Soweto Gospel Choir: chants de liberté

Le chœur compte présentement une quarantaine de membres, dont les plus vieux ont autour de 45 ans.
Photo: Gas Photographic Le chœur compte présentement une quarantaine de membres, dont les plus vieux ont autour de 45 ans.

On peut éteindre une chandelle, mais on ne peut pas éteindre un brasier. C’est ce que dit un couplet de la chanson Asimbonanga, que chantera samedi à la Place des Arts de Montréal le Soweto Gospel Choir, le célèbre choeur sud-africain qui a accompagné tant Aretha Franklin que Bono ou Diana Ross. Cette chanson est un hommage à Nelson Mandela, qui aurait célébré son 100e anniversaire de naissance cette année. Elle célèbre aussi Biko, un autre militant anti-apartheid décédé en détention en 1977. Elle a été écrite par Johnny Clegg, que l’on surnommait le « zoulou blanc », et qui l’a d’ailleurs chantée lui-même aux côtés de Mandela.

Tout ce nouveau spectacle du Soweto Gospel Choir, qui prend l’affiche pour un seul soir ici, est d’ailleurs dédié à Madiba, comme on appelait affectueusement Mandela. Il faut dire que Mandela a toujours été proche du Soweto Gospel Choir, qui est d’ailleurs l’ambassadeur de la Fondation qu’il a créée pour combattre le VIH. Une autre chanson, Freedom Songs Medley, témoigne encore plus vivement de la relation de tout le pays avec Mandiba. « Rholihlahla Mandela/Freedom is in your hands/Show us the way to freedom/In this land of Africa », dit la traduction anglaise.

« Nous avons choisi des chansons qui racontent l’histoire de Mandela, mais aussi celle de l’Afrique du Sud », dit Shimmy Jiyane, le chef de choeur de l’ensemble, qui est aussi danseur et chorégraphe. L’ensemble du spectacle s’intitule Songs of the Free. Une autre de ces chansons s’intitule Umbombela,ou « chanson du train ». Elle raconte l’histoire des travailleurs migrants qui devaient s’éloigner loin de leur famille pour travailler durant l’apartheid.

Photo: Lorenzo Di Nozzi Le spectacle est basé sur le dernier disque de la chorale, intitulé «Freedom».

Mais le message du choeur est clairement « positif », dit Shimmy Jiyane, et les textes des chansons sont choisis en conséquence. Pour ce spectacle, la chorale chantera tant des chants traditionnels africains et du gospel chrétien que des chansons plus contemporaines, dont la célèbre Hallelujah de Leonard Cohen.

En ce sens, le spectacle épouse la politique de réconciliation entre Blancs et Noirs instaurée par Mandela de son vivant en Afrique du Sud.

La chorale rendra également hommage à la chanteuse-auteure-compositrice Aretha Franklin, décédée plus tôt cette année. « Nos mères et nos grands-mères ont écouté du Aretha Franklin », dit Shimmy Jiyane. Le groupe devrait notamment reprendre la chanson Natural Women, de Carole King, qu’Aretha Franklin a immortalisée. L’ensemble des choristes vient de la ville de Soweto, ce township symbole de résistance dans l’Afrique du Sud des années 1980. Il a été créé au milieu du siècle dernier, lorsque le gouvernent blanc du pays a décidé de chasser les Noirs des banlieues blanches de Johannesbourg pour les regrouper dans des townships. En 1970, des émeutes y sont survenues alors que le gouvernement blanc rendait obligatoire l’enseignement de la langue africaans. Mais Soweto est aussi un haut lieu de culture, où les genres musicaux du kwaito et du kasi rap ont été inventés. Il faut dire aussi que la musique et les chants ont joué un rôle très important en Afrique du Sud durant l’apartheid. Une chanteuse comme Miriam Makeba, dont la chorale reprend la célèbre chanson Pata Pata, a dû s’exiler durant la résistance à cause de son discours anti-apartheid. Ce fut le cas aussi du chanteur Hugh Masekela.

Un groupe polyglotte

Le spectacle présenté samedi à la Place des Arts est basé sur le dernier disque de la chorale, simplement intitulé Freedom. Sur cet album, et dans la prestation, le Soweto Gospel Choir chante dans six des onze langues officielles de l’Afrique du Sud, mais plus particulièrement en zoulou, ou sotho, et en anglais. On y fait aussi se rejoindre les traditions du gospel américaine et sud-africaine.

Le choeur compte présentement une quarantaine de membres, dont les plus vieux ont autour de 45 ans. Il est accompagné de quatuor de musiciens. Créé en 2002, le choeur a d’abord recruté dans les églises. Aujourd’hui, le groupe est en tournée onze mois par année. Il est lauréat de deux Grammy Awards.

Songs of the Free

Soweto Gospel Choir, à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts de Montréal, le samedi 24 novembre 2018 à 20 h.