2Frères, sereins dans le succès et dans la critique

Le duo 2frères a vendu 120 000 exemplaires de son premier disque, puis 40 000 de son second, «La route», paru en novembre.
Photo: Kim Gaudreau Le duo 2frères a vendu 120 000 exemplaires de son premier disque, puis 40 000 de son second, «La route», paru en novembre.

Depuis le lancement en 2015 de leur premier disque, Nous autres, le groupe 2Frères traverse la planète musicale québécoise en ne laissant presque personne indifférent. Forts d’un succès populaire retentissant, Érik et Sonny Caouette ont aussi reçu leur lot de critiques. Mais dans un cas comme dans l’autre, les frangins restent sereins.

Il est peut-être plus facile d’absorber les commentaires négatifs quand les choses vont rondement. Le premier disque du groupe de chansons pop-folk a trouvé 120 000 preneurs, alors que leur second album, La route, paru en novembre dernier, s’est écoulé à quelque 40 000 exemplaires.

Les radios commerciales ont aussi embarqué en masse : si les titres Nous autres, Qu’est-ce que tu dirais et 33 tours ont obtenu de nombreuses rotations, leur ritournelle Comme avant a quant à elle passé plus de vingt semaines à la tête des palmarès québécois. Un record.

Au téléphone, Érik Caouette est pourtant bien au courant des commentaires que 2Frères reçoit souvent sur sa musique simplement faite, peu innovante mais efficace. Presque trop, aux yeux de certains.

« Tout le monde a droit à sa place, et au bout du compte, les gens vont toujours décider de ce qu’ils consomment et de ce qu’ils ne consomment pas, explique le natif de Chapais. Mais moi, j’ai fait des bars avec mon frère, du chansonnier, j’ai joué du Bernard Adamus, du Cowboys Fringants, et du Kaïn aussi, on était assez variés dans notre répertoire. On essayait d’aller “à gauche” aussi, si on veut. Parce qu’on a du respect pour la musique en général, le style importe peu, tant que c’est fait avec authenticité. »

Très calme devant les détracteurs, Érik rappelle que ces derniers n’attaquent pas « les êtres humains qu’on est ». Il confie par ailleurs que « c’est l’fun aussi d’avoir une certaine controverse, ça te force à te poser des questions, à réfléchir ».

Il y a donc eu remise en cause au sein de 2Frères ? « C’est sûr que t’écoutes ta musique, tu te poses des questions, tu te dis : “Est-ce que c’est vrai que c’est facile ?” », avoue Caouette. Du même souffle, il ajoute que son frère et lui n’ont jamais eu « la prétention de réinventer la musique » et que « c’est peut-être au niveau de la recherche » que les bémols sont plus nombreux. « Peu importe. Nous, on est bien là-dedans, c’est ce qu’on a envie de faire. Les gens le ressentent, j’imagine. »

Le défi d’émouvoir

Sur les réseaux sociaux et après les spectacles, Érik et Sonny reçoivent d’ailleurs beaucoup de témoignages de leur public, se disant souvent ému. « Il y a des chansons qui les touchent directement au coeur, et je ne pense pas que ça soit nécessairement facile de toucher les gens directement au coeur. Et là, je ne prends pas le crédit, c’est grâce à toute l’équipe. » Les deux musiciens ont composé certains de leurs titres, mais ont aussi fait appel à d’autres auteurs, comme Steve Marin, Alexandre Poulin et Amélie Larocque.

Avant de lancer un premier disque, produit par Mario Pelchat, 2Frères avait joué pendant six ans dans les bars, dans un anonymat aussi complet qu’agréable. Aujourd’hui, après des centaines de concerts et une diffusion médiatique très forte, les deux musiciens sont aspirés dans le tourbillon du succès. Encore là, leur côté zen refait surface, même si leur vie conjugale se retrouve maintenant étalée au grand jour.

« Le succès de 2Frères s’est bâti grâce à la proximité avec le public, et ça vient avec, dit Érik. Mais on était conscient de ça au départ et on était d’accord. »

Et la vague d’amour et de popularité, elle a changé quelque chose chez les deux hommes à la fin de la vingtaine ? « Je dirais qu’on travaille fort pour garder ça sain. Tu trouves des moyens de rester groundé, et de ne pas oublier d’où tu viens. C’est un peu cliché, mais c’est vrai. Comment dire ça sans que ça sonne négatif… Même si t’es adulé par des gens, t’es pas mieux que personne. Il faut jamais que t’oublies ça. Moi, j’ai un petit bar ici, pas loin de chez nous, un genre de taverne. Je vais m’asseoir là l’après-midi, je prends une bière avec les clients habitués, on jase, et ça m’aide à rester les pieds au sol. »

Les prochains mois de la carrière des 2Frères seront pavés de spectacles, dont un ce samedi au Festival d’été de Québec. Et selon l’endroit, la formule scénique sera différente : cinq musiciens en spectacle intérieur, et deux de plus pour les concerts à ciel ouvert.

« En ce moment, on essaie de suivre le train, on essaie d’aller au-devant des choses, dit Érik. Il faut prévoir trois coups à l’avance. On veut que le succès continue. »

La radio et les feux de camp

Les grands réseaux de la radiodiffusion québécoise ont soufflé très fort dans le dos de 2Frères dans les dernières années, ce qui a contribué au succès de la formation, estime Érik Caouette. « La radio a fait voyager les tounes partout au Québec, à heure de grande écoute. Ce qui fait que les gens les ont entendues, les chansons. » L’autre aspect important dans la réussite du groupe, « c’est le fait que les chansonniers, les gratteux de guitare, ceux qui jouent devant des feux de camp ou dans des bars, ils les ont jouées, nos tounes. [Elles étaient chantées dans] les partys de famille, par les enfants dans les écoles au spectacle de fin d’année… Tout ça mis ensemble a fait que ç’a explosé. »