Le Nombre de retour dans l’épicentre des ondes rock

Aux Francos de Montréal, les membres du groupe Le Nombre ont rebranché leurs amplis pour la première fois depuis longtemps.
Photo: Victor Diaz Lamich Aux Francos de Montréal, les membres du groupe Le Nombre ont rebranché leurs amplis pour la première fois depuis longtemps.

Pendant la première décennie des années 2000, le groupe Le Nombre a fait les belles heures du rock alternatif québécois avec des pièces énergiques et bien ficelées, portées par des guitares tranchantes et des mélodies accrocheuses. Après presque dix ans de jachère, les cinq musiciens aux surnoms élimés ont décidé de redonner vie sur scène à leur répertoire. Par nostalgie, oui, mais par amour du rock aussi.

C’est aux dernières Francos de Montréal que Jean-Philippe « Dynamite » Roy, Nicolas « Nicotine » Bednarz, Gourmet Délice, Jean Danger et Ludwig Wax (de son vrai nom Louis Cyr) ont rebranché les amplis pour la première fois depuis longtemps. Le Nombre refera le coup deux autres fois cet été, au Festival d’été de Québec mercredi soir et au Festif ! de Baie-Saint-Paul le 21 juillet (avec Pat Sayers à la batterie), et puis c’est tout.

« Ça fait trois ans que le bassiste Gourmet Délice veut refaire des spectacles du Nombre, raconte le chanteur Louis Cyr au Devoir. Et comme cette année il a franchi le cap des 50 ans, pour souligner ça, on a flanché ! »

Depuis décembre, les cinq vieux amis — dont plusieurs ne s’étaient pas vraiment revus depuis l’époque de leur troisième disque, Vile et fantastique, en 2009 — ont commencé à pratiquer, à se dérouiller les doigts. « Il y avait beaucoup le mot nostalgie qui résonnait dans le local, dit Cyr. On peut accuser Gourmet Délice d’être nostalgique, mais il a raison quand il dit que les pièces sont bonnes et que ça vaut la peine de les rejouer. Et le show des Francos, ça nous a donné le feu ! »

Le Nombre s’est déposé la première fois sur disque en 2002 avec un album du même nom, qui comprend l’efficace Laissez venir à moi les grandes brunes. Le disque avait été réalisé par Howard Bilerman, qui allait peu de temps après donner sa griffe au Funeral d’Arcade Fire. Mais ce sont les titres de Scénario catastrophe, paru deux ans plus tard et réalisé par le réputé Torontois Ian Blurton, qui sont au coeur des retrouvailles du Nombre.

« C’est un disque qui est ma foi toujours d’actualité, dans ses textes et dans sa puissance, estime Cyr. Il n’y a pas grand-chose qui dépasse, c’est précis. » Une bonne quinzaine d’années sont passées, mais le monde post 11 Septembre qui s’y dessinait se révèle aujourd’hui encore vrai, croit le chanteur. « À l’époque, on n’avait pas encore eu les grandes vagues de terrorisme qu’on allait avoir. Le pétrole, le danger permanent pour la planète, l’insécurité constante, l’individualisme… Tous les maux du XXIe siècle commençaient à s’affirmer, mais ils sont là plus que jamais en 2018. »

Ça fait du bien de faire du rock, j’avais oublié à quel point c’était thérapeutique

Bombardé d’ondes

Aujourd’hui, Louis Cyr travaille dans « le merveilleux monde du cinéma ». Lui qui ne s’était pas replongé dans le monde du rock depuis bien longtemps constate déjà ses bienfaits, qui à l’écouter semblent presque médicinaux.

« Ça fait du bien de faire du rock, j’avais oublié à quel point c’était thérapeutique, l’énergie que ça provoque, toutes les ondes. C’est un des endroits où on peut encore faire du bruit, c’est-à-dire taper sur des peaux, avoir des amplis crinqués à fond, et toi t’es à l’épicentre de ça, tu te fais bombarder par des ondes. C’est vraiment tripant ! »

Le Nombre avait une très bonne réputation sur scène, et Cyr y était en partie pour quelque chose. Aux Francos, par exemple, il est arrivé avec un masque de lutteur.

« C’est toujours beaucoup dans l’improvisation. Et quand je monte sur une scène, c’est vraiment pour offrir une performance. Idéalement en transe, il faut obtenir une transe. »

Si Gourmet Délice, un des patrons de l’étiquette Bonsound, est encore bien ancré dans la musique au Québec, Cyr, lui, la suit à distance et a beaucoup de respect pour les groupes qui se donnent corps et âme à leur métier. « J’écoute de façon religieuse Nous sommes les rockers le lundi soir à CISM, où Romanne Blouin me fait découvrir de nouveaux groupes. Ça se passe encore et toujours dans les milieux plus underground de diffusion. C’était ça avant et ça va rester ça. Une fois sur cent, il y a un groupe qui va traverser dans le monde de la musique populaire, mais en général, il y a des milliers de sorciers et de sorcières qui ne sont pas découverts. Et c’est pas grave. »

Papa, ce rocker

Aussi nostalgique soit-elle, cette renaissance éphémère du groupe Le Nombre a par ailleurs permis au chanteur Louis Cyr de montrer à sa fille de 11 ans de quel bois il se chauffait sur une scène. « Elle avait vu des clips sur YouTube, elle savait que j’avais joué dans un groupe, mais là, elle est venue aux Francos, je l’ai emmenée au test de son, elle a trouvé ça un peu fort. Et quand elle m’a vu avec mon masque de lutteur et tout le kit, elle ne tenait plus en place. Elle a passé la soirée à descendre dans la foule et aller dire à ses amies : c’est mon père ! Après elle m’a dit : “Papa, t’es fou, mais je t’aime.” »