«Viens avec moi»: allons-y avec eux

«Viens avec moi» plonge l’auditeur dans un monde à la fois concret et imaginé, où les membres des Hôtesses d’Hilaire, dont le colosse et barbu chanteur Serge Brideau, jouent leur propre rôle de groupe alternatif qui s’épuise sur la route.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Viens avec moi» plonge l’auditeur dans un monde à la fois concret et imaginé, où les membres des Hôtesses d’Hilaire, dont le colosse et barbu chanteur Serge Brideau, jouent leur propre rôle de groupe alternatif qui s’épuise sur la route.

Il ne manque pas de liberté, de coudées franches, dans le monde du groupe Les Hôtesses d’Hilaire, formé à Moncton en 2011 et porté par le colosse et barbu chanteur Serge Brideau. Déjà, le troisième disque complet Viens avec moi est un opéra-rock conceptuel fait de 19 chansons qui se penchent sur le monde de la musique. Et en plus, la formation transpose ces jours-ci cette proposition éclatée sur scène grâce aux bons soins du Théâtre du Futur, qui n’est jamais à court d’idées originales.

Serge Brideau se pince quand il parle de ce qui se passe avec Les Hôtesses d’Hilaire, alors que lui et ses quatre amis musiciens — Michel Vienneau, Mico Roy, Léandre Bourgeois et Maxence Cormier — sont en train de peaufiner le spectacle de Viens avec moi. « On a toujours voulu faire de quoi de même, de théâtral, et c’est la première fois que quelqu’un nous donne les moyens de le faire. »

Derrière le groupe qui a énormément tourné dans les dernières années, il y a entre autres l’étiquette L-Abe, qui a dit oui sans hésiter à ce projet un peu fou. Il y a aussi le brasseur Le Trou du diable, qui commandite le groupe dont l’autobus de tournée — un vieil autobus scolaire repeinturé — affiche le logo de l’entreprise.

« So, c’est des crinqués de même qui croient dans les arts, dans la musique, qui nous permettent d’exister et d’aller au bout de nos idées, résume Brideau en se jouant dans la barbe grisonnante. C’est la folie pour moi. Je suis extrêmement chanceux. Je la prends au sérieux, cette confiance-là que les gens nous donnent. »

Folie et fil conducteur

C’est du sérieux, mais ça ne sera pas tranquille sur scène pour autant, explique le chanteur de 38 ans, qui a été ambulancier pendant 16 ans avant d’abandonner sa carrière pour tenter le coup dans la musique.

La mise en scène de Viens avec moi sera l’affaire de Navet Confit — qui a réalisé le premier EP des Hôtesses —, d’Olivier Morin et de Guillaume Tremblay, du Théâtre du Futur. Le trio a déjà fait un opéra-rock sur ClotaireRapaille, en plus d’avoir livré L’assassinat du président et Épopée Nord.

« Avec [l’ingénieur de son] Ben Bouchard, on a été voir leur pièce Les secrets de la vérité. On s’est juste regardés après le show et on s’est dit : “Ouais, c’est eux qu’il nous faut.” Ils sont capables, ils ont tellement d’imagination, et bien que ce soit absurde, il y a toujours une logique, un fil conducteur. »

Je pourrais vivre plus confortablement si le gouvernement fédéral mettait ses culottes et avait une réelle politique culturelle éthique pour tous les musiciens et pour tous les gens qui sont en train de souffrir de l’émergence de l’Internet

Le spectacle profitera d’une scénographie de Michel Fordin, des images de Kevin McIntyre, et on pourra entre autres y voir Les Hay Babies, Anna Frances Meyer des Deuxluxes, Diane Losier et Robin-Joël Cool. Cinq spectacles sont en ce moment prévus à l’horaire, dont le premier se déroulera dans le cadre de Coup de coeur francophone, au Club Soda le 1er novembre.

