Christophe Rousset, vedette des Journées Couperin

Chose rare pour un jeune musicien né en 1961, Christophe Rousset est entré très tôt en contact avec la musique de François Couperin (1668-1733).
Photo: Ignacio Barrios Chose rare pour un jeune musicien né en 1961, Christophe Rousset est entré très tôt en contact avec la musique de François Couperin (1668-1733).

Le célèbre musicien baroque Christophe Rousset et ses Talens lyriques sont les invités vedettes de la salle Bourgie pour une fin de semaine de célébrations autour du 350e anniversaire de la naissance du compositeur François Couperin.

Chose rare pour un jeune musicien né en 1961, Christophe Rousset est entré très tôt en contact avec la musique de François Couperin (1668-1733). D’abord, dit-il au Devoir, comme « apprenti pianiste ». « J’avais été charmé et comme j’ai été attiré très tôt par l’esthétique baroque, le clavecin s’est imposé à moi. Il se trouve que j’ai grandi à Aix-en-Provence et qu’il y avait une classe de clavecin. J’ai donc commencé le clavecin à 13 ans, ce qui était plutôt rare dans les années 1970. »

Dans ces conditions, un élève aborde la musique de Couperin assez rapidement, d’autant que le compositeur des Rois de France a écrit un recueil sur L’art de toucher le clavecin. « Même si c’est censé être pour des débutants, c’est une oeuvre extrêmement compliquée », commente aujourd’hui Christophe Rousset, captivé par la complexité, le charme sonore et la singularité harmonique. « Plus on avance dans l’étude du clavecin, plus on se rend compte que Couperin est un être à part. Pour moi, Couperin est unique, un peu comme Proust en littérature ou Vermeer en peinture. C’est comme s’il me chuchotait quelque chose à l’oreille. »

Cette proximité a amené Christophe Rousset à enregistrer l’intégrale de l’oeuvre pour clavecin de Couperin pour Harmonia Mundi. Au bout du chemin, un constat : « Il n’y a pas une pièce faible ; tout est sensé, sensible, attachant, merveilleusement poétique. » Avec ses Talens lyriques, qui l’accompagneront à Montréal, le musicien a poursuivi l’exploration : « Je me suis attaqué au reste — Les goûts réunis ; les Concerts royaux ; Les nations, qui sont des pièces en trio ; les Leçons de ténèbres. Tout, en fait, sauf les pièces d’orgue, parce que je ne joue pas d’orgue, et quelques motets. »

Cette connaissance intime des partitions, Christophe Rousset l’a partagée en 2016 dans un livre de réflexions paru aux éditions Actes Sud. « Je me suis rapproché de Couperin par ses écrits. En fait, nous n’avons pas grand-chose de lui. C’est un être relativement secret, mais qui se livre beaucoup dans les préfaces de ses partitions. François Couperin est très préoccupé par lui-même, et sa musique est une musique de très grande subjectivité. Couperin est l’un des premiers à indiquer des caractères, tels que “tendrement”, “voluptueusement”, “sans lenteur” ». Aux yeux de Rousset, à travers ces petits commentaires Couperin « demande à l’interprète de s’investir personnellement et d’y mettre du coeur ».

Un agencement thématique

Aujourd’hui, samedi, et demain, dimanche, à la salle Bourgie en l’honneur de Couperin, trois concerts avec Christophe Rousset et les Talens lyriques sont prévus. Si le musicien avait déjà visité la salle Bourgie en avril 2013, et y avait dirigé Arion et La Chapelle de Québec dans le Requiem de Campra en 2015, c’est la première fois de leur histoire que les Talens lyriques se produiront au Québec.

Le musicien a articulé sa présence en trois thèmes : ombre, lumière et danse. Les programmes suivent des thématiques déclinées dans plusieurs formations, du clavecin seul aux oeuvres instrumentales et vocales.

Le programme Ombres de samedi à 14 h relaie les « ambiances souvent assez ténébreuses » de Couperin. « Les Pièces de viole sont les dernières pièces composées par Couperin, son testament musical, avec une sûreté de geste et un monde harmonique étonnant. Couperin revient à une suite de danses sans titres évocateurs ; une musique pure. »

Au clavecin seul, Christophe Rousset jouera Les idées heureuses, oeuvre emblématique de Couperin, et Les ombres errantes, partition qui le fascine. « Les ombres errantes convoquent tout ce que Couperin sait faire : dilater le temps et créer avec trois notes un monde de sonorités et d’harmonies inouïes.

Chaque fois que je joue cette oeuvre, j’ai l’impression d’emmener le public très loin dans un monde affectif et sonore que peu de compositeurs sont capables d’engendrer. » Le concert s’achèvera par les Leçons de ténèbres du Mercredi saint, « probablement les plus belles choses de la musique vocale religieuse française de tous les temps », selon le musicien.

