À Spa, des Francofolies… francophiles!

Sur la scène SABAM, il y avait Daran l’éternel intense qui hurlait son «Horizon», aux Francofolies de Spa.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Sur la scène SABAM, il y avait Daran l’éternel intense qui hurlait son «Horizon», aux Francofolies de Spa.

Ça m’a frappé. Le marteau sur l’enclume, dans les deux oreilles. Non, ce n’était pas des percussions électro. C’était des mots. Des mots en français. Sur la scène SABAM, il y avait Daran l’éternel intense qui hurlait son Horizon : « J’ai rien vu venir, pourtant j’aurais dû m’en douter […] On allait être abandonnéééééés ! » Pas loin, sur la scène Proximus, il y avait le délicat Tim Dup qui, tout doucement, serinait : « Un peu de mélancolie heureuse/Comme la quiétude d’une caresse/Comme une euthanasie joyeuse/Bien l’opposé de la détresse ».

À l’entrée du « village Francofou », le dénommé Simon Delannoy, chanteur belge folk-rock, diplômé des rencontres d’Astaffort chez Cabrel, dévoilait les morceaux bien découpés de son minialbum L’amour fou. À l’autre bout, la grande scène Pierre-Rapsat et une grossissante foule s’apprêtaient à recevoir Christophe Willem, puis Calogero, deux méga-vedettes de la chanson pop de l’Hexagone s’exprimant en français dans le texte. Pas de quoi s’étonner, vous entends-je dire. Ne s’agit-il pas de Francofolies ?

L’appellation pas trop contrôlée

Oui et non. Il faut bien le redire : l’appellation Francofolies n’est pas ici une bannière. On n’y chante pas d’office en français, comme c’est le cas aux Francos montréalaises. À Spa, cette année comme à chaque année, artistes flamands et wallons se côtoient, et le français et l’anglais continuent leur joute de souque à la corde. Il y a même à l’affiche ce dimanche un trio britiche des années 1980. Je vous le donne en mille : The Human League. Pour quoi faire ? Groupe fétiche du codirecteur Charles Gardier, je crois bien. Ça lui fait plaisir, à lui comme à bien des Belges, et il y a bien seulement le collègue Thierry Coljon du grand quotidien Le Soir à poser la question au programmateur : « Cette année, on voulait fêter les 25 ans de l’électro à Spa. » Perso, j’aurai ramené Lio.

Toujours est-il qu’une volonté s’entend ce samedi soir de fête nationale des Belges sur le site des Francofolies de Spa : du rock au hip-hop, de la chanson de variétés à la chanson d’auteur, le français résonne. C’était vrai jeudi et vendredi, ce le sera dimanche : les chanteuses belges Charlotte et Isolde, le groupe-vedette local Suarez, le duo suisse Aliose, le tout jeune Foé, Français de Toulouse presque voisin de Cabrel, la formidable Clara Luciani, les Québécois Gabriella et Pierre Guitard, ça fait du monde et des mots.

Oui, on en voudrait plus, mais si le hip-hop sert d’indicateur, la tendance est marquée : on a moins le réflexe « international » que sous-tend l’anglais : signe des temps, de l’essoufflement de la mondialisation ? On verra. Ce qu’on voyait déjà samedi, à la réception des QuébécoFolies organisée par Charles Pirnay avec Patricia Van de Weghe à la terrasse de l’Hôtel de la Reine [Astrid], c’est que la création en chanson d’expression française va très bien, et qu’en Belgique comme au Québec, c’est à l’entrée des radios et des télés qu’il y a goulot d’étranglement.

Y aura-t-il place pour un Jeff Bertemes, probablement le plus brillant parolier belge du moment ? Ses chansons avec le groupe La cécité des amoureux m’enchantent encore, et je n’en attends pas moins de ce qu’il fera en solo. Peut-être faudrait-il l’inviter au Coup de cœur francophone, pour le lancer. Des fois que ça rebondirait en Belgique, jusqu’aux Francofolies de Spa.

Sylvain Cormier était aux Francofolies de Spa à l'invitation de l’organisme Wallonie-Bruxelles-Musiques.