Du miel et des chansons pour «requinquer»

L’auteur-compositeur-interprète Jeff Moran est derrière le projet Pro Bonneau, pour amasser des dons, mais aussi simplement pour passer un moment ensemble, réunis.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir L’auteur-compositeur-interprète Jeff Moran est derrière le projet Pro Bonneau, pour amasser des dons, mais aussi simplement pour passer un moment ensemble, réunis.

Tout travail mérite salaire. Question de survie, affaire de dignité. À la fin des soirées Pro Bonneau, présentées depuis l’an dernier par Jeff Moran et son allié guitariste Thomas Carbou en compagnie d’invités — de Luce Dufault à Daniel Boucher, de San James à Paul Piché —, un petit pot de miel attendait chaque participant dans la loge au sous-sol du Verre Bouteille. Sur le toit de la bâtisse de l’Accueil Bonneau, faut-il rappeler, les apprentis apiculteurs montés là directement de la rue, et formés par les experts d’Alvéole, produisent le meilleur miel qui soit.

Pas une de ces soirées ne ressemblait à l’idée qu’on se fait des spectacles-bénéfice, tous louables au demeurant. Ça tenait à Moran, je pense : force tranquille, tendresse pudique, tête dure et bras ouverts. Pour Moran, ça tient beaucoup au fait « qu’à chaque fois les soirées ont été improvisées ». Tout y était en effet pas mal possible, d’un Boucher en mode jam à un Daran qui trouvait à ses refrains en colère leur vrai répondant : « Le fait d’y avoir chanté des chansons qui parlent de la rue à des gens qui la vivent au quotidien a revêtu un caractère vraiment unique et une intensité toute particulière. »

Petit bilan façon Moran : « J’ai été ému d’avoir un coup de main dans ma volonté d’aider : 6000 $ ont été amassés en huit concerts, c’est une somme raisonnable… Mais quand j’apprends que Chrysler se permet de faire faillite, de redémarrer sous un autre nom et de ne pas rembourser deux milliards aux contribuables canadiens… j’ai le goût de vomir. Deux milliards c’est l’équivalent de 666 ans de budget pour l’Accueil Bonneau. »

Au Club Soda mardi soir, Moran et Carbou retrouveront la plupart des volontaires des dimanches du Verre Bouteille, avec Philippe Brach en plus. Lequel souhaite, dans l’esprit de Moran, dépasser le geste de la main tendue : « Oui une salle pleine, oui des dons. Mais sinon un moment de rassemblement, une mobilisation qui va recrinquer moralement, pour un bout, tous les gens qui y seront présents. »

Ingrid St-Pierre renchérit : « Une salle pleine à craquer d’humains généreux et désireux de faire une différence. Une soirée mémorable qui enluminera l’automne et les coeurs. » Luce, fidèle du Show de refuge organisé par Dan Bigras depuis des décennies, veut du miel tous les ans : « Oui ! Une salle pleine, qui pourrait même déborder un peu ! Et pourquoi pas en faire un événement annuel ! »

Boucher, lui, voudrait « qu’un jour, l’Accueil Bonneau n’ait PLUS besoin de soirées de financement ». Catherine Major parle de « commencer quelque part », de faire tomber « les préjugés que beaucoup de personnes peuvent entretenir face aux sans-abri ». Et Moran d’ajouter : « La ligne est mince entre le confort et la dégringolade. Nous, musiciens, en savons quelque chose. Je pense qu’on a l’autorité morale pour prendre la parole et essayer de faire une différence le 6 novembre. »

Oui, la vie est dure, conviennent-ils tous, mais serait intenable sans la culture… et l’apiculture.

Show Pro Bonneau

Moran et invités, au Club Soda, mardi 6 novembre, dans le cadre de Coup de coeur francophone.