Diane Dufresne telle quelle

Dans ce nouvel opus, Diane Dufresne chante quelques-uns de ses propres textes, dont «Le temps me fait la peau», qui raconte l’épreuve de vieillir.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Dans ce nouvel opus, Diane Dufresne chante quelques-uns de ses propres textes, dont «Le temps me fait la peau», qui raconte l’épreuve de vieillir.

Des boucles grises tombent sur ses épaules, mais la star parle avec le même bagou qu’autrefois. Elle qui a déjà chanté nue sur scène ne s’encombrera pas du dernier tabou, celui de l’âge des femmes. Pour son 75e anniversaire, Diane Dufresne lance un nouvel album, le premier en 11 ans, intitulé Meilleur après. Elle prépare aussi une série de spectacles qu’elle donnera avec l’Orchestre symphonique de Montréal. Et les éditions Libre Expression publient un album de photos qui retrace son parcours, des boîtes à chansons de Paris dans les années 1960 jusqu’à aujourd’hui.

Meilleur après, cela pourrait être pour « après avoir produit l’album », dit-elle en riant, puisque le montage d’un disque est pour Diane Dufresne un long parcours, parfois éprouvant. « On est dépendant des autres », dit-elle. Raison de plus pour s’y entourer de gens aimables, « polis et poétiques ». Dans ce nouvel opus, Diane Dufresne chante quelques-uns de ses propres textes. Le temps me fait la peau raconte l’épreuve de vieillir : « Je ne suis pas ce que je vois/je ne vois plus ce que je suis », sur une musique de Catherine Major. Monter sur scène, en pleine lumière, peut devenir exigeant avec l’âge, explique-t-elle, même si, d’une certaine façon, « la lumière habille ». Pour elle, c’est « le rôle de l’artiste » de dire sa vérité, de briser les tabous. « Dans l’assistance, il y a des gens de 75 ans aussi », assure-t-elle.

La menace climatique et environnementale est une autre réalité crue qu’elle déballe dans le texte de sa chanson L’arche, un hommage aux animaux, sur une musique de Jean-Phi Goncalves. Diane Dufresne s’y est accompagnée de chants de baleines, enregistrés par le navigateur Jean Lemire et un ami, au large de l’île de Kauai, à Hawaï.

« J’aimerais tellement intégrer ces chants de baleines au spectacle symphonique », dit Diane Dufresne. « Parfois on entend les baleines rire », explique-t-elle. « Peut-être qu’on devrait se demander ce qu’elles nous disent ? »

C’est d’ailleurs la cause environnementale qui a poussé Diane Dufresne à commencer à écrire ses propres textes dans les années 1990, elle qui jusque-là avait chanté les textes des autres. L’inspiration lui est venue après avoir assisté à une conférence de l’astrophysicien Hubert Reeves, qui traitait des menaces pesant sur l’humanité. « Je me suis dit que j’avais quelque chose à dire », affirme-t-elle.

« Des baleines fuient une mer de plastique/S’échouent sur la grève et crèvent/Est-ce des immondes déchets qu’elles ingurgitent ?/Sans être conscients en sommes-nous quittes ? », chante-t-elle dans L’arche. Face à la menace environnementale, les humains seront des lâches ou des héros, déclare-t-elle en entrevue. « Les gens veulent tout avoir. »

La voix de jeunes auteurs

Diane Dufresne chante également de jeunes auteurs, de cette génération X qu’elle apprécie. Elle mentionne Alexandre Lizotte, dont elle a reçu plusieurs textes par la poste, et qu’elle rencontrait mardi pour la première fois en personne. C’est lui qui a écrit le texte Nocturne, que Dufresne chante sur une musique d’Alexandre Beaupin. Elle a également réécrit une version française de Show Some Respect de Sting. Elle l’a réintitulée Je me noue à vous. C’est un hommage à son public.

Meilleur après n’est donc pas nécessairement un éloge de la vieillesse, mais plutôt une lueur d’espoir. C’est un titre qui célèbre le présent et l’avenir. Car Diane Dufresne n’est pas nostalgique. Dans le livre de photos sur sa carrière, elle écrit que le passé la dépasse « sans que le présent trépasse ». C’est d’ailleurs plutôt son conjoint et gérant, Richard Langevin, qui a eu l’idée de ce livre. Les photos qui montrent la petite Diane sur les genoux de sa mère, ou les seins peinturés de fleurs de lys, dans une ruelle québécoise, ont été sélectionnées dans des centaines de boîtes. On y comprend que Diane Dufresne est une star depuis toujours, elle qui, enfant solitaire, inventait déjà des spectacles à grand déploiement. À 15 ans, après le décès de sa mère, elle abandonne l’école, mais continue de chanter.

Aujourd’hui, elle a encore d’autres textes dans ses cartons qu’elle chantera un jour, une chanson sur le star-system, et une autre sur la génération X, par exemple, et d’autres textes d’Alexandre Lizotte.

De son spectacle avec l’OSM, qui se tiendra à Montréal les 10 et 11 septembre 2019, elle ne connaît pas encore la couleur. Diane Dufresne chantera ensuite avec l’Orchestre du Conseil national des arts, et avec l’Orchestre symphonique de Québec. Si elle chante que « le temps lui fait la peau », il ne lui fait pas la voix. Avec les années, celle-ci s’est peut-être faite plus grave, plus voluptueuse.

Meilleur après

Diane Dufresne. GSI Musique. À partir du 2 novembre.