Rafael Kubelik, l’intransigeant

Le chef Rafael Kubelik en juin 1990 lors d’un concert à la place de la Vieille-Ville à Prague
Photo: Lubomir Kotek Agence France-Presse Le chef Rafael Kubelik en juin 1990 lors d’un concert à la place de la Vieille-Ville à Prague

Fils du violoniste Jan Kubelik, Rafael connaît un début de carrière fulgurant, puisqu’il devient directeur artistique de la Philharmonie tchèque en 1942 à l’âge de 28 ans. En 1948, le chef prodige est invité à diriger au Festival de Glyndebourne, six mois après la prise en main de son pays par les communistes. Il ne prendra pas le billet de retour.

Un an plus tard, Kubelik sera nommé directeur musical de l’Orchestre symphonique de Chicago. Diverses intrigues auront raison de son ouverture envers la musique de son temps et les musiciens noirs, de la même manière qu’à Londres les cabales lui couperont l’herbe sous le pied à l’opéra de Covent Garden.

C’est en Allemagne, à Munich, avec l’Orchestre de la Radio bavaroise, que son talent de dompteur d’orchestre se déploiera. Il y sacrifiera son poste de directeur musical du Metropolitan Opera, qu’il n’occupera que six mois, en 1973, jugeant qu’il ne serait pas vraiment sérieux de se partager entre Munich et New York.

À la croisée des chemins

Comme le résumait en 1996 son disciple Claus Peter Flor, lorsque je l’interrogeais pour le magazine Répertoire : « Kubelik a été un pont entre deux époques : il a vu la transformation de la nature des orchestres, ces ensembles avides de connaissances devenus des regroupements de solistes omniscients. […] Kubelik était de la race des éducateurs d’orchestres en quête d’absolu, se détournant de toute idée de compromis, allant parfois jusqu’à l’entêtement. » Les termes principaux avec lesquels le chef allemand décrit son mentor sont « harmonicien de première grandeur » et « passionné de la précision ».

La partie la plus visible de la carrière discographique de Kubelik émerge chez Deutsche Grammophon entre 1963 et 1973, notamment avec les intégrales des Symphonies de Mahler et de Dvorak. Les enregistrements Supraphon de jeunesse de Kubelik sont rares. Il y a quelques gravures tardives CBS-Sony (Bruckner-Mozart) et, surtout, un nectar des années 1950, réparti chez HMV (regroupé en coffret par EMI), Mercury et Decca.

Les enregistrements Mercury et Decca ne figurent pas ici, alors que plusieurs coffrets Deutsche Grammophon regroupent en fait le legs publié sur diverses étiquettes Universal. Mais on trouve bien dans cette boîte tout le legs DG, y compris les opéras Rigoletto, Oberon, Lohengrin, ainsi que Palestrina de Pfitzner et Oedipe le tyran d’Orff.

Par rapport au coffret Salonen-Sony commenté récemment, il y a peu de redécouvertes, car les enregistrements principaux de Kubelik (intégrales Dvorak et Mahler, enregistrements Smetana, Janáček, Schumann, Mendelssohn, Schoenberg) ont toujours été disponibles. Les raretés du genre Tchérepnine, De Falla, avaient figuré dans un coffret Masters. Les mélomanes très curieux iront vers le CD 24, avec la Missa in tempore belli de Haydn et de rares airs de Gluck et Händel avec Fritz Wunderlich, et vers le CD 37, où le Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn est précédé d’une répétition. On retrouve aussi l’intégrale Beethoven partagée entre neuf orchestres différents (elle avait été rééditée en stéréo au Japon, en Italie et en quadraphonie par Pentatone), un CD d’entrevues sur Mahler en allemand et les deux superbes DVD commentés en 2007.

Il s’agit donc surtout d’une boîte pour fans du chef qui souhaitent avoir tout sous la main dans les pochettes originales ou pour distraits qui auraient manqué les épisodes précédents. L’enseignement de la réaudition est, hélas, aussi et surtout, de constater à quel point DG était en matière de qualité sonore, dans les années 1960 et 1970, à la traîne d’autres étiquettes. Nombre de captations, assez étroites, sont loin d’avoir l’ampleur et la richesse spectrale des prises de son Decca par exemple.

Pour un chef aussi harmonicien, c’est fâcheux.

Rafael Kubelik

Complete Recordings on Deutsche Grammophon. DG 64 CD et 2 DVD 479 9959.