouvement dit post-bop. Ils étaient complices là où Davis et Marsalis s’affrontaient. Toujours est-il qu’il s’agissait pour eux de reprendre et surtout de poursuivre là où Art Blakey et ses Jazz Messengers avaient laissé. En un mot, ils se sont attelés à prendre le contre-pied esthétique des maisons de disques qui produisent un jazz bien blanc, bien propre, bien lisse. Bref, à l’instar de Blakey, ils étaient aussi des combattants.

Pour illustrer tout cela, de Roney on suggère ses deux récents albums : A Place in Time publié il y a quelques mois sur High Note et Powerhouse paru sur l’étiquette Chesky en 2015. L’un comme l’autre sont décapants, virevoltants. De Hargrove, on a retenu Earfood sur Emarcy et une petite merveille qui s’intitule Jazz in The Key of Blue par le Jimmy Cobb Quartet, avec Hargrove évidemment, sur l’étiquette Chesky.

Cela étant, ami lecteur, pour avoir une idée du prix comme de la présence en magasin d’albums de l’un et de l’autre, on est allé sur place. Et alors ? L’espace dévolu autrefois à la musique ayant été réduit à une peau de chagrin, force est de constater que les dirigeants de ces boutiques favorisent l’achat en ligne. Il n’y avait aucune copie de ces albums comme des autres. Tout cela pour dire qu’outre Amazon, on vous conseille de fureter du côté de JazzDepot, de Delmark, de Cheap Trills ou d’ArkivJazz.

 
 

En vue de sa 20e édition qui se tiendra en octobre 2019, l’Off Festival de jazz invite les musiciens souhaitant se produire dans le cadre de cet événement à soumettre leurs projets d’ici le 8 février. Le dossier de présentation doit comprendre un CD ou un démo rassemblant trois morceaux au minimum, le titre du projet et une courte présentation de celui-ci, le nom de l’auteur et une courte biographie, la liste des instrumentistes impliqués, une photo du leader ou du groupe et enfin l’adresse courriel et postale, le numéro de téléphone et des liens Internet.

 
 

Après avoir découvert des enregistrements inédits de Bill Evans en 2017 et de Dexter Gordon et de Woody Shaw cette année, les détectives du jazz viennent de découvrir un Thelonious Monk capté live à Copenhague en mars 1963. Cet album réalisé notamment avec l’immense Charlie Rouse au ténor est un bijou, d’autant que la prise de son fut remarquable. Son titre : Monk, sur Gearbox Records.