« C’est un hybride entre le théâtre et la musique », résume Brideau, qui espère que l’opéra-rock pourra vivre davantage que lors des dates de Montréal, Québec, Moncton, Edmundston et Caraquet.

Choisir son parcours

Viens avec moi plonge l’auditeur dans un monde à la fois concret et imaginé, où Les Hôtesses d’Hilaire jouent leur propre rôle de groupe alternatif qui s’épuise sur la route. En marge de leur chemin, on suit le personnage de Kevin, qui se voit embarqué dans les rouages d’une émission de téléréalité, Pousse ta note. Les destins du chanteur Serge Brideau et de Kevin finiront par se croiser, malgré des choix de carrière différents.

Le disque permet de réfléchir sur l’ambition, sur la notion de succès — qui est toujours très relative — et sur cette industrie qui peut dévorer ses poulains.

« Il y a tellement de débats internes [dans ce travail] qu’on les a extériorisés sur cet album, explique le chanteur du groupe du Nouveau-Brunswick. Comme la fine ligne entre l’art et le divertissement. »

Brideau évoque aussi le personnage de Julia, la gérante féroce et sans pitié, qui dans Viens avec moi va finir par recruter son alter ego. « Serge, il est déjà à terre. Elle lui met son pied sur la tête pour le caler, elle le lâche pour qu’il puisse respirer, et lui dit : “T’es chanceux, tu peux respirer.” C’est souvent d’même. »

Et dans le monde réel, est-ce que Les Hôtesses d’Hilaire ont la tête en dehors de l’eau ? Serge Brideau penche la tête en faisant une petite grimace.

« On n’a pas vécu ça comme band. Mais je ne gagne pas ma vie confortablement, je trouve ça difficile financièrement. On vit tous sous le seuil de la pauvreté, on essaie d’être musiciens à temps plein. Cela dit, je vis les plus belles années de ma vie. Et si c’était pas de ces quatre boys-là avec qui je partage le stage dans ma vie au quotidien, je le ferais plus. C’est comme des frères. »

Les chansons du disque ne plongent pas trop dans les enjeux technologiques de l’industrie de la musique, ce qui n’empêche pas le colosse d’avoir un avis bien éclairé sur le sujet. « Je pourrais vivre plus confortablement si le gouvernement fédéral mettait ses culottes et avait une réelle politique culturelle éthique pour tous les musiciens et pour tous les gens qui sont en train de souffrir de l’émergence de l’Internet. »

Libre comme Francœur et Fortin

Dans l’approche musicale de Viens avec moi, des Hôtesses d’Hilaire, on sent vite une influence de la formation Aut’chose, dans laquelle sévissait Lucien Francoeur. Ce dernier apparaît même sur le disque.

« Il s’est passé de quoi il y a longtemps. Michel Vienneau, qui a formé le band, il m’a exposé à beaucoup de bonne musique. Je connaissais Le rap à Billy, mais je n’avais jamais plongé dans Aut’chose. En 2010, on a déménagé ensemble en colocation et à un moment donné il m’a fait écouter Le freak de Montréal. Et c’est comme si Lucien m’avait donné la permission : il n’y a pas de façon de faire de la chanson. Si tu veux parler, parle. Si tu veux chanter, chante. Fais juste ce que tu as à faire. »

Fred Fortin est aussi une influence pour le groupe. On retrouve d’ailleurs un gros clin d’oeil à l’ambiance de Planter le décor dans la pièce Microdosing. « Moi, Fred… » laisse filer Serge Brideau. « Quand t’entends “pourquoi qu’ils mettent pas d’l’acide, man, dans les barres de chocolat” quand t’as 16 ans, ça fait de quoi ! Et ce que j’ai trouvé de beau dans ce métier-là, c’est que mes idoles sont devenues mes amis. Et je trouve ça l’fun. »

Viens avec moi

L’opéra-rock sera présenté au CCF à Montréal le 1er novembre, le 3 à Moncton, le 14 à Edmundston, le 15 à Québec et le 17 à Caraquet.