Fondation SPACQ: des bourses pour voir venir

Tire le coyote, lors de la remise de prix de la Fondation SPACQ
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Tire le coyote, lors de la remise de prix de la Fondation SPACQ

On est bel et bien en septembre. La preuve : les chèques, à ce même moment chaque année, tombent de l’arbre du commerce. Lundi soir avait lieu la remise de prix de la Fondation SPACQ, treizième distribution de bourses aux auteurs-compositeurs. Substantielles bourses. Huit fois dix mille dollars. Dix fois cinq mille. Ce n’est pas rien. Notez : Loud, Beyries, Émile Bilodeau, Hubert Lenoir, Andréanne A. Mallette, Roxane Bruneau, Céleste Lévis et Raphaël Butler sont repartis de la salle de réception du siège social de la Banque Nationale, au quatrième étage de la grande tour du centre-ville, avec un chèque non négligeable de 5000 $. Cinq mille, permettez une lapalissade mathématique, étant la moitié de dix mille. Ces artistes de la chanson en tous genres doivent en effet se partager la bourse, décernée à deux par catégorie (prix émergence, prix francophonie canadienne, etc.).

Pardonnez-moi de parler chiffres aussi crûment, mais il se trouve que ça compte dans une année fiscale d’auteur-compositeur-interprète. Les Philippe Brault, Patrice Michaud, Tire le coyote, Martin Léon, David Bussières ont ainsi empoché 10 000 $ chacun, étant les seuls nommés de leur catégorie : « carrière en marche » pour Michaud, « musique de chansons » pour Brault, et ainsi de suite. Notez encore : tout ce beau monde est émergent, ou l’était plus ou moins récemment, quelques-uns sont consacrés (mais depuis pas si longtemps). Jamais l’annuelle remise de prix de la Fondation SPACQ (la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec, faut-il le rappeler) n’a aussi largement arrosé les jeunes pousses de la chanson québécoise, fraîchement écloses ou en pleine floraison. « C’est voulu ! » s’est exclamée Diane Juster, la reine mère de la fondation.

Salutaire changement d’air

On l’a écrit souvent : la Fondation SPACQ donnait l’impression d’être une sorte de club de vétérans se congratulant les uns les autres, dîner d’amis célébrés qui se célébraient, avec un don de Cogeco, l’Industrielle Alliance, Québecor ou Power Corporation en prix de présence. Soit Luc Plamondon recevait son prix hommage, soit il en présentait un, à son nom : ça se passait en circuit fermé. Luc n’était pas là lundi pour remettre à Tire le coyote son prix de parolier, occupé par son propre fonds de commerce ; Clémence DesRochers l’a remplacé à sa manière de Clémence. Je vous le donne en mille : elle a imité Plamondon, marmonnant exprès. « On comprend jamais rien de ce qu’il dit ! » Sacrée Clémence. Pour Benoît Pinette/Tire le coyote, elle aura eu des mots bien à elle : « Si j’étais normale, je serais amoureuse de lui. […] C’est notre Baudelaire, c’est notre Verlaine, c’est notre Benoît… »

Cette treizième remise, résolument tournée vers l’avenir en donnant de l’argent au présent, était en cela le résultat d’une prise de conscience, amorcée il y a plusieurs années : sain repositionnement de la mission d’encouragement. Certes les prix décernés « pour l’ensemble » de l’oeuvre ou de la carrière demeurent : les succès d’un Jean Lapointe, d’une Marie-Michèle Desrosiers, d’un Yves Léveillé, d’un Marc-André Hamelin, d’un Nelson Minville ont été dûment soulignés.

Fête de famille

Ce qui n’avait pas à changer n’a pas changé : la soirée de la SPACQ en est une de retrouvailles. Ainsi Jean Lapointe (oui, ému) a-t-il profité de l’occasion pour saluer au podium « sa » Clémence DesRochers, assise pas loin. « C’est une belle folle, mais je l’aime… » Ambiance familiale. Les émergents, les yeux grands, se sentaient accueillis dans la grande famille de la chanson. « Merci à ceux qui ont bâti avant nous », a dit simplement Beyries aux bâtisseurs.

La mémoire, lundi soir, occupait sa juste place dans le paysage de la chanson : ni omniprésente ni absente. C’est une évidence : les jeunes et moins jeunes ont en commun d’avoir un jour débuté ; le constat frappait néanmoins les esprits. « J’ai assisté pendant toute ma vie professionnelle à l’émergence d’artistes », a rappelé André Ménard en présentant à Émile Bilodeau et à Hubert Lenoir leurs chèques. « Il y a une révolution qui se passe en musique au Québec, les jeunes artistes chantent en français », a lancé l’effervescent Bilodeau. Plus gêné, Lenoir a quand même lâché un cri en l’honneur du fleurdelysé. On s’en souviendra.