Wheeler, le Canadien de Londres

Le Hard Rubber Orchestra, propose un conte musical écrit pour lui par Wheeler (notre photo) un an avant son décès.
Photo: ECM Le Hard Rubber Orchestra, propose un conte musical écrit pour lui par Wheeler (notre photo) un an avant son décès.

Kenny Wheeler naquit à Toronto le 14 janvier 1930. Il est mort à Londres le 18 septembre 2014. Il était trompettiste et compositeur. En fait, pour être précis, il fut d’abord instrumentiste, puis auteur et arrangeur. Signe particulier ?

Il fut admiré, voire très respecté, par ses pairs européens et quasi ignoré de ce côté-ci de l’Atlantique. La clé de cette énigme ? Il s’était installé à Londres en 1952, où il fut un acteur de premier plan des bouleversements musicaux, on n’ose pas dire révolutions, des quarante années suivantes.

L’effet boomerang ayant enfin accompli sa course, voilà qu’aujourd’hui une grande formation de Vancouver, le Hard Rubber Orchestra, propose sur l’étiquette montréalaise Justin Time un conte musical écrit précisément pour elle par Wheeler un an avant son décès. Le Hard Rubber est un orchestre de 18 musiciens fondé par John Korsrud, lui aussi compositeur, en 1990.

Militantisme musical

Cet album, Kenny Wheeler : Suite for Hard Rubber Orchestra featuring Norma Winstone, est un résumé, un reflet. De quoi ? Du militantisme musical que lui et ses complices britanniques poursuivirent dans les années 1970 et de la longue association qui s’ensuivit avec l’étiquette allemande ECM.

En compagnie des Londoniens Evan Parker, John Stevens, Derek Bailey, John Taylor, John Surman et la chanteuse Norma Winstone, qui a d’ailleurs participé à l’enregistrement du Hard Rubber, avec eux, donc, Wheeler secoua le cocotier des convenances.

La bande de Korsrud, qui rassemble les fines lames du jazz canadian, nous propose aujourd’hui un disque très… produit. C’est calme et mélodique. Rien ne dépasse, y compris les vocalises de Winstone.

Comme si tout avait été pesé, pensé, en fonction du groupe et non des individualités. En clair, les amateurs de l’esthétique ECM apprécieront cette suite enregistrée sur les bords du Pacifique.

Le pianiste, compositeur et arrangeur Jean-François Groulx est un touche-à-tout. Mais attention ! Catégorie polyvalent, et non versatile. Dans un passé lointain comme proche, il a accompagné aussi bien Louise Forestier et Michel Fugain que Gilles Vigneault et Yannick Rieu. Bien.

Le 13 septembre prochain, en compagnie de l’Orchestre national de jazz (ONJ) ainsi que de Paul Brochu à la batterie et Adrian Vedady à la contrebasse, il va décliner sa facette jazz. Celle qui est au cœur de Spirale, sa dernière production réalisée en compagnie des deux musiciens nommés.

Pour être précis, Groulx se produira en trio lors de la première partie et ensuite avec l’ONJ sous la direction de Benoit Groulx.

Publié il y a quelques mois, Spirale est en fait une confirmation de son penchant pour une musique chatoyante, parfois funky, presque toujours joyeuse. Le jazz de ce pianiste n’est ni triste ni contemplatif. Il ne se bat pas contre les notes, mais les utilise à sa guise.

Bref, Groulx est un pianiste et compositeur séduisant. Il se produira le 13 septembre au Théâtre Rouge du Conservatoire de musique de Montréal à compter de 19 h.