Des refrains plein les valises

La presse, française et belge, a craqué pour les chansons pop et ensoleillées du premier album de Témé Tan.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir La presse, française et belge, a craqué pour les chansons pop et ensoleillées du premier album de Témé Tan.

À sa première visite chez nous, l’album de Témé Tan n’était pas encore paru. C’était aux Francos, il y a deux étés, et l’auteur, compositeur, interprète et homme-orchestre belge né au Congo Tanguy Haesevoets ne pouvait pas se douter que l’année qui suivrait la sortie du disque serait déjà celle de la consécration. « Ici, je reviens avec plus de chansons, ma performance a évolué, et là, c’est paradoxal, je viens présenter ce premier album, mais je suis déjà en train de préparer le second », dont il nous offrira quelques extraits en primeur demain pendant Coup de coeur francophone.

La presse, française et belge, a craqué pour les chansons pop acidulées et ensoleillées de ce premier album paru en octobre 2017. Son agenda s’est vite chargé de concerts qu’il donne en solo « parce que ça me permet de voyager où je veux », au propre comme au figuré. Ajoutez à ce parcours fulgurant le prix Musicien de l’année aux D6bels Music Awards (l’équivalent wallon de notre gala de l’ADISQ) et maintenant le prix Rapsat-Lelièvre, comme la proverbiale cerise sur le sundae auquel tous pourront enfin goûter demain au Ausgang, le temps d’une alléchante soirée mettant aussi en vedette Pierre Kwenders et le Poirier Migration Soundsystem.

La scène se déroulait lundi dernier au Centre PHI. Sur le podium, ce fameux bricoleur de pop métissée par ses nombreux voyages a penché sa tête vissée à la cime d’un long corps pour s’approcher du micro et offrir ses remerciements, après avoir reçu le prix Rapsat-Lelièvre, « attribué pour souligner l’excellence d’un album de chansons » en alternance à un artiste québécois et à un artiste belge, afin de renforcer les liens culturels entre les deux communautés francophones.

Son amour québécois

« Moi, mon histoire d’amour avec le Québec a commencé très tôt, a-t-il déclaré. Quand je rentrais de l’école, je trouvais mes frères devant cette série, Degrassi, je ne sais pas si ça vous dit quelque chose ? » Degrassi, nouvelle génération, bien sûr, avec Drake en fauteuil roulant dans son ancienne vie d’acteur. Ce n’est cependant pas québécois, comme série, mais ontarien… Il s’est vite repris en nous racontant l’histoire de cette Québécoise habitant près de chez lui, dont il était tombé amoureux et qui l’a ensuite converti au rock de Jean Leloup, au point de lui donner aujourd’hui envie d’habiter à Montréal. « Je me suis même inscrit au site Kijiji pour trouver un logement ! »

Mais passons aux choses sérieuses, puisque tout le monde se pose la question. « La grenouille ? Connais pas. Ah oui ! Le dessin animé ? » Celui-là, oui ! Radio-Canada diffusait la série japonaise dans les années 1980 : Démétan, la petite grenouille. C’était triste, Témé Tan s’en souvient, « mais ça n’a rien à voir ». Le nom Témé Tan ne vient pas non plus du linguala, l’une des langues nationales de la République démocratique du Congo, où il a grandi avant de s’établir en Belgique, à l’âge de six ans. « Je suis fier de mon héritage congolais, mais je n’en fais pas une revendication. Quand les gens voient sur l’affiche “Belgique–Republique démocratique du Congo”, ils s’attendent à entendre de la rumba… » Ils seront plutôt étonnés de découvrir que ses grooves délicatement électroniques font davantage référence à la samba et au tropicalia, Tanguy ayant aussi habité au Brésil.

Histoires de nom

« En fait, moi, je m’appelle Tanguy, j’ai commencé à écrire des chansons quand j’étudiais la littérature hispanophone et l’histoire du flamenco en Andalousie, mais mes amis ne savaient pas prononcer le “tan” de Tanguy, ils disaient “tanne”, alors j’ai gardé le son. Là-bas, j’ai rencontré une fille japonaise qui est devenue comme une soeur pour moi, elle a passé beaucoup de temps avec nous en Belgique, puis je suis allé la voir au Japon, où j’ai passé beaucoup de temps. J’ai donné mes premiers concerts à Kyoto, à chanter ses chansons à elle. Or “té”, ça veut dire “main” en japonais, et “mé”, c’est “oeil”. Car comme tu vois, je porte des lunettes, mais sur scène, je les retire pour qu’elles ne tombent pas pendant que je chante et que je danse, et du coup, je me repère mieux avec mes mains qu’avec mes yeux, sur ma guitare, mes machines et tout ça… »

C’est toute la démarche musicale de Témé Tan qui tient dans cette brève explication : une vie de découvertes, d’anecdotes simples et souriantes, amenées sur des musiques effervescentes. De petites pépites de soleil brûlant tenant en trois minutes. Le prochain album, cependant, exposera des parts d’ombre : « Je pense que je parle de choses importantes, mais que j’essaie de convier une énergie positive, commente Tanguy. J’essaie de transcender l’énergie plus triste, non pas pour l’effacer, mais pour en faire quelque chose de puissant. Mon but sur mon prochain disque est d’être plus direct, de moins enjoliver ma musique. » À suivre.