Le concert de 19 h 30 opposera la Lumière à ces ténèbres, « parce que Couperin est aussi un compositeur de la Régence et du premier Louis XV, c’est-à-dire les scènes de Watteau, le côté poudré, sophistiqué, élégant et charmeur ». Pour cela, le musicien a choisi un concert des Goûts réunis, Trois airs sérieux, le 7e ordre du Second livre des pièces de clavecin, « l’un des plus lumineux, tendres et expressifs, notamment le Tableau des âges » et le 3e Concert royal pour finir, « afin de rappeler que Couperin a été un musicien choisi par Louis XIV et proche de son monarque ».

Dimanche, à 14 h, le claveciniste Christophe Rousset s’associera au danseur contemporain Alban Richard, qui improvisera sur des suites de Louis (l’oncle) et François Couperin.

Les Journées Couperin de la salle Bourgie n’en seront pas achevées pour autant. Dimanche à 17 h, l’organiste Jean-Willy Kunz prolongera le panorama avec un concert à l’orgue (Messe propre pour les couvents, Chaconne, sonate L’impériale, Messe à l’usage des paroisses), les journées se concluant mercredi 24 octobre par un concert d’Edward Higginbottom, à la tête du Studio de musique ancienne de Montréal.

Higginbottom dirigera la Missa Assumpta est Maria de Marc-Antoine Charpentier et cinq motets de Couperin, dont trois, reconstitués par ses soins, n’ont jamais été chantés en Amérique du Nord. Edward Higginbottom donnera d’ailleurs une conférence mardi à 17 h 30 sur ce travail de reconstitution.

Le claveciniste et chef d’orchestre québécois Olivier Fortin, directeur musical de l’Ensemble Masques, publie chez Alpha un programme de pièces pour clavecin tiré des divers Livres de pièces de clavecin de François Couperin entrecoupées des courts Préludes de L’art de toucher le clavecin, un recueil de 1716 qui donne son titre au disque. Fortin exprime son credo dans un court texte de présentation : « Il faut sans cesse chercher à donner le vrai sens à cette palette mouvante de sentiments naviguant entre fantaisie, passion, sensualité et noblesse. » Le clavecin, de la collection de Gustav Leonhardt (qui en était fier), est un « faux ancien » qui sonne merveilleusement.

Couperin à la québécoise

Le claveciniste et chef d’orchestre québécois Olivier Fortin, directeur musical de l’Ensemble Masques, publie chez Alpha un programme de pièces pour clavecin tiré des divers Livres de pièces de clavecin de François Couperin entrecoupées des courts Préludes de L’art de toucher le clavecin, un recueil de 1716 qui donne son titre au disque. Fortin exprime son credo dans un court texte de présentation : « Il faut sans cesse chercher à donner le vrai sens à cette palette mouvante de sentiments naviguant entre fantaisie, passion, sensualité et noblesse.» Le clavecin, de la collection de Gustav Leonhardt (qui en était fier), est un « faux ancien» qui sonne merveilleusement.

Concerts de la semaine

Juraj Valčuha. Troisième visite à l’OSM pour le chef slovaque de 42 ans. Directeur musical du Théâtre San Carlo de Naples et premier chef invité de l’Orchestre du Konzerthaus de Berlin, Juraj Valčuha revient dans le cadre du processus de sélection du nouveau directeur musical. Son programme comprend le 1er Concerto pour piano de Mendelssohn avec André Laplante et la Symphonie alpestre de Strauss. Mercredi 24 et jeudi 25 octobre à 20 h, à la Maison symphonique.

Garrick Ohlsson. Le pianiste américain de 70 ans interprétera l’intégrale de l’œuvre pour piano seul de Brahms lors de quatre concerts répartis sur deux saisons. La première de ces soirées aura lieu jeudi. Elle comprend les Klavierstücke opus 76, les quatre Ballades pour piano opus 10 et trois séries de variations : le 1er livre des Variations Paganini, les Variations sur un thème original et les Variations sur un thème hongrois. Jeudi 25 octobre à 19 h 30, à la salle Bourgie.

Les Journées Couperin

★★★★

Christophe Rousset et les Talens lyriques, 1er concert : Ombre, samedi, 14 h. Entretien avec Christophe Rousset animé par Natalie Michaud, samedi, 16 h. 2e concert : Lumière, samedi, 19 h 30. Christophe Rousset et Alban Richard, Suites dansées, dimanche, 14 h. Jean-Willy Kunz, Jean-Willy Kunz, orgue, dimanche, 17 h. Edward Higginbottom, Studio de musique ancienne de Montréal, Marie, les saintes et le roi, mercredi 24 octobre, 19 h 30.

Couperin L’art de toucher le clavecin

★★★★

Olivier Fortin, Alpha 408