Fuudge durcit la pâte dans «Les matricides»

Pour son plus récent opus, David Bujold a montré un peu plus les dents qu’à l’ordinaire, lui qui s’était mis à réécouter des disques plus «rentre-dedans».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Pour son plus récent opus, David Bujold a montré un peu plus les dents qu’à l’ordinaire, lui qui s’était mis à réécouter des disques plus «rentre-dedans».

Sur ses deux mini-albums lancés en 2016 et 2017, le groupe rock québécois Fuudge ne faisait pas dans la dentelle. Mais la formation du chanteur, parolier et compositeur David Bujold a pesé un peu plus lourdement sur la pédale d’intensité sur son premier disque complet qui paraîtra vendredi, intitulé Les matricides. Ces nouvelles chansons seront livrées sur scène au Coup de coeur francophone ce mardi à l’Esco.

« J’avais envie de faire une musique qui bûche », résume en riant Bujold. Partant d’une musique hybride entre le psychédélique et le grunge — le plan initial du groupe était de mélanger Pink Floyd et Nirvana —, Fuudge a donc alourdi ses textures sur le disque Les matricides.

Fuudge, qui a participé à plusieurs festivals importants au fil des dernières années, livre des textes francophones imagés quoiqu’un brin cryptés sur des musiques lourdes mais mélodiques. En plus de Bujold, la formation est composée de Pierre Alexandre, d’Olivier Laroche et de Vincent LaBoissonnière.

Pour Les matricides, David Bujold a montré un peu plus les dents, lui qui s’était mis à réécouter des disques plus « rentre-dedans ». « Comme le groupe canadien Metz, qui fait du noise rock, ou alors des groupes qui ne bûchent pas autant mais qui sont les racines du bûchage, comme du Black Sabbath, ou des affaires de même. »

Bujold était d’une part inspiré par ces sons et, d’autre part, il était un peu en réaction face aux commentaires qu’il recevait sur le groupe, souvent qualifié de « prog », un peu à raison concède-t-il. « Mais on dirait que mon aiguille était en train de vaciller, et je suis allé de l’autre côté de l’énergie. Je suis allé loin, et je suis content de l’avoir fait. »

Terre et mère

Comme à son habitude, Fuudge explore des images fortes et sombres, comme celle de l’enfer, de la mort, du diable. « Je m’amuse un peu avec ça, explique David Bujold. Dans l’EP 2, je parle de Satan par exemple. C’est un second degré. En même temps, ça me fascine ce monde-là, les symboles derrière tout ça. Satan, le mal, la Bible, l’Apocalypse, c’est tout un monde. Mais je ne voue aucun culte à ces choses-là dans ma vie de tous les jours ! »

Sur la pochette noire et rouge des Matricides, on peut d’ailleurs lire une phrase en latin, tirée du texte biblique de l’Apocalypse : « Et habeo claves mortis et inferni ». Ou en français « et j’ai les clés de la mort et de l’enfer ».

« En réalité, le thème de l’album, quand tu regardes les textes, c’est quand même assez dark, il y a beaucoup de mort, aussi beaucoup de fin du monde, explique le musicien. Mais ça reste de manière détournée. C’est assez énigmatique, ma façon d’écrire. »

Il n’y a qu’à prendre la pièce-titre, où, sur une musique presque spatiale, on a l’impression d’être dans une messe noire où les gens présents veulent tuer leur mère. « En réalité, là-dedans, je pensais surtout à la Terre. C’est une analogie à la fin du monde en soi, à l’humanité qui se tue elle-même, ou qui tue sa propre mère, révèle Bujold. Je pense à l’écologie, à ce que l’humanité est en train de réaliser. En même temps, il y en a beaucoup qui disent qu’on a toujours annoncé la fin du monde comme étant imminente. Sauf qu’avant c’était plus ésotérique, la fin du monde. Alors que, maintenant, c’est plus… scientifique. »

Fuudge, qui a participé aux Francouvertes en 2016, réussit à tirer son épingle du jeu depuis plusieurs mois. Le groupe a une étiquette de disque et quelqu’un pour ajouter des spectacles à son horaire.

« Est-ce que je vais réussir à faire du cash avec ça ? Je ne sais pas ! dit Bujold. En ce moment, c’est plus des investissements. Mais on est sur une bonne lancée, on continue. » Et le pied dans le tapis, aussi.

Les matricides

Fuudge, Lazy at Work. Fuudge sera en spectacle mardi 6 novembre à 22 h à l’Esco, dans le cadre du Coup de coeur francophone.