Florent Vollant, la vie en mouvement

Florent Vollant aime être en mouvement. Il dit que, lorsqu’il bouge, son esprit est bien, à l’abri des mauvaises tendances.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Florent Vollant aime être en mouvement. Il dit que, lorsqu’il bouge, son esprit est bien, à l’abri des mauvaises tendances.

Florent Vollant aime être en mouvement. Il dit que, lorsqu’il bouge, son esprit est bien, à l’abri des mauvaises tendances. Il faut dire que ses ancêtres ont marché des mois durant : le Nord au complet, de Sept-Îles à Kuujjuaq. Son dernier disque, Mishta Meshkenu, est un hommage à la route. La granderoute : la 138, celle que Florent Vollant a empruntée sans relâche, à partir du moment où ses parents, originaires du Labrador, ont été relogés dans la réserve innue de Maliotenam, où il vit encore aujourd’hui. Celle qui mène de Kahnawake à Natashquan. Mishta Meshkenu. La grande route.

« On connaît la route. La route nous connaît. Soyez sans crainte. Nous venons en amis », peut-on lire dans le livret du disque.

« Je suis toujours en tournée, dit le chanteur, joint au téléphone alors qu’il visitait l’Abitibi. J’ai aussi un circuit autochtone. Je suis appelé à faire des spectacles dans ces endroits, où j’ai des amis ».

Projet acoustique

Au cours des dernières semaines, Florent Vollant a entre autres accompagné l’Orchestre symphonique de Montréal et Kent Nagano dans une tournée de plusieurs communautés autochtones. Florent Vollant y était narrateur de l’opéra Chaakapesh, un conte qui met en scène le fripon à l’origine de la création du monde, dans l’esprit innu.

« C’était fascinant d’avoir accès à l’univers de l’orchestre. J’ai vécu quelque chose de très grand. Je me suis senti très bien. J’ai vu la manière de travailler du maestro, sa façon de faire et sa rigueur », dit-il.

Pour Mishta Meshkenu, Florent Vollant a voulu un projet plutôt acoustique, avec guitare, podorythmie, teweikan (tambour), banjo, violon, harmonica et flûte. Et toujours cette voix, douce et soutenue, que le monde a découverte il y a plusieurs décennies déjà, avec le groupe Kashtin, que Florent Vollant a créé à l’époque avec Claude Mackenzie.

Comme bien des autochtones, Florent Vollant a dû quitter sa famille, qui vivait alors en plein Labrador, pour le pensionnat, à l’âge de quatre ans. C’est un petit xylophone qui l’a aidé à traverser ces premières années de scolarité, jusqu’au départ du pensionnat, vers 13 ou 14 ans. « La musique était très présente dans ma famille, dit-il aujourd’hui. Ma famille était très musicale. Mon père jouait de l’harmonica et du violon. Il y avait beaucoup d’instruments, et des rassemblements proches de la musique ». Le makusham, notamment, est une célébration où il y a un festin, de la danse, et du chant. Makusham, c’est aussi le nom d’un studio d’enregistrement et d’une maison de formation et de création que Florent Vollant a créés à Maliotenam.

Il a pourtant fallu du temps avant que Florent Vollant ne se mette à chanter en innu. « Mes parents chantaient en français. Parfois, un peu en innu, pour rigoler. Il n’était pas question de penser qu’on pouvait chanter en innu, ou enregistrer un disque en innu », dit-il.

C’est au contact du chanteur innu Philippe McKenzie, que Florent Vollant a accompagné durant plusieurs années, que la perspective de chanter en innu fait surface. Elle prend son envol au festival Innu Nikamu, de Maliotenam, qui célèbre cette année ses 35 ans.

L’une des chansons de Mishta Meshkenu s’intitule d’ailleurs ainsi, Innu Nikamu, dont Vollant résume les paroles ainsi en français : « Grand rassemblement / Autour de la musique / Partager sa fierté / Partager le rêve / J’entends l’appel. »

Une autre chanson, Pmutetau – La ballade de Stanley, est un hommage au chirurgien innu Stanley Vollant, de la communauté innue de Pessamit, qui a marché des milliers de kilomètres, et qui marche toujours, pour la santé et la rencontre des Autochtones et des non-Autochtones. « J’ai un grand respect pour Stanley, pour ce qu’il fait, pour ce qu’il démontre, comme exemple aussi. C’est un exemple de réussite », dit Florent Vollant.

Comme une implosion

La route donc, qu’on la traverse à pied, en voiture, en avion, est au cœur de Mishta Meshkenu. La 138 que Vollant a empruntée, adolescent, pour se rendre aux pow-wow, à Pessamit ou à Masteuiash. La route qui permet aussi de rentrer chez soi. Parce qu’il y a Tshiam Tshiue, une chanson dédiée « à ceux qui viennent perdre le nord dans les grandes villes. Il y a de la place dans le cœur de vos proches. Il serait peut-être temps de rentrer ».

Depuis Kashtin, le grand public a peu à peu appris à reconnaître la langue innue, une langue douce, qui peut aussi contenir beaucoup de colère. « C’est une langue très musicale, dit Florent Vollant. Elle ne compte pas le son “r”. Il n’y a pas la friction de ce son. Moi, dans mon esprit, mon attitude ou la vision que j’en ai, ce serait plutôt une implosion. Cela va vers l’intérieur. Cela reste très vivant, très rythmé ».

Mishta Meshkenu

Florent Vollant, Instinct Musique