Roderick Cox, un chef élégant

De la «2e symphonie de Rachmaninov», Roderick Cox a bien rendu l’architecture, interprété un mouvement lent de belle tenue, jamais sentimentalisant.
Photo: Pure Perception De la «2e symphonie de Rachmaninov», Roderick Cox a bien rendu l’architecture, interprété un mouvement lent de belle tenue, jamais sentimentalisant.

Le chef d’orchestre Roderick Cox, assistant d’Osmo Vänskä à l’Orchestre du Minnesota, a fait des débuts réussis au Québec lors d’un concert avec l’Orchestre Métropolitain au Festival de Lanaudière.

Le port altier et le geste élégant, Cox a fait très belle impression dans une oeuvre redoutable, la 2e symphonie de Rachmaninov, dont Montréal avait eu la chance d’entendre une version idéale par Ivan Fischer et l’Orchestre du Festival de Budapest, précédant deux présentations malheureuses à l’OSM, sous de piteuses directions, et une solide version de Yannick Nézet-Séguin au Métropolitain.

Une soirée emblématique

Ce concert revêtait une importance particulière pour le directeur artistique du festival, Gregory Charles, qui déclarait samedi dernier sur l’antenne de RDI : « J’ai toutes les raisons du monde, par mon héritage et mon côté bigarré, d’essayer d’avoir plus de couleur, plus de femmes et plus de diversité. » Et de présenter Roderick Cox en ces termes : « On a un chef noir afro-américain qui me fait bien paraître, car il a gagné le concours Georg Solti. »

Le directeur artistique du festival a bien de la chance : les chefs de couleur restent marginaux, comme ils le furent dans l’histoire — Dean Dixon et James DePriest, sous la direction duquel j’ai eu le privilège de faire de la musique à plusieurs reprises, sont les deux rares contre-exemples. Développer, donc, un projet « bigarré » avec un chef noir qui rafle ensuite une importante compétition est une chance telle qu’on en voit peu ces temps-ci dans les publicités pour le 6/49 à la télévision.

De la 2e symphonie de Rachmaninov, Roderick Cox a bien rendu l’architecture, interprété un mouvement lent de belle tenue, jamais sentimentalisant. De même, le 2e mouvement était bien campé, avec une fugue solide et un 2e thème aux portamenti très discrets.

Les limites de son approche étaient essentiellement de deux ordres. L’exposition du 4e mouvement, qui doit être inflexiblement a tempo, comme le demande Rachmaninov, s’enlisait petit à petit dans une sorte de grandiloquence. Par ailleurs, l’agogique (respiration des phrases) du 1er mouvement est à revoir. Le grand thème lyrique de l’Allegro moderato était mal phrasé, Cox ne retournant pas à la nuance piano après le sommet, mezzo forte, de la phrase. Ce n’était pas le seul diminuendo qui manquait dans la symphonie, hélas ! Le début, aussi, était un peu raide. Un coup d’oreille à l’enregistrement de Fischer donne une idée du phrasé.

Une étrange entrée en matière

Malgré cette marge d’amélioration, nous étions nettement au-dessus des autres prestations montréalaises (Tortelier et consorts) de cette redoutable partition, d’autant que les musiciens du Métropolitain se sont abandonnés à la musique avec grande générosité, comme ils le font avec Yannick Nézet-Séguin, qui l’avait précédemment dirigée.

La première partie, qui associait Roderick Cox au pianiste canadien de couleur Stewart Goodyear, un habitué de Lanaudière, était assez étrange. L’impeccable Rhapsody in Blue, à la fois libre, inventive et très cadrée, était précédée par l’improbable succession d’une oeuvre de Stewart Goodyear aux percussives saveurs des Caraïbes et de l’Adagio de Barber, véritable éteignoir après une telle débauche de couleurs.

Puisque l’Amérique semble la saveur, voire l’obsession de l’année à Lanaudière, il eût été intelligent de se creuser un peu plus les méninges. En la matière, Méditation et danse de vengeance de Médée du même Samuel Barber s’imposait d’évidence entre Callaloo de Goodyear et Rhapsody in Blue de Gershwin.

Festival de Lanaudière

Goodyear : Callaloo. Barber : Adagio pour cordes. Gershwin : Rhapsody in Blue. Rachmaninov : Symphonie no 2. Stewart Goodyear (piano), Orchestre Métropolitain, Roderick Cox. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, vendredi 13 juillet 2018.