Coeur de pirate ne dérougit pas aux Francofolies de Spa

Coeur de pirate surgit sur la grande scène Pierre-Rapsat comme les Diables rouges dans la zone de réparation du gardien de but croate. Pour marquer le point.
Photo: Sylvain Cormier Coeur de pirate surgit sur la grande scène Pierre-Rapsat comme les Diables rouges dans la zone de réparation du gardien de but croate. Pour marquer le point.

La voilà. Coeur de pirate. En feu ! L’expression est un peu trop utilisée, sauf que là, elle arrive si vite que l’on voit sa blouse et son pantalon du même rouge avant de la voir, elle, dans son linge. Pressée d’en découdre, on dirait. D’attaque, Béatrice Martin. Venue aux Francofolies de Spa pour gagner. Je dirais même plus : Coeur de pirate surgit sur la grande scène Pierre-Rapsat comme les Diables rouges dans la zone de réparation du gardien de but croate. Pour marquer le point.

Vite, elle dit : « Boujour Spa, ça va ? », n’attend pas la réponse, s’installe au piano, démarre. Le gros plan de l’écran la révèle grimaçante. Problème de son. Regards assassins. Je mets ça sur le compte d’une saine agressivité : la scène est vraiment devenue son territoire, son lieu d’exutoire privilégié.

Vite, vite, elle est debout, danse : chant haletant, gestuelle saccadée. Pensez France Gall au temps de Résiste, et Christine de Christine and The Queens, ces temps-ci. Musiciens et musicienne, en noir, demeurent à distance sécuritaire. Une claque est si vite partie.

Performante, aimée… contente ?

Je ne sais pas si elle est fâchée ou si c’est une attitude de scène : chose certaine, cette Coeur de pirate-là, devant nous, flamboie, brûle les planches, crache du feu (insérez ici la métaphore incendiaire de votre choix).

Je mesure : c’est sa troisième présence à Spa, et elle n’a pas usurpé sa place à la grande affiche du dernier soir de la vingt-cinquième édition, juste avant le triomphe annoncé de Vianney. La scène lui appartient, et elle dirige tout : les musiciens, les spectateurs, ses effets, ses gestes. Performance complète d’une chanteuse aguerrie.

Mais peut-être pas aussi confiante qu’elle en a l’air.

« Je sais que vous êtes venus pour Vianney… », lâche-t-elle, en guise de présentation pour Oublie-moi. « Une de mes chansons un peu connues… », ajoute-t-elle en esquissant un sourire. La foule plus jeune que familiale, mais néanmoins grand public, entonne le refrain. Aux premières notes de Comme des enfants, ça crie de joie et tout le monde chante, du début à la fin.

Quand Coeur de pirate quitte la scène, je ne sais pas si elle est ravie ou enragée. Peut-être les deux. En tout cas, elle a mis le feu.

Pâle Blanche, colorés Caballero et JeanJass

Le contraste était plus net en début de soirée, entre Blanche, la chanteuse belge que l’on décrit comme une Lana Del Rey locale, et le rap joyeux et pas prétentieux de Caballero et JeanJass, tandem tout aussi belge.

Blanche, Ellie Delvaux au civil, est la lauréate des D6bels Music Awards, et l’on aura compris en quelques chansons toutes pareilles et pareillement chantées un peu à côté de la note (d’où la comparaison avec Lana ?) que la scène n’est pas son lieu naturel.

Rarement ai-je vu quelqu’un d’aussi mal à l’aise devant un public. Ses deux musiciens, qui officient habituellement avec le groupe Girls In Hawaii, n’auront pas suffi à donner le change.

À l’opposé, c’était la joie sur scène et devant la scène pour Cabellero et JeanJass, qui ont le hip-hop hilare et l’énergie contagieuse. Fallait les entendre se présenter l’un l’autre. « Il sent bon ! Quel homme ! » a dit Caballero à propos de JeanJass. « Il a perdu presque 500 grammes pour vous ce soir », a dit JeanJass à propos de Caballero.

Une Belge figée, deux Belges qui se marrent. Le compte était quand même bon et le pays d’Annie Cordy digne de sa réputation. On avait rigolé, on pouvait se lancer dans le brasier Coeur de pirate : c’est ça, les Francos de Spa.

Sylvain Cormier était aux Francofolies de Spa à l'invitation de l’organisme Wallonie-Bruxelles-Musiques.