Rafael Payare et les tentations du coup de foudre musical

Le courant observé entre Rafael Payare et les musiciens doit-il changer les plans de l’OSM? Il est tentant pour les orchestres de céder au coup de foudre, surtout lorsqu’ils sont pressés par le temps.
Photo: Askonas Holt Le courant observé entre Rafael Payare et les musiciens doit-il changer les plans de l’OSM? Il est tentant pour les orchestres de céder au coup de foudre, surtout lorsqu’ils sont pressés par le temps.

Le concert donné jeudi par Rafael Payare à la tête de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) pose des questions pertinentes sur le coup de foudre en musique et sur la tempérance dans le processus de sélection d’un nouveau directeur musical.

Il ne fait guère de doute, à voir certains visages dans le public, que Rafael Payare fait partie, au même titre que Susanna Mälkki en juillet dernier, des chefs testés dans le cadre de la recherche du nouveau directeur musical de l’OSM.

Nous avons titré notre compte rendu, paru sur nos plateformes numériques, « L’OSM transfiguré », en clin d’oeil à La nuit transfigurée, l’une des partitions les plus torrides de l’histoire de la musique. L’interprétation de Rafael Payare en fut charnelle, prise à bras-le-corps, comme un flux incessant de lumière à travers des branches balayées par la brise et des âmes irradiées par l’amour.

Quand ce chef vénézuélien avait-il donc pu répéter une telle variété de nuances et de strates de textures sonores au coeur d’une action musicale si viscérale ? L’OSM, mené par Olivier Thouin dans un jour de gloire, en sortait grandi. À lire les commentaires de certains musiciens sur les réseaux sociaux, vendredi, il était clair que le plaisir sur scène était au diapason de celui des auditeurs. La communion s’est prolongée tout au long une ardente Symphonie héroïque.

Le courant observé entre Rafael Payare et les musiciens doit-il changer les plans de l’OSM ? Il est tentant pour les orchestres de céder au coup de foudre surtout lorsqu’ils sont pressés par le temps. Après des années de recherches infructueuses, le Toronto Symphony Orchestra n’a mis que six mois à conclure avec Gustavo Gimeno, nommé directeur musical le 18 septembre dernier, après des débuts fin février.

L’OSM, qui se retrouvera sans directeur musical en septembre 2020, semble coincé. Mais à observer la saison 2018-2019 (et de ce que Le Devoir sait de certains projets de l’automne 2019), la stratégie semble être de procéder méthodiquement avec de nombreux essais, quitte à programmer les saisons 2020-2021, voire 2021-2022, sans directeur musical. Le retour de Juraj Valcuha le 24 octobre et la venue de François-Xavier Roth le 31 entrent dans le cadre de ce méticuleux processus.

Faut-il le remettre en question à la première occasion ? Le coup de foudre musical n’est pas toujours bon conseiller. Un précédent rocambolesque a marqué la vie musicale du sud-ouest de la France. En 2003, les villes voisines et rivales de Bordeaux et de Toulouse étaient en concurrence pour trouver un successeur à leurs chefs, Hans Graf et Michel Plasson. Le Français Stéphane Denève était pressenti pour les deux postes. Il n’en aura aucun. Le Roumain Ion Marin avait été engagé en toute hâte par Toulouse à la demande des musiciens après une 5e symphonie de Mahler avant qu’à la réflexion les édiles finissent par ne pas apposer leur signature sur le contrat.

L’épisode échaudera tout le monde et Toulouse prendra son temps, nommant Tugan Sokhiev premier chef invité en 2005 avant de le confirmer en 2008 au poste de directeur musical. Bordeaux choisira Christian Lauba (2004-2006), un chef compositeur éphémère dont on n’entendit plus parler ensuite, et poursuivra sa plongée dans l’anonymat avec le Canadien Kwamé Ryan entre 2007 et 2013. Avec Tugan Sohkiev, l’Orchestre du Capitole de Toulouse est devenu, dix ans après, l’orchestre français le plus intéressant derrière les grandes phalanges parisiennes.

Il ne faut donc pas trop s’emballer, malgré l’indéniable succès du concert de cette semaine, et il paraît dangereux de changer un « plan de match » si minutieusement établi.